‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 2)Chapitre 47 sur 68 · II · texte numérisé non relu

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lebranche, Lamy définit runion entre Tâme et le corps : une exacte et nécessaire correspondance entre deux êtres, dont l'efficacité des volontés divines est la seule cause effectrice.

Dieu est l'auteur de toutes les idées comme de tous les mouvements. Sur cette question des idées, Lamy met en regard les deux sentiments qui, de son temps, ont fait le plus de bruit, d'abord celui d'Arnauld, qu'il réfute, puis celui de Malebranche, qu'il adopte, sauf en quelques détails. Il distingue la perception de l'idée, objet intérieur de nos pensées, et soutient que nous voyons tout en Dieu. De là sa foi à ces vérités absolues et à une raison souveraine dont il s'est fait le champion contre Arnauld.

Mais s'il admet le gros de la vision en Dieu, il avoue qu'il éprouve quelques difficultés à l'égard des détails. Il s'agirait d'abord de savoir si effectivement nous avons les idées des créatures et des ouvrages de Dieu, avant ,:*" t de se battre sur la question de savoir comment nous ^^s

les voyons en Dieu. Or, à l'exception des corps en gé

néral, ou de l'étendue, il croit que nous n'avons au

cune vraie idée des ouvrages de Dieu , que nous n(

savons pas d'un corps particulier ce qui le distingue pré cisément d'un autre, que nous ne connaissons notre es prit que confusément, et celui des autres par pure conjec ture. Ainsi, selon Lamy, tous ces ouvrages de Dieu don nous aurions les idées, se réduiraient à la seule idée de l'é tendue, laquelle, il est vrai, enferme les idées de toutes le^ figures possibles, mais sans que nous puissions savoir smelles correspondent à quelque chose de réel. Selon Ti— mandre, un des deux interlocuteurs, ce serait là une con^ — naissance plus curieuse qu'utile. Arsile, il est vrai, le reprend de traiter légèrement une connaissance par laquelle nous apprenons que, comme êtres pensants, nous sommes perpétuellement enlevés dans un autre monde que celui qu'habite notre corps, dans un palais enchanté d'idées. Timandre objecte que ce n'est pas faire agir Dieu de la manière la plus simple , parce que ce palais enchanté

dépendant des ébranlements du cerveau de chacun, sera différent pour tout le monde, plus beau pour l'un que pour l'antre, suivant les idées qui lui auront été représentées à l'occasion des ébranlements de son cerveau. H Voilà donc, s'écrie-t-il ironiquement, la question de la pluralité des mondes absolument terminée, on ne pouvait pas souhaiter de voir cette pluralité poussée à un plus grand excès . »

Mais, de cette première difficulté au sujet de la vue des idées des créatures en Dieu, il en voitnaltre encore une seconde. Comment expliquer que nous voyons en Dieu les vérités immuables, si ces vérités ne sont que des rapports entre les idées, et si nous n'avons nulle vraie idée des ouvrages de Dieu ? Si nous n'avons d'idée claire ni de l'âme, ni du corps, comment connallrons-nous clairement que l'âme est préférable au corps? Ainsi, en admettant les principes de la vision en Dieu, en demeurant fidèle à cette doctrine que, pour consulter la vérité souveraine, il faut s'élever jusqu'à Dieu, Lamy n'ose rien décider sur le mode de la connaissance des choses particulières. Voici , d'ailleurs, sa conclusion : 0 Je me retranche à tenir le fond de lacbose, sans en connaître la manière. Je ne suis pas plus savant que saint Augustin. Je suis avec lui très-persuadé que ce n'est que dans une nature universelle et immuable qu'on voit cps grandes vérités, pour le comment, le quomodo, je confesse mon ignorance, d En résumé, les Premiers Éléments, sont supérieurs à la Connaissance de soi-même, et peuvent être rangés parmi les meilleurs et les plus agréables résumés de la philosophie de Descartes et de Malebranche.

A l'instigation de Bossuet et dePénelon, Lamy a publié une réfutation de Spinoza (1). Il suit d'abord la méthode commune, puis la méthode géométrique, à l'adresse, dit-il, des libertins spirituels qui se piquentd'cxactitude et de raison. II dit du Dieu de Spinoza : a Si cela peut s'appeler recon-

(i) Nouvel Alhéisj tirée pour /a plupart

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Daître un Dieu, je ne>ais pas pour moi ce qui s'appelle n'en reconnaître point, n Pour démonter pièce à pièce tout ce système il ne veut qu'employer la connaissance de Thomme. En effet, de l'inspection delà nature humaine, il résulte que rhomme est une substance, et conséquemment qu'il n'y a pas qu'une seule substance. Mais si Thomme est une substance, il n'est pas de lui-même, il est donc par une cause autre que lui-même, cause que les merveilles de Tunion de l'âme et du corps et de ses organes démontrent être inQnie. Ainsi oppose-t-il la certitude de la psychologie à l'incertitude des hypothèses ontologiques où se perd Spinoza.

Cette réfutation de Spinoza lui paraît un nouvel exemple de l'utilité qu'il ne cesse de vanter, de la philosophie pour la foi. « Qu'on en dise et qu'on en pense ce qu'on voudra, il sera toujours vrai que la métaphysique est de toutes les sciences la plus importante et la plus essentielle , non-seulement aux disciplines naturelles , mais à la morale et à la religion 'i). • Comme Malebranche, il croit à l'accord essentiel de la raison et de la foi, à l'unité de la vraie philosophie et de la vraie religion, et il combat ceux qui voudraient enlever à la philosophie, pour la réserver à la seule théologie, la science de Dieu et de ses attributs : a Que Dieu et ses attributs soient l'objet de la seule théolo?:ie, cette pensée est un préjugé populaire fondé sur ce qu'on dit que Dieu est au-dessus de la nature, et que la philosophie ne s'occupant que de choses naturelles, on regarde comme autant de passe-droits les prétendues sorties qu'elle fait sur la divinité. Pitoyable préjugé de regarder comme étranger à la nature l'auteur même de la nature, comme si la cause était étrangère à son effet, et encore à un effet qui n'a rien qu'il ne tienne de sa cau^e (-2) ! » Non-seulement il réclame pour la raison le droit de spéculer sur Dieu, mais il lui donne la priorité sur la foi, par un argument irrésistible, que nous avons

(1) Préface da youvel Athéisme renversé.

(2) Premiers Éléments^ 4« enireûen.

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