‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 2)Chapitre 60 sur 68 · CHAPITRE XXVm · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVm

ico adversaire da Otiscartes. ~ Ses plaintes tur le âiscrédit d?s Unguea anciennes et de riisioire. — Critiques contre le critérium de l'évideace.

— Descaries accnsé d'ëpicarâieme pour ce qai lui appartient sa propre.

— Railleries contre iiiCogilo,ergo sum.~ Méluphjsique de Vico puiséa dans la signiflcatian primitive des anuiensmots laliiis. — Méthode ontologique. — Dien premier vrai et premier être eomprenanl en lui tomes cli(»es. — Condition de la science parfaite. — Tliéode platonicienne des genres et des formes des choses. — Points métapliysîques à place de la doctrine cariésienne de la malière. — Opposîtioi

■cience noutelie et de la méthode cartésienne. — InQuonce de Desi

- Vico. — l.e cardinal Gerdil. — Sa vie et ses ouvrages, - Diifensede la physique de Descartes, — Toiiles les Cormes de l'athûiams comhaitues avec le cartésianisme. — BeconnHiss:ince pour les services 'endua par Descartes i la religion et à la morale. — Incompacibilitë de principes aïec ceui de Spinoza. — Immatérialité lie l'irae déraoocootre Locke. —Malebrancliismeda cardinal Gerdil. — Diifense de Malebraucfae conire Locke. — Rcifntution de i'empirïsmc en morale et en estliëliqne. Autoritéa invoquées en faveur du Malebranclie. — Eclectisme du cordiuat GerdiL

Lorsque Vico, dans les dernières années du dix-sef tiëme siècle, quitta la solitude de Valtolla (1), après ne^ ans passés dans des méditations profondes siirranLiquit^ l'histoire, les iangueset la philosopljie de Platon, il setroiiTl à son retour à Naples, comme ua étranger dans sa propre patrie. Il ne put voir, sans indignation et sans douleur, la révolution opérée dans les esprits par le triomphe du cartésianisme, le prompt et presque universel discrédit de toutes études qui lui étaient chères. Ses lettres, scsdiseoui-S:T SCS opuscules (3), retentissent de plaintes amères sur rabaa<

(IJ Uy avait fait l'éducutlon des enfants d'un seigneur napolit (2) Je cite l'édition qu'eu a donnas le marquis de Villaiosa : 0) GiuVMHi Batlista Viuo. Nap., 18IB, 3 vol. iu-8.

don des langues, de l'histoire, des longues et consciencieuses recherches, et" aussi de l'éloquence et de la poésie. Il gémit de voir les livres fermés sur l'autorité de Descartes qui a dit : savoir le latin , c'est ne savoir rien de plus que ce que savait en bas âge ta fille de Cicéron (1) ! Si on lit encore les philosophes anciens, on ne les lit plus que dans des traductions. Qu'est-il besoin de livres, de bibliothèques, de longues recherches avec cette claire et distincte perception par laquelle, au dire des cartésiens , chaque esprit se suffit à lui-môine et suffit à tout? Cette méthode que Descartes prône partout, et veut mettre partout, a engourdi et paralysé tous les esprits. On veut bien être savant et philosophe, mais sans se donner aucune Fatigue; on ne prend pins la peine de soumettre aux eipÉricnces les spéculations sur la physique. Pour la morale, les cartésiens nous renvoient à celle de l'Évangile, comme à la senle qui soit nécessaire. Encore moins éludie-t-on ce qui regarde la politique, sous prétexte qu'elle ne réclame qu'une aptitude naturelle et une heureuse présence d'esprit. Si on fait encore des livres, ce ne sont plus que des manuels, des ahrégés, des nouvelles méthodes, qui dispensent de toute recherche et de tout travail. La facilité, voilà seulement par où se recommandent les livres nouveaux, et la cause du grand succès de la méthode de Descartea qui flatte la faiblesse de la nature humaine. >

