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content que l'univers l'honore par son excellence et sa beauté, il veut aussi que ses voies le glorifient par leur simplicité, leur fécondité, leur universalité, leur uniformité, par tous les caractères qui expriment des qualités qu'il se glorifie de posséder. Il n'a pas voulu faire l'ouvrage le plus parfait possible considéré en lui-môme, mais l'ouvrage le plus parfait qui se puisse, joint aux voies les plus parfaites et les plus dignes de lui. Il ne veut pas que ses desseins l'honorent et que ses voies le déshonorent, mais il veut que ses voies soient sages aussi bien que ses desseins; il veut agir en tout le plus divinement qu'il se puisse, a Dieu a vu de toute éternité tous les ouvrages possibles et toutes les voies possibles de produire chacun d'eux, et comme il n'agit que pour sa gloire, que selon ce qu'il est, il s'est déterminé à vouloir l'ouvrage qui pouvait être produit et conservé par des voies qui, jointes à cet ouvrage, peuvent l'honorer davantage que tout autre ouvrage produit par toute autre voie. Il a formé le dessein qui portait davantage le caractère de ses attributs, qui exprimait le plus exactement les qualités qu'il possède et qu'il se glorifie de posséder... Un monde plus parfait, mais produit par des voies moins fécondes et moins simples, ne porterait pas tant que le nôtre le caractère des attribut divins (1). »
Sans cesse Malebranche oppose à toutes les objections contre son optimisme cette distinction des voies et de l'ouvrage, c'est-à-dire Timpossibilité d'un monde meilleur, jointe à la simplicité et à l'universalité des voies, suivant lesquelles Dieu a dû agir et régler toutes choses, par suite de sa perfection infinie. Les voies simples ou, ce qui revient au môme, les voies générales, voilà les seules voies dignes de lui. Lui demander quelque chose qui ne puisse s'accomplir que par des voies particulières et com*
(I) 9« Enf7^eL met Saint Thomas avait dit de môme : Ad prudeatcni gubernatorem pertinet negligere aliquem defectura bonitatis in parto, ^' faciat arguraentum bonitatis in toto. Conira Gent,^ lib. II, cap. lxxi.
PROVIDENCE GÉNÉRALE. i35
pliquées, c'est lui demander ce qui est contraire à sa perfection et à sa sagesse. Oui, sans doute, dit Malebranche» Dieu aurait pu corriger telle ou telle imperfection de son ouvrage, il aurait pu faire en sorte qu'il n'y eût pas de monstres, mais ce ne pouvait être qu'au prix de la perfection de ses voies.
Il a ainsi le tort d'établir une antithèse entre la perfection des voies et celle de l'ouvrage, et de sacrifier la seconde à la première. Par là il s'attire, de la part d'Amauld et de Fontenelle, le reproche de représenter Dieu comme subordonnant la fin aux moyens, ce qui assurément n'est digne ni de sa sagesse ni de sa perfection infinie. 11 ne fallait donc pas opposer la perfection des voies à celle de l'ouvrage, mais chercher à ramener ces deux avantages à un avantage unique, celui de la plus grande perfection possible; il fallait, comme Leibniz, fondre ensemble, dans la loi du meilleur, la perfection des voies et celle de l'ouvrage. La limitation des créatures, la nécessité de subordonner, non pas l'ouvrage aux voies, mais les détails à l'ensemble, à la généralité des lois, voilà les meilleures raisons que l'optimisme puisse opposer aux imperfections de l'univers. Malebranche les fait, il est vrai, parfaitement valoir, surtout la dernière, mais en supposant toujours que Dieu, avec d'autres voies, aurait pu faire un monde meilleur. Toutefois l'erreur est ici plutôt dans la forme , que dans le fond même de la pensée, et son optimisme, sauf l'intervention du dogme de l'incarnation, se ramène, dans tout ce qui est essentiel, à celui de Leibniz, d'après le témoignage de Leibniz lui-même (!)•
Malebranche prouve avec une grande force que les volontés générales conviennent mieux que les particulières aux attributs de Dieu. C'est parler de Dieu d'une manière humaine que de lui donner autant de volontés qu'il y a de brins de paille qui voltigent au gré des vents (2), Agir
(1) Thdod., 2« partie, § 208.
