‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 2)Chapitre 39 sur 68 · SUITE DES DISCIPLES DE MALEBRANCHE · texte numérisé non relu

SUITE DES DISCIPLES DE MALEBRANCHE

ciilicr, que c'est une lumière commune à laquelle tous les esprits participent, que nous avons l'idée de l'infini, que nos sentiments sont fort différents tîe nos connaissances, . que Dieu a établi des lois qu'il suit constamment dans l'or- L îdre de la nature et dans celui de la grilce, que c'est un renversement que l'esprit soit dépendant du corps, etc., ceus, dis-Je, qui raisonnent sar ces principes marchent toujours d'un pas égal et ne sortent jamais de la véritable route. »

Les attaques les plus vives de Leleve! contre Régis ont I pour objet les idées et la morale, Il lui reproche d'abaisser F l'idée d'infini jusqu'à n'être qu'une simple modiflcalion I de notre âme causée par l'ôtre infini, comme si l'être Infini pouvait être autrement représenté que par son I actuelle présence. Comment reconnaître un cartésien Ldans Régis, quand il attribue au.\ sens l'origine de toutes s connaissances, quand il avance que le corps se confiait plus clairement que l'âme? En confondant l'étendue favec son idée, ilafaitle monde éternel; il a renversé toutes ■les vérités de la religion et de la morale, en les faisant dé- T.pendre de la volonté arbitraire de Dieu. Il l'accuse enfin, I non sans raison, de bouleverser les fondements de la mo- E taie, en la bâtissant sur l'amour-propre éclairé. Or i! monf-jiire comment ce système découle de l'erreur de Régis au sujet des idées: «Ayant rompu le lien qui unit et qui régie ;s esprits, il n'a point connu de morale commune à tous les étals où l'homme peut se trouver, au lieu d'une, il lit trois, l'une pour les honnmes, dans leur état pnwment naturel, l'autre pour les politiques, !a troisième J .'pour les chrétiens, et toutes trais renversent également les BUois delà nature et les maximes de la religion. » Ainsi les Idiaciples de Malebranche, de même que leur maître, chert^bent à combler une lacune de la philosophie de Descartes 1 établissant les vrais fondements de la morale, et en sombattant les erreurs de quelques cartésiens. Lelevel, (Our populariser la philosophie de Malebranche , en a ||it une sorte de manuel complet, par demandes et par

PHILOSOPHIE CARTESIENNE.

réponses, un abrégé à l'usage du monde et des écoles (1), Mais si la philosophie de Malebranche inspire heureusement ses disciples pour la morale, elle les pousse en métaphysique sur les pentes qui conduisent au spinozisoie. C'est un écueil que ne parait pas avoir évité René Fédé d'Angers, mathématicien et physicien, fort lié ayeti l'abbé de Lanionet d'autres amis de Malebranche (2). Il a écrit des Méditations métaphysiques sur l'origine de tâme , sa 'nature, sa béatitude, son devoir, son désordre, son rétnblissemenl et na conservation (3), où il s'exprime en aphorismes concis, et quelquefois obscurs, mêlant souvent la théologie à la métaphysique. Quelques citations feront connaître à la fois sa méthode d'exposition et ses principes. Il attribue à toutes les créatures l'infinité pour la durée, en raison de leur union essentielle avec l'immensité de Dieu : «Le Créateur ne pouvant faire de créature qui ne soit essentiellement unie à son immensité, n'en saurait faire qui ne soit modifiable à l'infini et dont la durée successive ne doive être infinie. «Voici comment il résume la doctrine de la vision en Dieu : a Mon auteur me représcu tant tout ce qui est perceptible, est lui-mi5me l'objet intelligible et contemplatible qui m'est essentiel. »

Il déduit les attributs de Dieu de son inBnité. Principe de toute action, l'Être suprême ne saurait ne pas agir. C'est môme par cette action ou cette émanation nécessaire de Dieu que Fédé tente d'expliquer le dogme de la Trinité ;

(1) LaphilùsophU moderne par demandes et réponses, avec un traité de l'art âe persuader, 2 vol. ia-12. 17S9, Toulouse. Le P. André, dans une de ses lettres, demande ce que sunt deienus lea Premiers enirelieits qii'syait fûts Lslev^I contre le deuxième volume des Réflexions philosophiques et Ihéoiogiques d'Arnauld, Œuvei du P. André, iutroductioD de M. Cousin, p. li. Nous ne CDnna.i$»(tns pas ces Enfretienu, pas plus que le Fauj! CïcéroH et le Disceineinmi de la vraie et de la fausse morale, qui sont duisi des ouvrages de Lelevel.

(ï) II assistait au banquet donné par d'Alibert ol Clerselier aprfes les funérailles de Deacaries. (Voir Baillet, IW. VII, eliap. 38.)

[3) Première édition de I6H3, petit-in-l!. Deuxième édition, latin et français. Cologue, 16U3.

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