Descartes, dit encore "Vico, a fait ce que font tous les tyrans qui d'abord, en protestant au nom de la liberté, gagnent despartisans, et s'emparent du pouvoir, puis, devenus les maîtres, exercent une plus dure tyrannie que celle qu'ils ont renversée. De peur de voir sa domination ébranlée, il s'efforce de faire abandonner l'élude de tous les autres philosophes, sous le prétexte que, par le secours delà seule

(1) • Saper di laiino non i snpor piu àl qudlo che sapea Is Tante dl Cicérone. Opuscoti, etc., t, li, p. Ml). " Je ne sais sur qoelle autorité Viea acliibue & Descartea cette boulade coutre ira langues anciennes, mais clic 3 quelque analogie avec d'autres rapportées par Sccbière et Baîllot,

lumière naturelle, un homme peut savoir tout ce que les autres hommes ont su. Une jeunesse .naïve et désireuse de s'épargner du travail n'est que trop disposée à goûter cette doctrine. Mais en réalité, selon Vico, comme selon Huet, Descartes, quoiqu'il le dissimule avec beaucoup d'art, était très-savant et très-érudit, versé en toute sorte de science et de philosophie, et le plus grand mathématicien du monde. D'ailleurs il vivait toujours dans la méditation et la retraite, et enfin, ce qui importe le plus, il avait une intelligence telle qu'on n'en reilcontre pas deux en un même siècle. Qu'un homme ainsi doué suive son propre jugement, il le peut, mais ce n'est pas une raison pour qu'un autre le puisse. Qu'on lise Platon, Aristote, Épicure, saint Augustin, Bacon, Galilée, et non pas seulement Descartes, qu'on médite autant que Descartes a médité, et alors seulement pourront.se former dans le monde des philosophes d'ua mérite égal au sien. Mais c'est ce que Descartes n'a pas voulu, par un conseil digne de la perfide politique des tyrans.

Vico n'est pas un sceptique , comme Huet ; il n'attaque pas en lui-môme le critérium de l'évidence, mais l'application universelle que voulaient en faire les cartésiens, et cette méthode géométrique à laquelle ils prétendaient soumettre tout ordre d'idées et de questions. Il veut que, tout en faisant la part de la raison intlividuelle, on fasse aussi celle de l'autorité ; il vêtit qu'à côté de la méthode géométrique, qui rectifie et démontre, mais ne découvre pas, à côté de l'évidence, qui ne peut s'appliquer à toutes choses, on donne une place à l'induction et à ces puissantes conjectures par où on arrive à la vérité, et dans lesquelles éclate le génie. Il accuse les cartésiens de faire sortir les mathématiques de leurs véritables confins pour étouffer l'induction, pour tuer l'histoire, la physique, l'éloquence, les arts, tout ce qui n'est pas susceptible d'une démonstration exacte et d'une certitude absolue. Qu'on cherche, dit Vico, l'évidence dans les nombres, dans la géométrie, mais qu'on ne l'exige pas dans la vie.

dans la polilîqiie, dans les sociétés. L'hisLoire qui explique i'homnie, la politique qui le conduit, l'éloquence qui l'eutraSne, la morale qui le perfectionne, ne sont pas l'œuvre d'un raisonnement géométrique, mais de l'induction ef de la conjecture. Ce n'est pas à sa méthode, mais à son génie, que Descartes doit ses décoiiverles. Quanta sa méthode, elle n'a rien produit que des mathématiciens et des critiques. Mais it a beau s'isoler dans sa géométrie, abolir le passé, mépriser les œuvres des grands hommes, l'érudition perce au travers de ses raisonnements, il afTecte l'indépendance et l'originalité, et on voit qu'il n'est puissant que pour avoir médité ses devanciers. Vico blâme donc Descartes d'être tombé dans l'excès contraire à ceux qui ne juraient que sur l'autorité du maître. Il a eu raison de s'élever contre l'ancien esclavage de la pensée, mais il est allé trop loin en prétendant faire régner le propre jugement de chacun, à l'exclusion de toute antorité. 11 serait temps enfin d'éviter l'un et l'autre excès, de suivre son propre jugement, mais sans rejeter entièrement l'autorité, d'avoir de l'ordre et de la méthode, mais seulement autant que le comporte chaque espèce de connaissance (1). Enfin le critérium de la vérité n'est pas seulement dans la raison individuelle, mais dans le sens commun, lequel se compose de jugements sans réflexion communs au genre humain tout entier. Ces critiques de Vico n'atteignent, on le voit, que - des abus et des excès, et non pas le principe môme de la méthode cartésienne.

