‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 3)Chapitre 8 sur 52 · IDÉES INNÉES · texte numérisé non relu

IDÉES INNÉES

que nous commençons d'exister, et elles passent de la puissance à l'acte par le développement naturel de notre nature pensante, sans nul concours des sens ou de la volonté. L'esprit, dit Descartes, les découvre en lui, quand, par lui-même, ou par l'action d'autres causes, il est tourné à la considération de telle ou telle chose (1). Ce ne sont, comme toutes les autres pensées, que des modes particu- ^ liers de notre faculté de penser, avec cette seule différence ' qu'ils sont inhérents à notre constitution intellectuelle. Quant à leur universalité, elle résulte de l'essence identique de tous les entendements humains et de la loi commune qui préside à leurs développements.

Telle est donc, d'après Descartes, la nature des idées innées. On se tromperait en supposant qu'il met dans une sphère à part l'idée de Dieu, et qu'il lui donne une nature plus élevée , ou une plus noble origine qu'aux autres idées innées. L'idée de Dieu ou de rinfiui, fondement de toutes les preuves de l'existence de Dieu , l'emporte sans doute en dignité sur les autres idées innées (2). Mais si elle les dépasse, par sa réalité objective, qui nous oblige de remonter jusqu'à un être infini, comme à son original ou à son exemplaire, considérée en elle-même, et dans sa nature propre, elle n'esta comme toutes les autres, qu'un mode de notre faculté de penser, qu'un produit naturel de notre entendement.

Il faut bien se garder d'attribuer à Descartes ce qui n'appartient qu'à Malebranche. Dans Descartes, l'idée de Dieu n'est pas une intuition immédiate de Dieu, ni Dieu luimôme. Rien ne ressemble moins que ses idées innées à des idées ou des vérités vues en Dieu, à des types aperçus dans son essence. En vain dans tous les ouvrages de Descartes, à moins d'en dénaturer le sens, chercherait-on la doctrine d'une raison divine illuminant tous les esprits. Ou Descartes

(1) Œuvres inédites de Descaries, nfn supra.

(2) Nous croyons devoir ainsi modifier ce que nous avons dit dans les éditions précédentes sur les idées innées.

4iO PHILOSOPHIE CARTÉSIENNE.

n'eût rien compris à ce langage mystérieux, ou il aurait rangé toutes ces choses parmi ce fatras d'entilés scholastiques dont il est, dit-il, ennemi plus que personne. Ce sont quelques-uns de ses disciples, et particulièrement Malebranche, qui ont introduit des éléments Platoniciens, ou plutôt Augustiniens, dans la théorie des idées innées, etlui ont donné un sens que le maître n'avait pas même soupçonné. Les vrais représentants de la doctrine et de l'esprit de Descartes sont Arnauld et Régis, et non les partisans de la vision en Dieu. Quelle est la liste de ces idées nées avec nous, et comment l'aut-il les classer? Sur ce point il n'y a rien de bien net et de bien précis dans Descaries, quoiqu'il ne mérite cependant peut-être pas le reproche, que lui fait Ritter, de n'en admettre tantôt qu'un petit nombre, et tantôt de les multiplier à l'infini, jusqu'à supposer que toutes les notions sont innées (1). Il est vrai que Descartes, dans certains passages, réduit à un très-petit nombre ces notions primitives qui sont, dit-il, comme des originaux sia- le patron desquels nous formons toutes nos connaissances: «Caraprès les plus générales de l'être, du nombre et de la durée, qui conviennent à tout ce que nous pouvons concevoir, nous n'avons pour le corps, en particulier, que la notion d'extension de laquelle suivent celles de la figure et du mouvement, et pour rame seule nous n'avons que celle de la pensée en laquelle sont comprises les perceptions de l'entendement et les inclinations de la volonté (2). » Ces notions primitives, dont parle ici Descartes, sont sans doute des idées innées ; mais toutes les idées innées ne sont pas des notions primitives si fécondes, c'est-à-dire ne sont pas « des originaux sur le patron desquels nous formons toutes nos connaissances. » Ainsi ce passage, et d'autres semblables, ne nous semblent pas en contradiction avec ce qu'il dit ailleurs du grand nombre des idées innées, paiticulièrement dans ses Remarques sur le placard de liégius.

(1) Histoire de lu [ihilosopliie ninderne, chapitre sur Descartes.

(2) Édit. Cousin, t. JX, p. 125, Lettre à la ijrincesae Elisabeth,

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