‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 2)Chapitre 42 sur 68 · SUITE DES DISCIPLES DE MALEBRANCIIE · texte numérisé non relu

SUITE DES DISCIPLES DE MALEBRANCIIE

une liaison nécessaire, non pas entre nos actions libres et l'action de Dieu qui les produit, mais entre cette action de Dieu et la connaissance qu'il a de ses suites. C'est ainsi que MoriniÈre se llatte, grâce h la philosophie de Malebranche, d'avoir concilié la prescience avec la liberté. Sa prétention est de tenir le milieu entre deux systèmes également dangereux, celui des motions invincibles et celui qui nie à Dieu la connaissance des actions libres. iiLa manièie, dit-il en terminant son ouvrage, dont j'explique comment cette science est en Dieu, est la plus conforme à son idée, et la plus propre à exciter et à entretenir la piété, et elle est le fondement de plusieurs propositions importantes que le P. Malebranche a enseignées dans ses ouvrages. Il

Dans un appendice, il attaque le système de l'harmonie préétablie, comme coupable d'attribuer aux créatures une puissance réelle distinguée de l'efficace des volontés divines. Pour la même raison, il combat Crouzas qui donne aussi une puissance réelle aux créatures, et suppose que Dieu n'a pas voulu prévoir le choix de notre volonté, pré- ■cisément parce qu'il a voulu qu'elle fût libre.

Le principal personnage de cette assemblée qui se réuhissait toutes les semaines chez mademoiselie de Vailly [pour discuter sur les ouvrages de Malebranche, était Mimn, conseiller au Châtelet, d'une grande famille de l'édibté parisienne. Tous les témoignages s'accordent à nous le ^epréscntercomnie un des patrons les plus zélés et les plus sidérablcs de la philosophie de Malebranche (1). Sat, ami des lettres et de la philosophie, Miron ne servit s seulement Malebranche de son crédit dans le monde, bais encore de sa plume (2). 11 eut à cœur de dissiper tous ' s préjugés, de répondre à toutes les objections contre sa Bfactrine. Ainsi, avec M. de Montagnols de Toulouse, son

,{1} Recueil de pièces fugitives, par l'abbé ArcliimbaaU, 3< vol., art. e. (?) 11 ruipcndunc quelque temps (de 1708 & 1709) un dei râdacteurs du wnal dea savanls.

ami, il combattit pour Malebranche contre Alexis Gaudin, de Tordre des Chartreux (1). Mais il se recommande surtout à nous par une réfutation complète du P. Dutertre, en huit lettres successivement publiées dans les années 17J8 et 1719 de VEurope savante (^). Dans ces lettres il fait preuve d'une connaissance approfondie de toutes les parties de la philosophie de Descartes et de Malebranche. Par la distinction entre la certitude de l'existence de Tâme et l'évidence de la pensée, il cherche à justifier Malebranche de n'avoir pas admis la clarté de l'idée de l'âme. L'existence de l'âme est en effet plus certaine que celle du corps, mais ce n'est pas à dire que son idée soit plus claire. En affirmant que l'essence de l'âme est la pensée, non- telle ou telle pensée, mais la pensée substantielle, Malebranche ne s'est pas contredit, comme le prétend son adversaire, parce qu'il entend, par essence, non ce qu'il y a de premier dans l'âme, mais ce qu'il y conçoit de premier (3). Dutertre accuse Malebranche d'avoir détruit la liberté. Miron avoue que Malebranche n'admet pas l'efficace des causes secondes, mais il nie formellement, a comme un fait calomnieux , que Malebranche pense que la volonté de l'homme soit absolument sans action, et que le libre arbitre soit quelque chose d'inanimé et de passif (4). » Il en donne pour preuve le pouvoir de consentir ou de ne pas consentir que Malebranche accorde à l'âme. A son tour il prétend montrer que Dutertre ne réussit pas à exempter le simple concours des inconvénients dont il charge l'action de Dieu seul agissant.

Autour de la duchesse du Maine, zélée cartésienne (5), nous trouvons des cartésiens malebranchistes qui l'instrui-

(1) Voir le Recueii des pièces fugitives dQ Tabbé Ârchimbault, 3« vol., art. 6.

(2) Jourual paraissant tous les mois en un vol. in-12, imprimC à la Haye. Les premiers numéros sont de 17 J 8.

(3) 5« Lettre, année 1719.

(4) C» Lettre, juin 1710.

(5) Voir le 1*^ volume, cliap. xx. .

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