A la métaphysique de Descartes il oppose l'esquisse d'une métaphysique dont les traits principaux sont empruntés à Pythagore, à Platon et à Leibniz. Le spiritualisme de Descartes est sublime, mais il est pris tout

(I) Cm diverses crîlîqneH sont éparses dans lealettresetlraopiiBculasdé Vico. Voir particiiliÈremant, Disserlalio de tioslri temporis sltidiorum rations, les iellres bd V. Vitrj, de lu Compagnie de lésiis, Opuncoli di Vico (t. H, p. Ï15!, * Frsncescn SoU» [t. II. p, 1S5), ï Toinaso Rossi ((, Il p. Ï3G) et sa réponse à un article du Giornale liei Ittterali italioni contre BOn traité De antiquissma llalorum sapientia (t. Il, p. 39).

entier à Platon ; l'épicuréisme, voilà, selon Vico, le caractère de tout ce qui lui appartient en propre, soit en physique, soit en métaphysique. A son Traité des passions, il reproche d*être du domaine de la médecine plutôt que de la morale. A combien de sophismes Descartes n'a-t-il pas recours pour assigner à l'âme une résidence matérielle dans le corps, et la loger dans la glande pinéale, comme une araignée dans sa toile I Avec tout cela, il n'aboutit qu'à établir une contradiction systématique entre Tâme et le corps, qu'Épicure, plus conséquent, faisait disparaître en niant Texistence de l'esprit. En témoignage de cette tendance épicurienne de Descartes, Vico allègue encore une preuve fort inattendue, celle du grand nombre d'images tirées des choses matérielles dont Descartes se sert dans les Méditations. A Malebranche il reproche d'établir un parallélisme entre les propriétés de la matière et les facultés de l'âme ou les propriétés de l'esprit (1).

Vîco désapprouve fort ces dogmatiques qui veulent subordonner toute certitude à la métaphysique, et prescrivent, pour y arriver, de faire d'abord table rase de l'intelligence. Il condamne le doute méthodique, et il se raille du Cogita, ergo sum, qu'il n'a garde, il est vrai, de contester, mais qu'il estime non moins insignifiant qu'incontestable. Grâce à Descartes, nous voilà donc, dit Vico, à tout jamais assurés de notre existence. Mais ce beau raisonnement n'est-iî pas tout entier emprunté au Sosie de VAmphytrion

de Plante qui, troublé dans le sentiment de son identité

par Mercure revêtu de sa propre figure, comme par le génie trompeur de Descartes, se fonde et se rassure sur cette démonstration ?

Sed quum cogito, equidem certo idem sum qui semper fui.

Vico a reproduit plusieurs fois contre Descartes cette plaisanterie plus spirituelle que juste (2), s'obstinant à jae

(1) Lettre à Tomaso Rossi, t. II, p. 236.

(2) De antiquissima Itaîorum sapientia^ cap. II.

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voir dans cette première vente si rdconde une connaissauce insignîllaDte et vulgaire, dont un idiot est susceptible, et non une haute vérité qu'un métaphysicien seul puisse découvrir. Qu'est-ce que le Cogt'to, selon Tico 7 Rien qu'un pur phénomène, un fait de conscience, que les sceptiques n'ont jamais nié, mais non un fait de science, p'arce qu'il ne nous donne pas la raison et la cause de notre être.