(2) Réponse aux Réflexions philosophiques et théologiques d* Arnaud»
i3tf PHILOSOPHIE CARTÉSIENNE.
par des volontés particulières est le propre d'une intelligence incapable de tout prévoir et de tout régler à l'avance. Attribuer à Dieu des volontés particulières, c'est porter atteinte à son immutabilité, c'est en faire un ouvrier malhabile sans cesse obligé de retoucher son ouvrage, comme une mauvaise montre qui s'arrêterait à tous moments sans le secours d'un horloger. Au contraire, les volontés générales sont le propre d'une intelligence infinie qui prévoit tout, qui embrasse tout, à Tavance, dans un décret général. Ceux qui prétendent que Dieu fait tout par des volontés particulières, laissent à Dieu sa souveraineté et à la créature sa dépendance, mais ils ôtent au Créateur sa sagesse et rendent son ouvrage digne du dernier mépris (1). Maiebranche se plaît à développer tout ce qu'il y a de grandeur et de sagesse infinie dans ces quelques lois générales par lesquelles Dieu, de toute éternité, a réglé et combiné les choses. C'est par les deux grandes lois du mouvement (2), qu'il a fait et qu'il conserve le monde, les planètes, les comètes, l'air, l'eau, le feu, le ciel et la terre, et^qu'il règle la diversité infinie des phénomènes physiques. Par elles il produit la vicissitude admirable du jour, de la nuit, des saisons, par elles il couvre la terre de fleurs, il donne aux animaux et aux plantes leur accroissement et leur nourriture. Dans la première impression du mouvement donnée par Dieu, étaient contenues et déterminées toutes les formes, toutes les combinaisons des êtres^ toutes celles du physique et du moral. Notre raison demeure confondue de tant de grandeur et de tant de prévoyance ! En même temps, par les lois générales de l'union de Tâme et du corps. Dieu gouverne les hommes, il forme les sociétés, il ne fait qu'un seul corps de tout un peuple. Enfin, c'est aussi par des lois générales, qu'il distribue la grâce, qu'il punit et qu'il récompense tous les hommes dans l'é-
(1) Méditât. 1,21.
(2) Ces deux lois sont : que tout le raouvement se fait ou tend à se faire eu ligne droite, et que dans le choc les mouvements se commopiqucnt selon la proportion des corps qui sont choqués.
ternité. Avec quelle éloquence ne célèbre-t-il pas cette providence générale, qui se manifeste dans l'infîniment grand et dans Tinfîniment petit, dans la construction d'un insecte, non moins que dans les révolutions des astres, dans les merveilles de Tâme et du corps et dans les déterminations de Tunique cause efficiente par les causes occasionnelles (1) I
Malebranche n'ose pas cependant pousser aussi avant que Descartes Taction de ces lois générales du mouvement. Il leur attribue l'accroissement, mais non la production même des êtres organisés, à cause de l'infînilé de ressorts de ces êtres et de l'appropriation de chacun à un usage particulier. « On ne comprendra, dit-il, jamais que les lois du mouvement puissent construire des corps composés
d'une infinité d'organes L'ébauche de ce philosophe
{Traité de la formation du fœtus) peut nous aider à comprendre comment les lois du mouvement suffisent pour faire croître peu à peu les parties de Tanimal ; mais que ces lois puissent les former et les lier toutes ensemble, c'est ce que personne ne prouvera jamais. Apparemment M. Descartes l'a bien reconnu lui-même , car il n'a pas poussé fort avant ses conjectures ingénieuses (2). » Malebranche donne pour oHgine aux êtres organisés des germes créés par Dieu, et non une action purement mécanique.
