‹ Histoire de la philosophie atomistiqueChapitre 7 sur 64 · A8 LIVRE I, CONCLUSION · texte numérisé non relu

A8 LIVRE I, CONCLUSION

Le système dont on vient de passer en revue les principales théories s*est découvert indécis ou insuffisant sur plus d*un point.

D'abord il ne semble pas que Kanada ait poussé jusqu'au dernier degré i analyse des parties matérielles qui sont les composantes universelles de Tètre : il s'en est tenu sans doute, comme Empédocle et Anaxagore, à la distinction traditionnelle des éléments primitifs. Le témoignage de Colebrooke, qui prête aux Djaînas la conception d'atomes indistincts et uniformes, n'est pas assez documenté pour qu'on puisse apprécier la portée de cette dissidence.

Les atomes des Vaïseshikas ne sont pas présentés comme de simples éléments mécaniques, doués de l'unique qualité qui constitue la matière et que les Grecs appellent et pesanteur d; ils ont toutes sortes de propriétés dont la plupart sont empruntées aux données des sens et ne peuvent entrer dans une définition objective, hà force même (Sanskara) , à laquelle Kanada attribue leur mouvement, est trop indéterminée : c'est un principe équivoque, à demi physique et à demi psychologique, qui sert à expliquer à la fois l'impulsion matérielle et l'imagination.

La loi suivant laquelle se combinent les atomes est accidentelle et arbitraire, je veux dire qu'elle ne dérive pas de leurs qualités premières. Elle n'est donc pas vraiment immanente, puisqu'elle n'est pas essentielle aux éléments quelle régit. Elle constitue, sous sa forme mathématique, un système à part, que l'on a pu, à bon droit, considérer comme l'expression téléologique d'une puissance intelligente et organisatrice, qui aurait imposé ce plan à l'évolution de la matière universelle.

Enfin la vie et la conscience ne sont point expliquées par Ka-

iiada,ou elles lesontparlmtervention de causes spéciales, dont on ne peut dire au juste si elles rentrent ou non dans le système général de Tatomisme. Deux solutions logiques étant possibles, — celle de Démocritc qui considère la pensée comme le produit très compliqué et longuement élaboré de combinaisons purement mécaniques, et celle de Leibnitz qui confie à une monade consciente, c'est-à-dire à un atome d'essence supérieure, le soin de mouvoir et d'animer les atomes inférieurs, — Kanada semble incliner vers cette dernière, tandis que ses disciples reviennent à la première; mais ni les uns ni les autres ne se rendent un compte exact des termes du problème.

La doctrine Vaîseshika se réduit donc à un matérialisme peu cohérent et mal défini , dont le seos véritable n'apparaît guère que parla suite, au cours des développements et des commentaires que ses critiques et ses partisans ont accumulés après elle.

Au demeurant, quelle qu'en soit la valeur doctrinale pour les hommes d'aujourd'hui, qui ne peuvent s'empêcher, en la jugeant, de la comparer aux systèmes de Démocrite, de Leibnitz, de Biichner, il n'est pas possible de nier l'intérêt qu'elle présente à l'historien et au philosophe. On y surprend les premières tentatives du génie indo-européen pour constituer une philosophie de la nature y c'estrà-dire une science de l'être, indépendante de la tradition et de la religion.

L'étude de l'atomisme hindou est, à ce titre, l'indispensable préface de toute recherche sérieuse sur les théories physiques et cosmologiques de l'antiquité grecque et du moyen âge arabe.

ivraïuieit ^ttTin^Air.

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