Au lieu de procéder comme Descartes, Vico suit une méthode ontologique, et, à l'exemple de son compatriote Jordano Bruno , nous transporte immédiatement au seiu du premier être (1). La philosophie dans laquelle on établit d'abord l'être et le vrai , ou pour mieux dire, le vrai être, pour en déduire par après l'origine ' et le critérium de toutes les sciences subalternes, voilà, selon Vico, la seule vraie philosophie, il prétend retrouver tout entière cette métaphysique profonde dans la signification primitive des anciens mots de la langue latine, fidèles dépositaires de la sagesse antique des premiers sages de l'Italie, sans doute par opposition à, Descartes, et pourdémontrer contre les cartésiens l'innpoi'tance des langues et des Iradilions. De là son traité De atitiguissima !taiovum sapientia ex li/tgiue iatinœ originibus enieiida, imitation du Cratyle où Platon cherche aussi une philosophie dans les origines du langage (S).

Laissons de côté ces étymologies arbitraires , pour exposer sa métaphysique elle-même. Identité du vrai et du fait, ou du vrai et de ['être, voilà le premier principe de son système. Dieu seul est le premier vrai, parce qu'il est le premier facteur de toutes choses, et parce qu'il comprend en lui tous leurs éléments. Dieu est cmiiiemmcu toutes choses ; il est l'ôti'e iniini, el. toutes choses ne sont

(1) Noos exiraj-ona ce court aperçu de la Me'lapkysique de Vico, i!u Irailé Deanliquusimn Ualonim sapienlia et des Défenses qu'il en n faiiea,

(2)11 s été traduit en italien parle marquis de Villaroai (3' volume Jea Opuacoli) et en Iraoçaja par M. Uiclielet.

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par rapport à Ini qae des dispositions et des participations de l'être. De là sa science souveraine. Il sait tout parfaitement parce cju'il contient tout en lui, parce que seul il met tout en œuvre. Il n'y a en efl'ct de science parfaite que de ce dont on connaît les causes et les origines, que de ce qu'on a lait soi-même. Les seules connaissances vraies sont celles dont les éléments sont choisis, disposés par nous et coatenus en nous, à l'imitation de la connaissance divine. Vico ramène toutes les sciences à cette idée du vrai, et mesure sur elle leur degré de vérité. L'homme ne sait parfaitement que les mathématiques, parce que luiraSme il les construit, comme Dieu construit l'univers (t). Mais si Descartes ne réussit pas à confondre les sceptique par le doute méthodique et le Cogito, comment Vico espère-t-il les réduire au silence et les contraindre à admettre tout d'abord ses principes sur Dieu, sur le vrai et sur l'être? Les sceptiques ne nient pas qu'il y ait des apparences et des effets ; or, selon Vico, cela suffit pour les contraindre à confesser qu'il y a des causes et une compréhension de ces causes, laquelle recueille en soi toutes les manières el les formes avec lesquelles les choses se sont produites, vérité première et infinie, qui est Dieu, mesure à laquelle se rapportent toutes les vérités humaines, point de départ de la vraie métaphysique. Faute d'avoir vu que la vraie cause doit contenir en elle tous les éléments des choses et qu'elle n'a hesoio que d'elle-même pour produire son effet, les métaphysiciens, selon Vico, sont tombés dans les plus graves erreurs. Tantôt ils nous représentent Dieu comme opérant à la façon d'un , tantôt ils supposent que les choses créées peu-

à leur tour être causes d'autres choses. Vico est en

d'accord avec les cartésie

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(I) Geouifltricai ideo liemonatrumiis quod faciitiiis. Plijsica ; slrare poBsemiis, faceremnE; hhic impiie cunosituis noiaridi qi'i Deiin Il jifiuri probarc sludent. {De anlviiiisHma llaloi'um :iopienlia.]

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