SUITE DES DISCIPLES DE HALEBHANCHE
■ L'aclion ou rémaDation nécessaire qui fait sa vie, employant toute sa puissance, lui lait nécessairement produire son semblable. Le produit ou le fils, correspondant Décessairement à l'action productive, doit totalement égaler le père. » Comme Malebranche, il admet ua ordre immuable, une raison incréée, loi suprême de Dieu laimême : a Le Créateur, renrermant la possibilité des créatures dans son essence, a un rapport essentiel avec ses créatures possibles. Ce rapport, n'étant pas distingué de son essence, est la raison incréée, l'ordre immuable, l'original et le modèle sur lequel il conforme ses créatupos qui lui correspondent chacune en sa manière. ■ Pour fondementà notre immorlalilé il donne l'immutabilité de la puissance de Dieu et de ses décrets qui ne nous permet pas d'appréhender d'Ctrcjamais anéantis. Il place danslaiclarfcé et la netteté des idées le principe suprCme de la perfection et de la morale : «Toute ma fonction n'étant que de penser, ma perfection doit consister dans la clarté et la netteté de mes idées. « On reconnaît ici le précepte fondamental de Spinoza, de travailler à nous élever des idées inadéquates aux idées adéquates. Nous devions signaler ce petit ouvrage de Fédé, h cause d'un certain degré de ibrce et d'originalité, et de sa double parenté avec Malebranche et Spinoza.
On remarque une tendance analogue dans l'abbé de La-
uion, malebranchistc plus considérable et plus connu (1).
Sous le nom de Guillaume Wander, l'abbé de Lanion a
publié, en 1678, avec la prétention d'abréger, ctmdmed'é-
Blaircir Descartes, des MédUatioits sur la métaphysiçue ,
nsérées par Bayle, â cause de leur rareté, dans son Jte-
{ de pièces curieuses concernant la philosophie de Des-
trtes. C'est un précis, dît Bayle dans la préface, dei^e
n'il y a d'excellent dans la philosophie de Dcscartee ,
Bfrec cet avantage que tout est ici mieux digéré, plus
(I) Il iSuit do Brt'tsgne et d'
brancbe, mBmbre de l'Acnddinie des sciences .
court, et qu'on est allé plus avant que M. Descartes (i). Sans doute il y a un certain mérite d'exposition et de méthode dans cet ouvrage, mais l'éloge qu'en fait Bayle paraît exagéré, et si l'abbé de Lanion va plus avant que Descartes, c'est uniquement par les emprunts qu'il fait à Malebranche. Ainsi il ne croit pas que l'âme se connaisse par aucune idée claire, mais seulement par sentiment intérieur, tandis que nous avons une idée claire de l'étendue, alors môme que nous ne savons pas s'il existe de l'étendue hors de nous. Voici comment, dans la sixième et la septième Méditation, il résume la théorie de Malebranche sur les idées. Nous ne sommes pas les auteurs de nos idées ; elles viennent en nous malgré nous, elles ne viennent donc pas de nous. Elles ne viennent pas des corps, car il est impossible de concevoir que l'étendue, ronde ou carrée, puisse avoir en soi la force de se rendre intelligible; il faut donc nécessairement que Dieu soit la source et l'origine de toutes nos idées. C'est Dieu qui est l'auteur de toutes nos sensations et de toutes nos pensées. Or, ne peut-il mettre en moi toutes ces idées, sans que les choses qu'elles me représentent existent actuellement? De mes idées et de mes sensations, je ne puis conclure que l'existence d'une seule chose, celle d'un ôtre infiniment parfait.
L'abbé de Lanion tient à prouver que Dieu néanmoins ne peut être accusé de tromperie. Dieu n'est pas trompeur, à cause qu'il nous donne les idées de toutes choses, c'est nous qui nous trompons nous-mêmes pour avoir jugé avec précipitation qu'il existait hors de nous quelque autre ôtre que lui . Nous ne pouvons voir que ce qui est intelligible, à savoir, la substance de Dieu, et nous savons qu'il agit par les voies les plus simples, nous serions donc coupables d'imprudence pour avoir jugé qu'il existait hors de lui quelque autre ôtre que Dieu, si la foi, qui est
(1) Il en fait aussi le même éloge dans les Nouvelles de la BépubUque les lettres, mars 1684.