ANTÉCÉDENTS DU TRACTATUS THEOLOGICO-POLITICUS
conclut que l'empire des esprits bons on mauvais est une ,; ...chimère, et que la croyance à leur pouvoir est contraire à =^^^- ;la véritable piété. Quant aux prétendus témoignages tirés "" de Texpérience, Bekker les traite de faussetés et d'im- ■ v-j^ostures.
''" En outre à l'existence des anges et dès démons il op- V^^-^pose la doctrine cartésienne, que Dieu est la seule vraie cause efficiente. Ce n'est pas un esprit cfêé et fini, mais Dieu seul qui peut agir sur Tâme et sur le corps de l'homme (!). Postérieur de quelques années au Tractatus iheohgicO'politicus, le Monde enchanté de Bekker est, avec plus de réserve, animé du même esprit, et témoigne aussi de l'influence exercée par le cartésianisme hollandais sur la théologie.
Ces attaques contre les croyances les plus accréditées au sein de l'Église avaient encore plus de gravité de la part d'un ministre. Aussi Bekker fut-il poursuivi par les magistrats d'Amsterdam, suspendu d'abord, puis révoqué de ses fonctions par un synode. II eût pu les conserver en se rétractant, mais il s'y refusa et mourut, quelques années après, ferme et inébranlable dans les mêmes sentiments. Il faut donc placer Bekker au premier rang des cartésiens hollandais qui ont tenté de subordonner la théologie à la philosophie et la foi à la raison.
Voilà les précurseurs de Spinoza, et les intermédiaires qui le rattachent à Descartes. Nous avons vu certaines tendances de la métaphysique cartésienne aboutir, en quelques années, jusqu'à leurs conséquences extrêmes. Les causes secondes deviennent des causes occasionnelles, les substances secondes tendent à devenir de simples phénomènes ; Clauberg n'accorde pas plus de réalité aux créatures par rapport à Dieu qu'à nos pensées par rapport à notre esprit; Geulincx enseigne que tous les esprits ne sont que des modes d'une substance pensante universelle,
(1) Le chapitre de diabolo du Tractatus brevis de Dec et homine ejusque valetudine de Spinoza, retrouvé et pabli^par M. Van Vloteii, semble on résumé de la doctrine de Bekker.
3U PHILOSOPHIE CARtÉSIENNE.
et tous les corps des modes de l'étendue en soi. D'un autre côté, dans la théologie, la philosophie est posée comme^ seule règle infaillible de l'interprétation des Écritures." Ainsi, l'histoire du cartésianisme hollandais nous a âoniié|^\t les antécédents de l'Éthique et du Theologico-poltiicus, i^'i:]' ^ nous a fait assister, pour ainsi dire, à l'enfantement dé;/;' Spinoza. - ;