‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 2)Chapitre 20 sur 68 · LE DIEU DE MALEBRANCHE. H · texte numérisé non relu

LE DIEU DE MALEBRANCHE. H

pre nature ou ses perfections en elles-mêmes. Pour savoir tout ce que nous en pouvons savoir, consultons attentivement ridée de la perfection souveraine, et, en lui attribuant tout ce que nous découvrirons dans cette idée, ne craignons pas de faillir, puisque le mot Dieu n'est qu'une expression abrégée d'être infiniment parfait, a Tout jugement, qui n'est pas formé sur la notion de l'être infiniment parfait, de l'être incompréhensible, n'est pas digne de la Divinité. Si les païens n'avaient abandonné cette notion, ils n'auraient pas fait des dieux de leurs chimères, et si les chrétiens la suivaient toujours, ils ne parleraient pas de Dieu comme quelques-uns en parlent (i), »

Dieu est l'être par excellence, il est celui qui est en môme temps un et toutes choses, composé, pour ainsi dire, d'une infinité de perfections différentes, et tellement simple qu'en lui chaque perfection renferme toutes les autres sans distinction réelle. Il est l'être universel, l'être des êtres (2), non l'être fini composé, pour ainsi dire, de l'être et du néant, il est la source de toute réalité . « Pour juger de l'être, il faut sans cesse écarter de l'être la notion de tels ou tels êtres (3). » Tout ce qu'il y a de positif dans les créatures, qui toutes sont des participations plus ou moins imparfaites de son être divin, il le renferme éminemment ; en conséquence il n'est formellement ni corps, ni esprit, ni rien de semblable à tout ce qu'il peut produire (4) . Le terme lui-môme d'esprit ne saurait être univoque à l'égard de Dieu et des créatures. Ces expressions d'être universel , d'être des êtres, ont attiré sur Malebranche, de la part du P. Hardouin, du P. Dutertre, des journalistes de Trévoux (5), et même de Régis, des accusations d'athéisme

(1) 8« Entret. met,

(2) Dans son dernier ouvrage, Réflexion sur la prémotion physique^ il rejette comme propre à induire eu erreur ce terme d'être des êtres.

(3) 9« Entret. met.

(4) Sur V existence et les attributs de Dieu^ consulter les Entretiens métaphysiques f et surtout le !2« et le 8*.

(5) Voir dans les Mémoires de Trévoux^ juillet 1708 et les numéros suivants, la polémique au sujet de V Entretien avec un philosophe chinois.

et de spinozisme. Ils raccusent de dire que Dieu est l'être universel, en ce sens que tous les êtres créés sont ses parties intégrantes ou composantes, et qu'il en est le tout, soit actuel, soit potentiel. Mais Malebranche entend que Dieu est le principe , et non la somme des créatures. Tous les êtres créés et possibles , avec toute leur multiplicité, ne sauraient, dit-il, remplir la vaste étendue de l'être ; Dieu peut en augmenter le nombre à l'infini, sans que jamais ils égalent la réalité qui les représente.

De même qu'il est tout, il est partout, il est immense. Mais n'étant pas corporel, comment peut-il être répandu partout? Selon Malebranche , c'est précisément parce qu'il n'est pas corps, qu'il peut être partout, sans que sa substance soit étendue localement (2). L'immensité, c'est la substance divine partout répandue, non-seulement dans l'univers, mais infiniment au delà, partout tout entière, et remplissant tous les lieux sans extension locale (3). Elle est tout entière partout où elle est, et elle ne tient pas plus d'espace dans l'éléphant que dans le ciron. Quoique la matière soit divisible à l'infini, Dieu est à la fois tout entier dans son immensité et dans chaque partie de la matière. Malebranche essaye d'éclaircir cette notion si obscure de l'immensité divine par la comparaison avec l'éternité. L'étendue créée est à l'immensité divine ce que le temps est à l'éternité ; tous les corps sont étendus dans l'immensité de Dieu, de même que tous les temps dans son éternité. Comme sa durée est tout entière dans chacun des moments qui passent au sein de son éternité, de même son immensité est dans chacun des points de l'étendue. Dieu n'est point en partie dans le ciel, et en partie sur la terre, il n'est pas tant dans le monde que le monde est en lui. C'est en lui que nous sommes, plutôt que lui

(1) 8e Entret. met.

(?) Ibid.

(3) 9« EntreU met.

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