‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 2)Chapitre 61 sur 68 · VICO ADVEBSAIKE DE DESCARTES · texte numérisé non relu

VICO ADVEBSAIKE DE DESCARTES

De Dieu, il descend au monde, aux formes et aux genres des choses. Rejetant les universaus de l'École, il considère, à la suite de Platon, les formes physiques comme ries simulacres des formes métaphysiques, qui sont les idées en Dieu ou les types éternels des choses, le sceau dont les genres ne sont (jue l'empreinte. Quant aus i^alités sensibles, comme les cartésiens, il ne leur donne d'e.'ïistencc que dans ràmc ; comme eux aussi îl change les animaiiï un de simples machines. Il prétend môme retrouver l'automatisme dans l'étjmolofîie de bnttum, qui d'ahord aurait signifié immobile, preuve, suivant lui, que les anciens croyaient que les brutes sont des machines mues par des causes agissant du dehors, tandis que l'homme est mù par une cause intérieure.

Entrant ensuite, comme i! le dit, dans le champ des essences, il substitue, de même que Leibniz et Fardella, lu notion de force à celle d'une étendue matérielle inerte, et à ce qu'il appelle l'épicuréisme physique de Descartes. Si Descartes semble réussir mieux qii'Épicure dans l'explication des phénomènes particuliers, c'est uniquement, selon Vico, à cause de sa grande habileté en géométrie et en mécanique ; mais sur les principes, ii n'est pas moins embarrassé qu'Épicure lui-môme. Il y a nécessité d'admettre quelque chose d'antérieur h l'étendue qui la produise et la soutienne. De même qu'il faut distinguer le mouvement et l'etlort, il faut distinguer l'extension et une vertu d'extension qui précède l'étendue, mais n'est pas elIc-mSme étendue, et, en conséquence, est indivisible. Caractériser la matière par la seule étendue, c'est la caractériser, ticlon Vico, comme selon Bossuet, par ce qu'elle est en acte et non pas par son essence. Or, aolériourement h racle, il y a l'essence, laquelle nous est connue par la métaphysique qui dépasse la physique, cL qui donne la raison dcK choses qu'elle considère. On e^t donc nbligi'; de conrevoir m ' Jitiocipe inélendu cl indivisible d'extension t!t de mouver il ne serait pas digne de la sagesse de Dieu de r en deux éléments ce qu'il a pu réinir en uij seul.

a« PHILOSOPHIE CAUTESiei^INE.

C'est à ce principe tiimple, indivisible d'étendue et de mouvement, que Vieo donne le nom de point mi!>lapliysique. Il délinit les points méLapbysiques: une vertu indéfinie d'exlension et de motivcmenl, laquelle se retrouve toujours égale sous les étendues les plus diverses, et sous les mouvements les plus Inégaux. En suivant les cartésiens, comment faire dériver de Dieu la réalité de la matière, sans le faire lui-même étendu et divisible? L'éteudue en essence est bien en lui, mais non l'étendue en acte, ce qui veut dire qu'il contient une vertu indëSaie d'exlension et de mouvement. Telle est la tliéorie des points de Yico, qui'est la partie la plus remarquable de sa métaphysique. Quoiqu'il prétende la tenir de PyLhagore et de Zenon et la retrouver dans la synonymie dapunctum el de motnenti/m, il est difficile dcjio pasyvoir plus directement l'influence de la monadologîe de Leibniz.

Nous avons signalé les traits les plus importants de la métapbysique de Vico dans ses rapports eL dans son opposition avec celle de Descartes, La principale gloire et la grande originalité de "Vico est dans la Science nouvelle, et non dans celte métapbysique incomplËte qui semble ne pas avoir laissé de trace en Italie (1). La critique de la Science nouvelle nous emporterait hors de notre sujet. Nous nous bornerons h faire remarquer que la Science novveik est une philosophie fondée sur l'bisioire et les langues, en opposition, à ce qu'il semble, au dédain afi'ecté par lescartésiens pour toute espèce d'érudition. Vico a raison sans doute de reprocher aux cartésiens leur mépris pour l'histoire, maisil a tort de mettre en opposition la philosophie qui étudie l'homme en lui-même et la philosophie qui étudie l'homme en société. Comment la philosophie de l'histoire trouve ra-t- elle les lois de l'humanité, comment remontera-t-elle à ses origines , sinon arec l'indispensable lumière de la connaissance de la nature humaine?

(I) Voir lediscoDTBiiDdDcCeiirBertinarja, .Su//'i>irfofee le viceride iltllo filoaofia ilalianii. Torino, 1840, in-1!, 101) pDgrs.

Quelle est cette base commune des nations qui, suivant lui, en est Tobjet, quel est ce sens commun qui en est la règle, sinon les tendances communes de la nature humaine et les idées universelles de la raison? Le grand mérite de Yico est d'avoir éclairé les vieilles chroniques du monde, les origines et les lois de l'humanité, avec ces lumières empruntées à la science de la nature humaine. Entre la Science nouvelle et les Méditations, il n'y a donc pas opposition, comme il le croit, mais seulement diversité de point de vue, de môme qu'entre l'homme individuel et l'humanité.

Nous terminerons ce coup d'œil rapide sur le cartésianisme italien par le cardinal Gerdil , le plus fidèle , le plus zélé des disciples de Descartes et de Malebranche que nous ayons encore rencontré par delà les monts. Le cardinal Gerdil dans ses écrits en faveur de Descartes s'autorise de l'exemple du cardinal de Polignac (1). Mais combien ne Temporte-t-il pas par ses connaissances, sa piété, son autorité, sinon par les grâces et par l'esprit, sur le hrïUsLni auteur de V Anti-Lucrèce? Gerdil

(1) Né en Savoie à Samoens, en 1718. Il entra très jeune dans la congrégation dos Barnabitcs. Il fit son cours de théologie et de philosophie à Bologne où il eut pour maître Zanotti. Ai)rès avoir enseigné la philosophie à Macerataet à Casai, il eut une chaire de philosophie et do morale dans Vuniversité de Turin. Chargé par le roi, Charles-Emmanuel III, de l'éducation de son petit-fils, il composa^ comme Bossuet et Fénelon, un certain nombre d'ouvrages pour son royal élève. Il fut nommé cardinal, en 1777, par Pie VI et résida à Rome jusqu'à ce qu'il en fût chassé par l'occupation française, en 1708. A la mort de Pie VI, il se rendit au conclave de -Venise où il aurait été élu pape sans le veto de l'Autriche qui ne voulut pas d'un candidat savoyard, devenu français par les victoires de la république. Après l'élection de Pie VU, il retourna à Rome et y mourut en 1802. 11 faut consulter, pour la vie et les ouvrages de Gerdil, sou éloge en italien, prononcé dans rassemblée générale des Arcades en IS04, par le P. Fontana depuis cardinal. Cet éloge qui a été traduit en français et accompagné de notes par l'abbé d'Auribeau, est en tête de ses œuvres complètes. C'est sous les auspices du cardinal Fontana qu'ont été publiées, à Rome, de 1800 à i820, les Œuvres complètes de Gerdil, en Ib vol. petit in-4''. J'indique aussi une thèse en italien sur ses ouvrages etsaphiloso" phie par l'abbé Giovanni Francesco Bosco, in-8o,de 'V20 pages. Turin, 1856.

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