‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 4)Chapitre 24 sur 45 · AÎJTÉCÉDENTS DU TRACTATUS THEOLOGICO-POLITICUS · texte numérisé non relu

AÎJTÉCÉDENTS DU TRACTATUS THEOLOGICO-POLITICUS

nous de mieux à faire qu'à abdiquer notre volonté au sein de.Dieu ? Là où tu ne peux rien, dit Geulincx, tu n'as rien à vouloir. Tel est le rapport de la morale de Geulincx avec sa métaphysique.

Ainsi les causes occasionnelles, la négation de la réalité des causes secondes, le germe de la vision en Dieu, la transformation de tous les corps et de tous les esprits en purs modes d'une substance étendue et d'une substance pensante universelle se trouvent déjà dans Geulincx, qui est à la fois le précurseur de Malebranche et de Spinoza.

Mais pendant que quelques cartésiens préparent les voies à V Éthique de Spinoza, d'autres les préparent au Tractatus theologico-politicus. Tel fut Meyer. L'ouvrage de . Meyer, PUilosophia Scripturœ interpres (1), est un des essais les plus célèbres et les plus hardis qui furent tentés, à ceite époque, sous l'influence du cartésianisme, pour soumettre les Écritures à une interprétation rationaliste. Meyer, médecin d'Amsterdam, était un des plus intimes amis de Spinoza dont il reçut le dernier soupir, et édita, les œuvres posthumes. Le titre môme de son ouirrage en indique clairement l'esprit. Meyer raconte, dans sa préface, qu'il a cherché un remède aux discordes fâcheuses des théologiens, et qu'il a cru le trouver dans la méthode de Descartes, dont il célèbre les avantages avec enthousiasme. Ce que Descartes a fait en philosophie, il veut le faire en théologie, c'est-à-dire, il veut tout rejeter. Jusqu'à ce qu'il arrive à un point ferme et inébranlable qui puisse servir de fondement à tous les autres dogmes

(I) Philosophia Scripturœ interpres, exercitatio paradoxa; tertium édita et appendice Joachimi Camerarii aucta^ cum notis variis et pras' fatione Semleri^ in-8o, 1776. La Haye. La I" édition est de 1666, c*est-àdire antérieure au Tractatus theologico-politicus, — L'éditeur défend Meyer et s^défend lui-même. « La tolérance, dit-il, doit être le propre du christianisme. Faut-il, comme autrefois, anéantir les livres des adversaires ? D'ailleurs, ce livre est bon pour exercer les théologiens. Meyer a pu errer dans son mode d'interprétation, mais n*a pas voulu renverser les fondements de la religion. »

L'ouvrage de Meyer a été traduit en hollandais et en français.

théologîques. Ce premier point d'où il faut partir, selon Meyer, c'est que TÉcriture est la parole infaillible de Dieu ; hors de là il n'y a pas de théologie. Mais si le premier point de Meyer est parfaitement orthodoxe, il n'en est pas de même du second, c'est-à-dire, de la règle d'interprétation à laquelle l'Écriture doit être soumise. En effet cette règle infaillible, qu'aucun théologien, selon Meyer, n'a encore trouvée, n'est autre que la philosophie elle-même.

Par philosophie, il n'entend pas les opinions de tel ou tel philosophe, mais cette connaissance certaine que donne la raison exercée, attentive, délivrée de tous les préjugés : Illarum rervm veram ac indulntato certam n&titiam quam ratio ab omni prcejudiciorum tnvolucro Kbera, naturalique intelledus lumme et acumine suffnlta, ac stuéSo, sedulitate, exercitattone, experimentis, rerumque %mi exeuUa atque adjuta, ex immotis ac per se cognùis princgms, per légitimas consequentias, apodicticasque demonstrationes, ebare ac distincte perceptas, eruit, ac in certissàna veritatis hêce colhcat {cap. 5). Une telle raison émane de Dieu, ainsi que la philosophie qui en découle et, en conséquence, elle est infaillible . Donc tout ce qui n'est pas en confc^mité avec elle, n'est pas et ne peut pas être la vérité. Meyer fait les plus hardies applications de ce principe, non-seo^ lement aux passages de l'Écriture où Dieu est représenté avec des formes et des passions humaines, mais à Tinterprétation môme du dogme de la Trinité et à ces paroles de l'Évangile : Ceci est mon corps. Il veut prouver qu'il n'y a pas contradiction entre les vérités philosophiques et les vérités théologiques ; mais il ne le prouve qu'en changeant les vérités théologiques en des vérités philosophiques. Enfin, parmi les opinions opposées sur le principe d'interprétation des Écritures, il combat surtout celle, qui qui dominait alors dans les églises réformées, à savoir que l'Écriture est elle-même sui interpres^ sous rinspiration du Saint-Esprit.

L'ouvrage de Meyer excita les plus vives discussions entre les disciples de Descartes çt les ministres du culte

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