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CONCLUSION HISTORIQUE

La philosophie atomistique est fondée sur deux conceptions solidaires et complémentaires : d'une part, des unités substantielles» primordiales et indestructibles, qui sont les éléments constitutifs de toutes choses et dont l'existence ne saurait ôtre niée, parce que Tunité est le principe du monde et que toute réalité concrète se réduit à une quantité numériquement détinie; d'autre part, des mouvements déterminés et ordonnés, grâce auxquels ces unités se groupent, se différencient et forment le monde.

L'atomisme a commencé par subordonner la seconde condition à la première, à considérer les transformations de la matière comme dépendantes de la matière même, à placer, en un mot, dans l'atome l'origine de toutes les actions et directions qui composent la diversité phénoménale.

C'est l'époque de Démocrite, qui rompt bien avec l'hylozoïsme, mais en maintenant au principe. substantiel les déterminations primitives qui en expliquent l'évolution ultérieure.

Ces déterminations sont bientôt reconnues insuffisantes : Anaxa* gore et Ëpicure cherchent hors de la nature physique une cause qui puisse rendre compte du mouvement et de ses lois.

La doctrine paraît avoir épuisé sa fécondité spéculative, lorsqu'une immense révolution, intellectuelle et morale tout ensemble , vient à se produire : le monothéisme arrive à la domination universelle, et la première conséquence qu'en tire la philosophie est la dépendance de toutes les existences, de toutes les essences et de toutes les actions par rapport à Dieu.

Du coup le système est retourné : les atomes subsistent, mais ils ne représentent plus la réalité principale; on s'aperçoit que ce qu'il y a d'essentiel dans l'être, c'est le mouvement qui le détermine et

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la loi que subit ce niouvement. La pensée pénètre tout Tunivers et la matière n*en est plus que le signe extérieur, le véhicule indifférent : théologie et téléologie se tiennent.

Mais la théorie qui réduit ainsi la matière à une passivité pure vient tout à coup se heurter aux découvertes de la science naissante. Newton et Leibniz n'ont pas de peine à établir que cette conception est incapable de rendre compte des phénomènes , tels que la physique et la mécanique les présentent. L'inertie est condamnée et la philosophie entreprend une nouvelle- détermination de Tidée d'atome qui aboutit à un résultat inverse. Démocrite est dépassé, et Epicure après lui : il semble qu'on en revienne aux cosmoiogies hylozoistes en conférant à l'atome la force, la sensibilité et jusqu'à la pensée.

On en est là quand une nouvelle conversion ou plutôt un nouveau progrès de la science ramène l'attention sur les lois de groupement des atomes, qu'on subordonnait naguère à l'action des atomes eux-mêmes.

La chimie croit saisir dans le mode d'association des éléments primitifs la raison de toutes les spécialisations matérielles; elle professe que toute fonction, toute qualité, toute forme est l'expressioQ d'un système, où le principal n'est pas la composante^ mais la proportion qui préside à l'arrangement.

Et voici que l'atomisme philosophique est entraîné dans la même voie et conduit à chercher dans la loi d'évolution le secret de Fessence des choses qui évoluent.

Seulement ce n'est plus à la spéculation a priori que les éléments de celte loi peuvent être demandés; c'est à la science, qui, en nous la laissant entrevoir, nous a inspiré le désir de la découvrir.

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