Mais cette hypothèse de la création des germes semble en contradiction avec le principe de la généralité des voies. Vous faites la vie d'un insecte digne d'une volonté particulière de Dieu, objecte Arnauld, pourquoi pas la vie ouïe salut d'un homme? Malebranche se défend d'avoir jamais dit ni pensé, que Dieu forme tous les jours, par des volontés particulières, les animaux et les plantes. Son sentiment est que tous les germes des êtres organisés
(1) Voir principalement la l^* partie du Traité de la nature et de la grâce, la 7« Méditation^ le 9* et le I0« Entretien, et Tabrégé de son sentiment sur la providence dans sa Réponse aux Réflexions théologiquet et philosophiques d* Arnauld,
(2) !!• Entret. met,
ont été créés par Dieu, en même temps que le monde, de telle sorte qu'ultérieurement ils n'eussent besoin, pour croître et se développer, que des lois du mouvement. Il suppose même que le premier germe de chaque être organisé contenait, enchâssés les uns dans les autres, à rétat d'infiniment petits, tous les germes de la même espèce qui se sont développés, et qui doivent se développer encore, dans tous les temps et dans tous les lieux : « Au temps de la création Dieu a construit, pour les siècles futurs, les animaux et les plantes, il a établi les lois des mouvements nécessaires pour les faire croître. Maintenant il se repose, parce qu'il ne fait plus que suivre ces lois (1). »
A la différence de Descartes, Malebranche cherche à pénétrer les esprits de la sagesse et de la bonté de la divine providence, par la considération des causes finales et des merveilles du monde. Il reproche à Descartes d'avoir pensé que c'était témérité de vouloir découvrir les fins de Dieu dans la construction du monde. Y a-t-il de la témérité à juger que Dieu a placé des dents dans la bouche afin de broyer les fruits, ou les yeux au haut de la tête dans le dessein qu'on vît de loin? Cela est si évident que c'est plutôt une témérité ridicule d'assurer que c'est le hasard qui arrange de cette sorte les parties du corps humain. Mais, tout en insistant sur la nécessité de conserver les causes finales pour la religion et pour la morale, il ne blâme pas Descartes de les avoir proscrites du domaine de la physique oîi, comme lui, il les-estime inutiles et dangereuses (2).
En même temps que le système des volontés générales nous donne la plus haute idée possible de la Providence, il la justifie contre les objections, les plaintes, les blasphèmes, qu'arrachent aux hommes grossiers et stupides, comme dit Malebranche, la vue et le sentiment du mal
(1) îiépome aux Réflexions dAmauîd.
(2) Convers, chrét,, 3« entretien, et 11« méditation.
en ce monde. Ces hommes ne considèrent que Touvrage de Dieu, et non la manière dont il a été construit; ils voient ses défauts visibles, et ils ne voient pas la sagesse des voies par lesquelles Dieu Ta créé et le conserve. Or, ces imperfections et ces misères sont une suite nécessaire des lois admirables qui produisent Tordre et la beauté de l'univers. Dieu assurément ne les a pas établies en vue de ces imperfections, mais parce qu'étant extrêmement simples, elles ne laissent pas de former un ouvrage admirable, ce dont l'homme ne peut juger qu'à la condition de ne pas tout rapporter à lui. Malcbranche ne condamne pas moins sévèrement que Descartes et Leibniz cette* prétention ridicule de l'homme de se poser comme le centre et le but de l'univers : « Si l'homme se regarde comme le centre de l'univers, sentiment que le corps inspire sans cesse, tout l'ordre se renverse, toutes les vérités changent de nature, un flambeau devient plus grand qu'une étoile, un fruit plus estimable que le salut de l'état. La terre, que les astronomes regardent comme un point, est Tunivers même. Mais cet univers n'est encore qu'un point par rapport à notre être propre (i). »
Si Dieu agit par une providence particulière, et en vue de l'homme, pourquoi plus de mers que de terres? La terre aurait-elle donc été faite pour les poissons ? Pourquoi la pluie tombe-t-elle sur le roc, et non sur le champ ensemencé qui se dessèche? Pourquoi la grêle ravaget-elle les moissons ? Pourquoi la pierre écrase-t-elle en tombant l'homme juste ? Pourquoi le méchant est-il épargné, tandis que le juste succombe ? Pourquoi enfin tant de fléaux, tant de monstres, tant de damnés? A toutes ces objections Malebranche ne voit rien à répondre dans le système d'une providence particulière. Dira-t-on que ces fléaux, ces monstres sont destinés à punir les méchants ? Mauvaise et dangereuse réponse, en face d'une expérience de tous les jours qui nous montre que le juste est frappé
(1) Traité de morale.
non moins souvent que le méchant. Dira-t-on que ce sont comme des ombres à un tableau, et que les monstres contribuent à rharmonie et à la beauté de Tensemble de l'univers? Malebranche se moque de cette prétendue solution que lui oppose Arnauld, et déclare ne pas concevoir comment des imperfections et des monstres peuvent augmenter la perfection et la beauté de Tunivers. Ainsi les partisans d'une providence particulière ont beau entasser les sophismes, le monde, à leur point de vue, serait sujet à la critique et digne du dernier mépris. Mais, avec une providence générale, Malebranche est convaincu que tout s'explique et se justifie.
