‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 2)Chapitre 44 sur 68 · SUITE DES DISCIPLES DE MALEBRANCHE. 3B · texte numérisé non relu

SUITE DES DISCIPLES DE MALEBRANCHE. 3B

vers. Qu'on en juge par cet exemple pris au hasard :

Dans les propriétés à notre être données Ne mêlons donc jamais rien de matériel,

Et que dans Têtre corporel Ses qualités à part soient aussi discernées^ etc.

Cependant, suivant la juste remarque dé d'Alembert, on aurait tort d'en accuser la matière qu'un homme de génie, un vrai poëte, eût bien su embellir et animer. Le système des tourbillons cartésiens ne fournissait pas à la poésie moins de mouvements et d'images que l'attraction de Newton qui a inspiré de si beaux vers à Voltaire.

Une lettre à Régis, publiée à la suite des Principes de la philosophie de Descartes, vaut mieux que tout ce long poëmc. Cette lettre a été écrite à Régis, à l'occasion de de son ouvrage sur Y Accord de la raison et de la foi. L'abbé Genest s'y montre un vrai disciple de Descartes, tout en en empruntant ce qu'il y a de meilleur dans la philosophie des idées de Malebranche et en redressant, comme Lelevel, les écarts empiriques de Régis. On se rappelle que Régis met l'esprit dans une telle dépendance du corps, qu'il le suppose changé par cette union pour former avec le corps un être nouveau qui est l'homme. Il cesse d'être un esprit pour devenir une âme, il ne peut avoir des idées naturelles ou innées que par la constante impression du corps, ni aucune espèce d'idée qui, directement ou indirectement, ne vienne des sens. Aussi l'abbé Genest accuse-t-il Régis de n'accorder à l'âme qu'une denii-spiritualité, et cherche- t-il à établir contre lui ces trois points essentiels , à quoi, dit-il, il réduit tout son discours : 1° Le corps, quoique uni avec l'âme, agit sans elle et séparément en des fonctions purement matérielles; 2° l'âme peut agir aussi sans le corps dans des fonctions purement intellectuelles; 3° le corps et l'esprit ont des actions communes; mais, comme le corps a toujours sa constitution et ses propriétés , l'âme a toujours aussi ses fonctions particulières, ses facultés créées avec elle seule. Seul le corps est mû, seul l'esprit pense. Rien

n'est dans i'esprU qui n'ait passé parle sens, est un axiome qui n'est vrai qu'à l'égard des traces et des images que les objets extérieurs impriment dans les organes, mais non h l'égard des objets de l'intelligence et des idées intérieures par lesquelles noua jugeons les rapports des sens. Les sens ne sont que l'instrument de quelques-unes des idées de l'âme, mais non la cause efficiente de ses perceptions. L'âme, dès le moment de sa création, a des idées innées qui ne dépendent pas des corps , qui sont propres à elle seule, des idées qui par leur nature, sont vraies, éternelles, immuables, qu'elle développe plus ou moins par la solUe de ses réflexions, mais qu'elle ne change pas. C'est au fond toujours la même raison qui agit. L'idée de perfection, d'être, d'infini, c'est-à-dire de Dieu, les idées originales du beau et du bon, voilà, selon l'abbé Genest, les principales idées naturelles de l'âme. Les choses sensibles les réveillent, maisne les font pasnallre dans l'entendement. A l'appui de l'origine et des caractères de ces idées, il cite Platon et l'ancienne doctrine de la préexistence des âmes. Celte lettre, d'une certaine étendue, est excellente pour le fond et pour la forme, pleine de convenance , de respect , d'a/fection , malgré îes critiques, pour un de ses anciens maîtres en Descartes, et mérite une place à l'abbé Genest parmi les meilleurs disciples de Descartes et de Malebranche.

Le célèbre cardinal, pour lequel l'abbé Genest professe une admiration un peu exagérée, a vécu longtemps après lui. Les vers qu'il récitait étaient les fragments d'un poëme qu'il ne devait jamais entièrement achever, et qui ne fut publié qu'après sa mort. Nous croyons donc plus convenable de pas parler encore du cardinal de Polignac, et de le placer avec les cartésiens et les niaîebranchistés du dix- huitième siècle.

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