L'ORATOIRE
Saumur. Son grand ouvrage, intitulé Philosopha chrisfûiRtt(l), publié sous le pseudonyme d'Ambrosius VicLor, est uo antécédent , par l'esprit et par les doctrines, quoique Descartes n'y soit pas nommé, de la Recherche de la vérité. Depuis la première édition qui n'a que trois vol. in-12, jusqu'à la dernière qui en a six, la Philosophia christiana, comme la Recherche de la vérité, s'est successivement agrandie et complétée. Sur Dieu, sur riiomme, sur la nature des béLes, sur toutes les parties de la philosophie, toujours c'est saint Augiistin lui-m&me qu'André Martin fait parler avec des citations de ses propres ouvrages. Mais, à la manière dont il choisit et dont il lie ces citations, et même par les titres qu'il place en tête de chaque chapitre, il n'est pas difflciie de reconnaître que son saint Augustin est arrangé et ajusté d'après Descartes. Cela est surtout visible dans le livre consacré à la nature des bêtes (2), où it prétend donner, d'après saint Augustin, une l'oule d'arguments en faveur de l'automatisme.
11 annonce, dans la préface, que son intention est de substituer une philosophie vraiment digne de ce nom, une philosophie chrétienne, ù ces subtilités misérables, dignes de mépris et de dégoût, qui ont cours dans l'enseignement des écoles. Cette philosophie chrétienne, tout entière tournée à la contemplation et à l'amour de la vérité • éternelle, sera composée de ce qu'il y a de meilleur dans \ les écrivains sacrés et profanes, et surtout dans saint Au-
I tfUit, dit le P. Adry, dispuisr à SHumnr aax thëseE dea protcatuats et ceu-ci à celles de l'Oratoire.
(Ij Philoaop/iia christiana Ambrosio Vidors Iheologo colleclore, Jeu tmtctus AugMlinai de philosophîa univeraim. Paris, l(i71, G vol. in-lî. La premiËre éditian, en 3 TOliiineB, eat de lââS; la deuiièiue, en 5 vol., de ie(i7. Cue nouvelle lïdition, en 1 gros vol. in-S, l'uris, Durand, ISliS, Tient d'Être donniïe par l'abbé Jules Fabre. Ls préface ne cou ti en i pas de détails nouveaux sur la vie et léa ouvmges d'André Martin. L'éditeur dit n'BTOlr pu trouver le Ecptième volume dont parlent qiielqries aateurs. Comtne l'abbé Fabre, nuui n'avons pu rencontrer ce volume, (î) Sanctua Augutlinus de anima bestiarum, volumen sestum.
i2 PHILOSOPHIE CARTÉSIENNE.
gustin, le premier des philosophes, comme des théologiens. Qu'esl-ce que la philosophie? C'est* J'amour de la sagesse, comme il résulte de sa définition même ; mais la sagesse étant Dieu lui-même, le P. André Martin en conclut qu'elle a pour objet Dieu en tant qu'il est connu parla raison, et qu'elle a pour fin la vie bienheureuse.
Tout d'abord on remarque en lui la même tendance que chez Malebranche à unir la foi et la raison, et même à suDordonner là première à la seconde. En effet, il considère la foi comme un degré inférieur qui doit servir à nous élever un jour jusqu'à la raison et à la science. Si la foi est avant la raison, c'est, selon André Martin, dans l'ordre chronologique, et nullement dans l'ordre de la dignité et de l'excellence (i). Il démontre la spiritualité de l'âme comme Descartes, et il interprète le livre X du de Trinitate de saint Augustin avec les Méditations.
L'âme, dit-il, se connaît elle-même, elle connaît sa pensée, sa substance, sans rien voir en elle d'étendu, de coloré et de figuré; elle est certaine d'elle-même, de son existence, de sa pensée, tandis qu'elle n*est certaine de l'existence d'aucun corps. Qu'elle s'en tienne donc à ce qu'elle sait certainement d'elle-même, et qu'elle écarte de sa nature toutes les représentations trompeuses des sens et de l'imagination (2) . D'un autre côté le P. André Martin s'éloigne de Descartes, pour demeurer fidèle à saint Augustin, en faisant de l'âme le principe de la vie comme de la pensée. Il n'en est pas moins un zélé partisan de l'automatisme, à la défense duquel il consacre tout le sixième volume de la Philosophia christiana qui est un traité complet sur la question (3). Si les bêtes souffraient n'ayant pas péché. Dieu serait injuste , voilà un des principaux arguments du
(1) Temporalis igitar medicina, id est fidesquœ oon scieotes, sed credentes ad salutem vocal, non natura et excellentia, sed ipsius temporis opdine prior est quam ratio. Vol. I, cap. vi.
(2) Troisième volume, chap. xiv et xv.
(3) Ce volume est intitulé : De anima bestiarum.