‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 4)Chapitre 25 sur 45 · ANTÉCÉDENTS DU TRÂCTATÔB-THEOLOGICO-POLITICUS · texte numérisé non relu

ANTÉCÉDENTS DU TRÂCTATÔB-THEOLOGICO-POLITICUS

réformé, ilâ^leva des orages et compromit, dans un grand nombte d'esprits, la philosophie cartésienne, dont Meyer se vantait d'appliquer fidèlement la méthode et les principes ; enfin il provoqua une foule de réfutations, de prédications et de pamphlets, et accrédita singulièrement î* l'accusation de socinianisme contre tous ceux qui se disaient cartésiens.

Balthasar Bekker (1) suscita contre lui, comme Meyer, les fureurs des théologiens orthodoxes, en mettant les argu? ments philosophiques au-dessus de l'autorité de l'Écriture, et la raison au-dessus de la foi. Il avait étudié la philosophie et la théologie de Descartes, d'abord à Franékère, puis à Groningue. Il obtint le grade de docteur dans l'université de Franékère, et une place de prédicateur dans les environs de cette ville. C'est là qu'il publia une défense de la philosophie jde Descartes contre les théologiens (2), o6 il se proposait surtout de faire les parts réciproques de la théologie et de la philosophie, afin d'apaiser et ôe prévenir les querelles entre ces deux puissances. La philosophie est maîtresse dans l'ordre de la raison, la théologie dans l'ordre de la foi. Mais quelle sera cette philosophie maîtresse dans l'ordre de la raison? Ce sera la philosophie pure de Descartes, telle qu'elle est dans ses propres ouvrages, et non pas telle qu'elle a été dénaturée ou exagérée par quelques-uns de ses disciples. Or, la philosophie pure de Descartes ne contient rien de contraire à la religion. Ne voit-on pas les théologiens les plus considérés, tels qu'Heidanus, Burraanus, Clauberg, Wittichius, etc., se faire gloire d'être ses partisans et ses défenseurs? Bekker s'attache surtout, comme tous les apologistes de Descartes, à justifier le doute méthodique, les doctrines du mouvement de la terre et de l'infinité du monde. Il invite les théologiens à ne pas s'écarter de la

(t) Né ea 1634 dans la Frise occidentale, mort en 1698. (2) De phUosophia cartesiana admonitio çandida et smcera. Franekerœ, 1688, lietit in-12.

modération et de la charité, à ne pas intervenir dans lès débats philosophiques, et il nie hardiment à TÉglisè le droit d'attenter à la liberté qui est la loi de la philosophie*r Par avance il plaidait ainsi sa propre cause, mais sans réussir à la gagner. Il ne put en effet travailler au triomphe de la raison, et combattre les superstitions populaires, con- V. tre lesquelles il prit la plume, à Toccasion de la fameuse comète de 1680, sans encourir quelques persécutions (1). jCependant bientôt, sans se décourager, dans un autre ouvrage plus considérable, et encore plus hardi, il entreprit de , ruiner la croyance, universellement répandue, à Tinfluénce des esprits, anges ou démons, et au pouvoir du diable sur la destinée, les actions et les pensées des hommes (2). Il passe d'abord en revue les opinions des anciens et des modernes sur les bons ou les mauvais esprits, sur Tétat des âmes après la mort, sur le diable et son pouvoir. Ensuite, il recherche ce qu'il y a de faux et de vrai dans toutes ces opinions, d'après le jugement de la raison. Sans nier l'autorité de l'Écriture, il affirme que c'est à la raison de l'interpréter, et de nous instruire de quelle manière il faut l'entendre, lorsqu'elle ne parle pas naturellement des choses naturelles. Or, selon Bekker, la raison ne nous informe que de l'existence de notre propre esprit et d'esprits semblables aux nôtres chez les autres hommes. On ne rencontre des anges et des démons que dans certains passages de l'Écriture qui, selon Bekker, peuvent s'entendre soit de Taction de Dieu, soit de l'action d'hommes méchants. Donc, comme l'Écriture ne contredit pas formellement le témoignage de la raison, il

(1) Examen des comètes, à T occasion cTune vomète parue en 1681. — Publié en 1683 en hollandais.

(2) Le Monde enchanté ou Examen des communs sentiments touchant les espritSy leur nature^ leur pouvoir, leur administration et leurs opérations et touchant les effets que les hommes sont capables de produire par leur communication et leurvertUy 4 vol. in- 12, traduit du hollandais en 1694 . » Cet écrit, dit Bayle, a donné lieu à tant d'autres, principalement en langue flamande, qu'ils coûtent presque cent francs. » (Lettre à Minutoli. Rotterdam, le 28 août 1C92.)

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