LE DIEU DE MALEBRANCDE
en nous. C'est en lui seul que nous avons le mouvement et la vie, c'est en lui, c'est dans sa substance que son ouvrage subsiste. Malebranche distingue, comme nous l'avons déjà vu, entre l'étendue intelligible et l'immensité. L'étendue intelligible n'est qu'un point de vue de l'immensité de ■ Dieu; son immensité est sa substance môme, et l'étendue intelligible n'est sa substance qu'en tant que représentative des corps.
Mais ne pourrait-on pas entendre que Dieu est partout, par sa simple opération, et non par sa substance? Malebranche n'admet pas celte distinction. 11 lui semble impossilile de concevoir que l'opération de Dieu se sépare de sa substance. Son opération est l'acte même par lequel il opère, et non l'effet qui s'en suit; op comment Dieu lui-même ne serait-il pas où est son acte? Si l'acte, dit-il, pour lequel Dieu produit ou conserve ici ce fauteuil est icij assurément Dieu lui-même y est, et s'il y est, il faut qu'il • j soit tout entier, et ainsi de tous les autres endroits où il opère (1).
11 veut bien avouer que tout cela n'est pas clair, mais il prie de prendre garde que les perfections de Dieu, étant infinies, sont incompréhensibles. Qui croit clairement les comprendre, ou s'abuse, ou les dénature. Pour juger dignement de Dieu, il ne faut lui attribuer que des attributs incompréhensibles (2).
Passons des attributs métaphysiques aux attributs moraux, à la sagesse, à la justice, à la béatitude souveraine. iLe Dieu de Malebranche non-seulement est sage et juste,' «nais il est substantiellement la sagesse et la justice mêmes. ■ïl est sage par sa propre sagesse; il n'est pas éclairé, il (■«st lui-même la lumière, il contient et voit dans sa subsince les idées ou essences de tous les êtres,avec toutes leurs Lodalités possibles, et, dans ses décrets, leur existence et
(1) 8" Enirel. met.
Je voiiB avertis, une fbU pour toute», que, lorsque je parle de Dieu » Bitributs, ai voua comprenei ce que je vous di», oa c'est que je ^e trompe alors, Ou c'e» que vaut D'enleadez pu ce que Je veux dire. ■
toutes leurs modalités actuelles. Il voit tout en lui, tandis que nous ne voyons rien qu'en lui et à sa lumière, n C'est dans sa propre lumière que vous voyez ce que je vois et qu'il voit lui-même ce que nous voyons tous deux (1). » Ce n'est pas à dire, comme déjà il a été expliqué, qu'il voit en lui-même, et que nous voyons en lui, le changeant et le corruptible. Il ncvoit dans sa sagesse que l'essence immuable des choses; quant au<c choses changeantes et corruptibles, il ne les voit que dans les décrets de sa libre volonté, par lesquels il les fait exister (2).
11 est juste essentiellement et par lui-mi3me. La justice, qui est l'ordre immuable, consiste en effet dans les rapports des perfections et des idées renfermées dans sa substance ; ii ne peut pécher, car il ne peut pas ne pas rendre justice à ses divines perfections, à tout ce qu'il est, atout ce qu'il renferme; il ne peut pécher, car il ne peut ■ agir contre ce qu'il est. Il ne peut môme vouloir positivement et directement produire quelque dérèglement, comme on le verra dans la doctrine de la providence. II n'est donc ni bon, ni miséricordieux, ni patient, selon les idées vulgaires; il peut différer la récompense ou la peine, selon que l'exige l'ordre de sa providence, mais il ne peut se dispenser de rendre tôt ou tard à chacun selon ses œuvres. Il est toujours sévère, toujours observateur exact des lois éternelles, toujours agissant selon ce qu'il est : « Quoique cela ne s'accorde nullement avec les idées grossières de ces pécheurs stupidcs et endurcis qui veulent un Dieu humainement débonnaire et indulgent, ou un Dieu qoi ne se mêle point de nos affaires et soit indifférent sur la vie guenons menons (3). s
Comme il est la justice, il est aussi la béatitude souveraine par la plénitude éternelle de son amour infini. Quel est l'objet de cet amour infini 7 Rien que ce qu'il y a de
(I) »*Sntrtt. met.
(!) Conversât, chriiimne, 3» Entrât.
{Z] 8° Enlret. mil.