Si la grêle ravage les champs, si le feu brûle des villes, si la peste emporte les populations, si un enfant naît difforme, ce n'est l'effet ni d'une nature aveugle, ni d'un Dieu inconstant, mais une suite nécessaire des lois établies, en vue de la plus grande perfection possible de son ouvrage. Dieu n'a pas fait ces lois à cause de tels effets, il ne les a point faites à cause de leur stérilité, mais à cause de leur fécondité, a S'il y a des défauts dans son ouvrage, des monstres parmi les corps, et une infinité de pécheurs et de damnés, c'est qu'il ne peut y avoir de défauts dans sa conduite, c'est qu'il ne doit pas former de desseins indépendamment de ses voies. Il a fait pour la beauté de l'univers et le salut des hommes, tout ce qu'il peut faire, mais agissant comme il doit agir, agissant pour sa gloire, selon tout ce qu'il est (1). » Si Dieu agissait par des volontés particulières, comme les intelligences bornées, il n'y aurait point de monstres dans la nature (2). Il pouvait sans doute faire un monde où il y eût moins d'imperfections, point de monstres, mais en renonçant à la simplicité et à l'universalité des voies, ce qui eût détruit, entre l'action de Dieu et son ouvrage, cette proportion, seule digne de sa sagesse infinie.
(1) 2» Entretien met.
(2) 7* Médit,, 20. « Pensez-vous que si Dieu ne faisait qu'un homme, il en fil un monstre ? » Conversât, chrét,^ 2« entret.
PROVIDENCE GÉNÉRALE. 14i
Quoique ces lois générales aient des effets contradictoires, quoiqu'elles fassent tour à tour naître et périr, on ne saurait accuser Dieu d'inconstance. Celui qui, ayant bâti une maison, en jette un pavillon par terre, découvre son ignorance; celui qui après avoir planté une vigne, Tarrache aussitôt, montre sa légèreté. Mais on ne peut pas dire que Dieu agisse par caprice ou par ignorance, lorsqu'un grain de grêle fait tomber un fruit presque mûr. Ce n'est pas en eifet que Dieu veuille, et qu'ensuite il ne veuille plus, mais c'est qu'il n'agit pas par des volontés particulières. Ce sont les mêmes lois du mouvement qui répandent la vie et la mort^ qui détruisent et qui réparent, toujours admirables et bonnes au regard de l'ensemble, quoique accidentellement fâcheuses au regard des détails et des individus .
La généralité des voies nous donne aussi la réponse à l'ob* jection que, si Dieu fait tout, il fait aussi le mal. Dieu fait tout sans doute, les biens et les maux; il écrase, sous les mines d'une maison, le juste qui va secourir son semblable, tout comme le scélérat qui va égorger un homme de bien ; il fait tout, il règle tout, mais non pas de la même manière. Il veut directement la perfection de son ouvrage, il ne veut qu'indirectement l'imperfection qui s'y rencontre; il fait le bien, et permet seulement le mal, comme une conséquence nécessaire, attachée à ces lois les meilleures qu'il a choisies entre toutes. Voilà pourquoi il est permis, sans impiété, de chercher à se soustraire au mal qui nous menace. Supposé que Dieu fit tout par une volonté particulière et directe, il faudrait, sous peine d'impiété, se laisser mouiller par la pluie ou dévorer par la maladie, il faudrait ne résister à aucun fléau, ne se mettre en garde contre aucun danger, car Ô'est péché de résister à la volonté de Dieu. Prendre les plus simples précautions serait une défiance injuste. Que les hommes sont impies de s'amuser à plaider et à chercher des témoins pour assurer les juges de la justice de leur cause I Que ne prennent-ils Dieu pour seul juge? Se déflent-ils donc de la divine providence? Pourquoi intenter des procès criminels? Le duel
Gomme il n'y a que Jésus-Ghrist qui puisse nous mériter la grâce, de même il n'y a que les pensées et les désirs de Jésus-Ghrist, en tant qu'homme, qui puissent être les causes occasionnelles de sa distribution dans les Âmes. Malebranche ne craint pas de rejeter sur Jésus-Ghrist, sur les bornes de son intelligence, en tant qu'homme, les difficultés relatives à la distribution de la grâce; de là le reproche ironique, qui lui a été adressé, de justifier le père aux dépens du fils.
