‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 4)Chapitre 40 sur 45 · ADVERSAIRES PÉRIPATÉTICIENS · texte numérisé non relu

ADVERSAIRES PÉRIPATÉTICIENS

et Xénophon. Montrose, }e général écossais royaliste, envahissant impétueusement l'Angleterre, mais bientôt obligé de retourner dans ses montagnes, c'est Descartes; Xénophon avançant lentement, mais sûrement, et arrivant à son but à travers tous les obstacles, c'est Gassendi.

Après Gassendi, les héros de Sorbière étaient Montaigne et Charron, dont il ne pouvait souffrir qu'on parlât mal. Le scepticisme, comme chez le maître, s'alliait en lui àl'empirisme. Membre assidu de l'académie pour la recherche des causes naturelles qui se réunissait chez de Montmort, il .y fit un certain nombre de discours sceptiques sur le peu de connaissance que nous avons des choses naturelles. Enfin, une traduction française du De Cive (1) achève de mettre en tout leur jour les tendances philosophiques de Sorbière. Passons maintenant au plus illustre des disciples de Gassendi, à Molière.

De tous les grands écrivains du siècle de Louis XIV, Molière est peut-être le seul qui ne soit pas pénétré de l'esprit cartésien. Il faisait ses études à Paris, au collège de Glerraont, sous les jésuites, quand Gassendi, frappé de sa vive intelligence, l'adjoignit à deux autres élèves. Chapelle etBernier, auxquels il donnait des leçons particulières. Tous trois, dit M. Sainte-Beuve, profitèrent diversement des leçons du philosophe, mais ils en restèrent marqués (2). Une traduction en vers de Lucrèce, ouvrage de sa jeunesse, semble attester l'influence sur son esprit de l'enseignement du restaurateur de la philosophie d'Epicure. On sait que, découragé par la perte de quelques feuilles, Molière jeta malheureusement au feu cette traduction dont il ne nous reste rien que quelques vers élégants du Misanthrope, sur

(1) Eléments philosophiques du citoyen, découverts par Thomas Hobbes, traduits en français par un de ses amis. Amst., 1649, in-8. l\ prend ia précaution de mettre en tête un discours apologétique où il tâche de se justifier de traduire un livre dont les principes sont dangereux.

(2) Article déjà cité sur Chapelle et Bachaumont.

l'illusion qui fait voir aux amants tout en beau dans l'objet aimé (1).

On trouve dans Molière, dit Sorbière, les traits d'une belle philosophie. Il va sans dire que, pour Sorbière, cette belle philosophie ne peut être que celle de Gassendi. Il paraît en effet difflcile de ne pas reconnaître dans quelques comédies de Molière des traces des tendances philosophiques du chanoine de Digne. Comme Gassendi, il combat à la fois, à sa façon, l'École et Descartes. Il se moque de la scholastique en homme qui la connaît, et jette le ridicule sur ces péripatéticiens fanatiques qui appelaient à grands cris au secours d'Aristote les magistrats et les lois ; mais il se moque aussi du doute méthodique et du spiritualisme de Descartes.

Pancrace, dans le Mariage forcée le maître de philosophie, dans le Bourgeois gentilhomme^ donnent à rire aux dépens de la philosophie de l'École. Quoi de plus comique que la fureur de Pancrace contre le misérable qui a osé dire la forme, au lieu de la figure d*un chapeau, et contre les magistrats qui tolèrent un pareil scandale? « Ah ! seigneur Sganarelle, tout est renversé aujourd'hui, et le monde est tombé dans une corruption générale. Une licence épouvantable règne partout, et les magistrats, qui sont établis pour maintenir l'ordre dans un état, devraient mourir de honte en souffrant un scandale aussi intolérable

(1) Acte II, scèoe v.

Et Ton voit les amants vanter toujours leur choix^

Jamais leur passion n'y voit rien de blâmable,

Et dans l'objet aimé tout leur devient aimable.

Ils compteBt les défauts pour des perfections

Et savent y donner de favorables noms.

La pâle est au jasmin en blancheur comparable,

La noire à faire peur une brune adorable,

La maigre a de la taille et de la liberté,

La grasse est dans son port pleine de majesté, etc.

Ces vers sont une imitation d'un passage du IV* cbant de Lucrèce^ v. 1146.

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