‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 2)Chapitre 41 sur 68 · SUITE DES DISCIPLES DE MALEBRANCIIE · texte numérisé non relu

SUITE DES DISCIPLES DE MALEBRANCIIE

au-dessus de la raison, ne nous ordonnait de le croire. Dans la dixième Méditation, il expose la théorie de Malebranche sur la liberté, mais tout en avouant qu'il a grand'peine à comprendre : « comment, moi qui suis sans action et sans mouvement, je puis m*arrêter à un bien particulier, n

Claude Lefort de Morinière, greffier du Ghâtelet de Paris (1), publia, à vingt-cinq ans, un ouvrage intitulé, JDe la science qui est en Dieu, oîi il prétend donner, d'après la doctrine de Malebranche, une explication nouvelle de la prescience (2). Dans la préface, il déclare qu'il n'avance rien qui ne soit conforme aux principes de Malebranche , et il regrette que cet illustre auteur n'ait pas traité à fond la question de la prescience de Dieu. C'est une lacune qu'il se propose de combler par une explication qui a pour fondement son système théologique. Morinière, de même que le P. Boursier, procède par articles et par propositions. Dans une première partie, il expose les principes de Malebranche sur la connaissance propre à Dieu, sur les idées et sur les rapports des créatures avec Dieu. Dieu voit dans sa substance les essences de tous tes êtres, et dans sa puissance leur existence possible. Les essences des créatures ne sont que les idées divines, des imitations possibles de sa substance, en liaison nécessaire avec son essence. Dieu ne peut les changer ni les détruire; elles ont une existence nécessaire dans la région des possibles, quoique leur existence actuelle soit contingente et dépende de la volonté de Dieu. Elles ne dépendent pas de Dieu seulement dans leur être, mais aussi dans leurs modifications et leurs actes, car la puissance qui a créé Tunivers est aussi la seule qui puisse y produire un effet quelconque.

(1) U est cité plusieurs fois par Leibniz. « L'auteur ingénieux de quelques méditations métaphysiques publiées sous le nom de Guillaume Wande^ y parait avoir du penchant (préexistence des âmes). Essais de Théod., V^ partie, 8G. Il lui attribue aussi du penchaDt pour la transmigration des âmes dans les Considérations sur les ptincipes de vie.

(2) Paris, 1718, petit in- 12. Il est analysé et loué dans le Journal de Verdun Qumet 1719).

Dieu ne tire ses connaissances que de lui-même; si donc une créature avait une seule modification qui ne fût pas produite par la puissance divine, il n'en saurait rien. Morinière, en vertu du principe de l'inefficace des créaturcs, rapporte à Dieu tous nos mouvements, toutes nos pensées et toutes nos volontés, non pas seulement, comme Malebranche, l'inclination vers le bien en général, mais même les déterminations vers des biens particuliers qui sont, dit-il, des suites des perceptions que Dieu lui donne de ces biens. Tel est le fondement de la prescience divine.

La difficulté n'est pas de concilier cette prescience avec les circonstances nécessaires des corps et des esprits, mais avec les actions libres ou les déterminations particulières de la volonté. Morinière entreprend de montrer la possibilité de cette conciliation. La volonté, il est vrai, reçoit nécessairement l'impression d'un bien particulier, mais ce bien ne la remplissant pas, elle peut ne pas y consentir, en vertu môme de l'impulsion qui la porte vers le bien général. Entre deux biens il faut, sans doute, qu'elle choisisse celui qui lui paraît le plus grand, mais elle peut ne consentir ni à l'un ni à l'autre ; or, telle est l'essence de la liberté. L'âme ne se détermine donc pour des biens particuliers, qu'en conséquence des perceptions que Dieu lui a données, et de l'action par laquelle il la porte vers lui, et ainsi toutes les actions libres des intelligences sont des suites de l'action de Dieu sur elles, comme les actions nécessaires. Les déterminations de la volonté créée étant, dans toutes les circonstances possibles, des suites de l'action de Dieu, elles lui sont connues de toute éternité parla seule connaissance qu'il a de lui-même, sans perdre leur caractère de contingence et de liberté. La vue actuelle d'une action ne fait pas la détermination de la volonté, parce que la difl*érence des temps, au regard de celui qui voit, ne change pas la nature des choses qui sont vues. L'action libre est nécessaire, non sous le rapport de son existence actuelle, mais seulement sous celui de son essence. Il y a

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