Ge n'est qu'ensuite des désirs de Jésus-Christ que les grâces sont données aux pécheurs ou aux justes par Dieu, qui s'est fait une loi d'obéir à l'âme de Jésus-Christ dans tout ce qui regarde le gouvernement de son Église. Or, les pensées et les désirs de l'âme de Jésus-Ghrist, en tant qu'homme, de môme que ses connaissances, sont bornés. 11 ne peut penser à toutes choses, ni à tous en même temps, d'où il résulte que ses grâces ne se répandent que successivement, tantôt sur certaines personnes, tantôt sur d'autres, et que souvent elles sont inutiles, n'étant pas proportionnées aux dispositions de ceux qui les reçoivent, parce que Jésus-Ghrist ne les connaît pas toujours (I). Par là Malebranche s'attire, de la part d'Arnauld, l'accusation d'attribuer de l'ignorance à l'âme sainte de Jésus-Ghrist et
(1) Mais, avant la venue de Jésus-Christ, quelles étaient, selon tfale* branche, les causes occasionnelles de la grâce ? C'est aux désirs des anges et surtout de l'archange Michel, préposé à la conduite du peuple juif} qu'il imagine de faire jouer, dans l'ancienne loi, le même rôle qu'aux désirs de Jésus- Christ dans la nouvelle. Dieu exécutait leurs désirs et par eux ses propres desseins, selon certaines lois générales. C'est sur quoi il se fonde poar soutenir contre Arnauld que les miracles de l'ancienne loi ne marquent nullement que Dieu ait agi souvent par des volontés particulières. Noas nous bornons à indiquer cette autre imagination théologique de Malebranche, plaisamment qualifiée de Michaélocratie par Faydit. Si Dieu s choisi l'archange Michel pour ce r6ie, c'est qu'il a prévu qu'il exigerait de lui, pour le gouvernement de son peuple, un moins grand nombre de miracles que Ips autres anges. De là ce bon mot de Nicole : Dieu a donné à l'archange Michel la conduite du peuple Juif au rabais des miracles. (Voir le dernier éclaircissement de la 2* édition du Traité de la nature et de la grâce ^ et la Dissertation d'Arnauld sur les miracles de Vandemne M
de tomber dans des pensées nestorienHes. L'âme de Jésus- Christ sait tout, mais elle ne pense pas à tout actuelle* ment, voilà la distinction par où il cherche à se défendre contre celte autre accusation d'hérésie. De là cette spiri-* rituelle et vive critique de Bossuet : « Nous serions donc tous sauvés, s'il n'y avait point de Sauveur. »
Dans le Iraité de la nature et de la grâce, Malebranche place entièrement en dehors des mérites humains la raison de la sagesse et de la prédestination, d'accord en ce point essentiel avec le jansénisme^ auquel plus tard il fera la guerre. Aussi a-t-il été loué, par Arnauld lui-môme, d'avoir reconnu, que ce qui met la différence entre les hom^ mes, au regard de la grâce^ n'est pas en nou», mais en Dieu. Mais plus tard dans son opposition, de plus en plus vive, à Arnauld, on le voit attaquer la doctrine janséniste, et chercher à faire une part à la liberté à côté de la grâce gratuite. Il se déclare en effet du parti de ceux qui croient qu'il dépend de nous^ non de mériter la grâce, ce que soutenaient les pélagiens, mais d'en faire un bon usage ou de la rejeter^ lorsqu'elle nous est donnée (1), ce que repoussaient les partisans de Jansénius. Tout en faisant des désirs de Jésus-Christ les seules causes occasionnelles de la distribution de la grâce» il suppose en lui un désir général de la donner à ceux qui sont bien préparés à la recevoir, et ainsi il accorde que nous pouvons, au moins d'une manière indirecte, contribuer à attirer sur nous la grâce qui nous est nécessaire pour contre-balancer la concupiscence. «Les grâces de lumière et de sentiment qui, selon saint Augustin^ sont les moyens dont Dieu se sert pour former en nous nos bons mouvements et nous faire consentir au bien, nous laissent le pouvoir de suspendre notre consentement, de délibérer, de choisir, aûn que n'étant point déterminés d'une manière invincible, nous ayons quelque part aux bonnes œuvres qu'il nous faut faire et que nous cd méritions quelque ré-
(I) 2* Lettre co.dre la Défense d' Arnauld.