‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 2)Chapitre 6 sur 68 · L'ORAT^^RE · texte numérisé non relu

L'ORAT^^RE

P. André Martin. Malebranche, qui en fait aussi un assez grand usage, semble le lui avoir emprunté.

Le P. André Martin se montre surtout à nous comme un précurseur de Malebranche dans la manière dont il conçoit, d'après saint Augustin et Platon, la connaissance de Dieu et la vision des idées et des vérités éternelles dans son essence môme. Quand nous voyons Dieu, c'est Dieu luimôme que nous voyons, selon le P. André Martin, parce qu'aucune image ne peut le représenter. On ne peut voir la lumière sans la lumière ; or Dieu, avec qui nous sommes tous unis, d'une manière incorporelle, est la lumière éternelle. Il y a dans l'essence de Dieu des trésors infinis de rapports intelligibles qui, s* appliquant à des choses particulières, peuvent ôtre connus les uns sans les autres. Les uns en voient plus, les autres en voient moins^ suivant leurs progrès dans la connaissance des choses divines et le degré de leur union avec Dieu.

Quel homme religieux, dit-il d'après saint Augustin, peut nier qu'en chaque genre de choses tout vient de Dieu? Or Dieu n'a créé tel ou tel genre que parce qu'il en avai l'idée ; les idées des créatures sont donc en Dieu, comme dans l'esprit de l'artiste, l'idée de l'œuvre qu'il a conçue. C'est seulement dans ces idées, et par ces idées, que les créatures sont éternellement présentes à Dieu qui ne peut emprunter sa connaissance des choses extérieures. Comme on dit qu'on voit les corps dont l'imagination nous représente seulement les images, quoique ces images n'aient rien de corporel, de môme on dit qu'on voit les créatures, lorsqu'on voit leurs idées dans l'essence de Dieu, quoiqu'il n'y ait en elles ni étendue ni figure ; et on les y voit mieux et plus clairement qu'en elles-mômes (I). Nous voilà déjà bien près de la vision en Dieu de Malebranche.

Parmi les cartésiens qui ont précédé Malebranche dans rOratoire, il faut rappeler encore ici le commentateur du Discours de la Méthode et de la Géométrie de Descartes, le sa-

(1; Sanct. Âug., de Deo, cap. \\\i, xxxn, xxxiv, xxxvii.

i4 PHILOSOPHIE CARTÉSIENNE.

vant P. Poisson, dont il a été déjà question parmi les disciples de Descartes. Quant aux autres cartésiens de l'Oratoire, dont les ouvrages sont postérieurs à la Recherche de la vérité^ ils auront plus tard leur place dans cette histoire, à la suite de Malebranche.

Donc, dès son origine, l'Oratoire s'était signalé par ses tendances idéalistes, et avait pris parti pour Platon contre Aristote, pour saint Augustin contre saint Thomas. La persécution a bien pu le contraindre à taire le nom de Descartes, à dissimuler plus ou moins ses doctrines, mais non pas à y renoncer, et à être infidèle à son esprit dans lequel il croyait retrouver saint Augustin. Grâce à Platon et à saint Augustin , avant , comme après Malebranche, l'Oratoire inclinait à la doctrine d'une raison divine éclairant tous les hommes , il inclinait à la vision en Dieu, à l'union de la foi avec la raison. L'Oratoire ayant toujours été fidèle aux principes essentiels de la doctrine de Descartes, sauf à les allier, à les développer, à les dissimuler plus ou moins avec Platon et saint Augustin, le P. Tabaraud a pu dire avec vérité : « Quarante ans de persécution contre le cartésianisme et le jansénisme, confondus sous le même anathème, n'ont pu faire abandonner aux disciples de Bérulle cette philosophie que leur père leur avait recommandée (1). »

(1) Biographie universelle fZitîcle Bérulle.

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