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Maximes des saints chercher à modérer, dans son ami, les excès d'une spiritualité qui lui étaient si vivement reprochés à lui-même. D'après la plupart des biographies, et d'après une lettre de Fénelon , Lamy aurait encore eu avec Malebranche une autre polémique au sujet du Traité de la Nature et de la Grâce ^ que ses supérieurs lui défendirent de- continuer. Cependant Malebranche, qui sans doute ignorait cette défense, continua d'écrire contre Lamy condamné au silence, ce dont Fénelon le blâme sévèrement dans une lettre à Lamy : « Je ne comprends pas comment le P. Malebranche veut écrire contre un auteur auquel on a fermé la bouche. L'amourpropre bien éclairé sur ses intérêts suffirait pour ne prendre jamais un si mauvais parti (i). »
Mais quelles que soient les dissidences particulières de Lamy, si prompt à la dispute, avec son maître Malebranche, il ne s'en montre pas moins généralement pénétré de son esprit et de ses doctrines, à tel point que sans cesse il le reproduit et l'imite, non-seulement pour les idées, mais même pour le langage. Son ouvrage le plus considérable, la Connaissance de soi-même^ est une imitation de la Recherche de la vérité. Il ya, dans la Connaissance de soi-même, une partie métaphysique; mais ce qui domine, c'est la partie morale, l'étude du cœur humain, des passions, des mobiles de l'amour-propre, des illusions des sens et de l'imagination. A chaque page on rencontre des imitations et des réminiscences de la Recherche de la vérité. Les sciences d'érudition et la rhétorique n'y sont pas moins maltraitées. Lamy suit Malebranche pas à pas dans l'analyse des pernicieux effets de l'imagination, non-seulement sur le moral, mais sur le physique. Malebranche a vu un enfant né avec une mitre et avec la figure d'un saint Nicolas que sa mère avait contemplée pendant sa grossesse; Lamy a vu un jeune homme qui, pour la môme cause, portait les traits de Jésus-Christ crucifié. Malebran-
(!) Histoire de Fénelon^ par M. de Beausset, 2« édit., 2« vol., livre 4. Cette lettre est de 1700.
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che iosiste sur les dangers de celte ppélendtie illusion des sens qui nous fait rapporter aux objets les qualités sensibles, et ii attend le plus grand bien pour la morale d'une philosophie qui détruit radicalement cette illusion. Lamy de son cûté se Batte qu'on ne se laissera plus aussi facilement séduire par un beau visage, quand on saura que ce n'est en réalité qu'un peu d'étendue, et que cette couleur rose et blanche, qui nous charme, ne lui appartient pas. Signalons les excellentes réflexions, par lesquelles il débute, sur l'utilité et l'importance, sur les facilités et les difDcuItés de la connaissance de soi-même, Il semble, ditil, que ce ne soit pas une grande entreprise que celle de se connaitre soi-même ; il n'est pas besoin d'aller au loin, il ne s'agit que de demeurer chez soi. En ellel l'âme chargée d'acquérir cette connaissance en est elle-même l'objet, elle est tont ensemble le soi-même qui doit être connu et le soi-mfime qui doit connaître; jamais un seul instant elle ne se perd de vue. Comment donc se connaîtelle si peu? Lamy explique Irès-bien ce paradoxe. En même temps que chaque pensée se fait sentir elle-même, elle présente un objet qui nous applique plus que la pensée, parce que ce qui est nouveau nous frappe plus que ce qui est ordinaire. En outre, nos pensées et nos sensations étant supposées venir du dehors, nous font sortir de nous-niSraes, loin de nous y l'aire rentrer. Ce préjugé est, selon Lamj, un des grands obstacles à la connaissance de soi-même. Mais il en est d'autres encore, comme l'inattention et toutes ses causes, contre lesquels sont impuissants les retours et les raisonnements passagers d'une philosophie abstraite, et dont on ne peut triompher que par un changement complet dans la vie el dans les habitudes. Il montre dans le monde une véritable conjuration contre la connaissance de soi-même, un art réel de se méconnaître et de se fuir soi-même qu'il analyse avec beaucoup de finesse. Non-seulement dans le monde, mais jusque dans le cloître, il signale de nombreux fugitifs de soi-même. A cet art dangereux de se méconnaître, opposer l'art salutaire de
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se connaître, est l'objet du livre tout entier. Ce n'est pas seulement une imitation métaphysique, mais une imitation littéraire de la Recherche de la vérité. Quoique Lamy demeure bien au-dessous de son modèle pour la grâce exquise, et surtout pour la mesure et la sobriété, on peut en extraire, comme Ta fait M. Damiron, plus d'un passage qui rappelle les bons endroits de la Recherche.
La métaphysique du P. 'Lamy est plus particulièrement contenue dans les Premiers Éléments (1), où il résume les sentiments de Malebranche sur Fâme et le corps, et sur Dieu considéré comme l'auteur de l'union de l'âme et du corps. Il suit Descartes partout où Malebranche le suit, il s'en écarte partout où Malebranche lui-même l'abandonne. Ainsi, après avoir établi, conformément à Descartes, la distinction de l'âme et du corps, après avoir placé l'essence de l'âme dans la pensée, il prétend que nous connaissons l'âme par le seul sentiment. Que devient donc le Je pense, donc je suis de Descartes? Lamy attribue, contre toute vérité, à Descartes de n*avoir pas fondé son existence sur l'idée claire de la pensée, mais sur le sentiment intérieur de Tactualité de la pensée.
Aucun cartésien n'a poussé plus avant le principe, que Dieu est la seule cause efficiente, l'unique vraie cause de tout ce qui est réel. Il a môme prétendu en donner une démonstration, sous forme géométrique, dans une de ses Lettres philosophiques. Aussi Bayle cite-t-ille bénédictin Lamy, qu'il estime un des plus forts cartésiens de France, parmi les philosophes par lesquels prend le plus de force l'objection de la création continuée contre la liberté (2). C'est à Lamy que Leibniz écrit : « Celui qui soutient que Dieu est l'unique acteur pourra aisément se laisser aller jusqu'à dire que Dieu est l'unique substance. » Comme Ma-
(t) Ou Entrée aux connaissances solides, en divers entretiens, propor^ tionnée à la portée des commençants et suivie d*un Essai de logique, in-12, 1706.
(2) Réponse à un Provincialj chap. cxli.