‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 5)Chapitre 15 sur 77 · II · texte numérisé non relu

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compense. . . Il dépend de nous de consentir ou de ne pa^ consentir aux mouvements de la grâce. Encore un coup. Dieu opère en nous jusqu'aux premiers désirs de notre conversion, et ipsum vellere credere. Mais comment Je^ opère-t-il? C'est que sans sa grâce nous ne pouvons les avoir... Ce n'est point que Tacte de notre consentement soit TefFet physique et immédiat de son secours , mais celui de notre volonté déterminée ou inclinée à le donner par un attrait auquel actuellement elle peut résister (i), d

Contre Arnauld, il soutient que la non-invincibilité est essentielle à la liberté. Il ira jusqu'à dire, ce qui est un scandale aux yeux de Fénelon (2), que. pour mériter, nous devons dépasser le mouvement qui nous est imprimé par la grâce, et avancer de nous-mêmes librement vers le bien. Dans sa polémique contre le P. Boursier, comme dans sa polémique contre Arnauld, la tendance de Malebranche est de relever la liberté aux dépens de la grâce efficace,

11 se sépare encore davantage du jansénisme, en plaçant à côté de cette grâce dont Jésus-Christ est la cause méritoire ou occasionnelle, une autre grâce qu'il appelle grâce du Créateur et lumière de la raison, en tant qu'elle a rapport au salut. Or, les mouvements de la volonté sont les causes occasionnelles de la distribution de cette grâce, qui fait partie de l'ordre de la nature, et qui est due à tous les hommes pour l'intelligence et la recherche du bien, quoique insuffisante pour le salut. Voilà ce qui a valu à Malebranche, de la part de Jurieu, d'Arnauld, et surtout de Fénelon, le reproche de pélagianisme ou de semi-pélagianisme dont nous avons déjà parlé. Quant à nous, nous lui reprocherions plutôt d'être inconséquent avec ses principe.métaphysiques qui suppriment absolument la liberté de l'homme, soit dans l'ordre de la nature, soit dans celui de la grâce. Nous ne voulons pas, d'ailleurs, discuter le svs-

(i) Lettre contre le 3* livre des Réflexions ihéoL et phiU (i) Réfutation du Système de MaUbranche,

tèrae de Malebranche sur la grâce, mais seulement montrer comment il prétend le rattacher à son système sur Tordre de la nature.

Cette Providence générale, dans Tordre de la grâce, comme dans Tordre de la nature, met encore Malebranche aux prises avec d'autres difficultés théologiques non moins graves. Comment concilier la généralité et la simplicité des voies avec les jugements ordinaires des personnes de piété sur les desseins de Dieu, avec les prières de TÉglise et avec les miracles? Malebranche ne dissimule pas qu'il a fort peu d'estime pour les jugements ordinaires sur les desseins de Dieu contraires à Tidée de la Providence générale, mais il n*ose entièrement les condamner. Il les tolère j pourvu toutefois que ces jugements ne soient pas trop affirmatifs, pourvu qu'ils soient exempts de passion et d'intérêt, et conformes aux attributs de l'être infiniment parfait. Il ne craint pas de blâmer Timpertinence de ces historiens passionnés qui, dans la mort d'un prince, voient un jugement de Dieu, d'après leurs passions et les intérêts de leur nation. Il faut bien, dit-il, que les écrivains espagnols ou les français aient tort, ou peut-être les uns et les autres, lorsqu'ils décrivent la mort de Philippe II. Ne faut-il donc pas que les rois meurent, comme les autres hommes (1) ? Il approuve cependant de croire que Dieu, dans ce qui arrive, a le dessein général de récompenser les bons et de punir les méchants, quoiqu'on ait tort de supposer qu'il le fasse par une volonté particulière. Mais, en établissant les lois naturelles, Dieu a dû tellement conàbinerle physique et le moral, qu'elles soient dignes aussi de sa bonté et de sa justice, et produisent de semblables effets.

En ce sens, il permet de dire, ce qu'il estime vrai au fond, que Dieu a voulu punir le scélérat qui périt d'une manière terrible. S'agit-il d'un homme de bien qui meurt avant l'âge, qui meurt, alors qu'il se dévouait pour secourir un

(1) 13® Entret. mélaph.,2.

malheureux, on pourra dire aussi , fût-il ^'^ppé par la foudre, que Dieu a voulu le récompenser, ou que la mort Ta enlevé, de peur que le siècle ne lui corrompit l'esprit et le cœur. De tels jugements sont, sans doute , susceptibles d'erreur; mais, quoique téméraires, ils n'ont point de mauvais effets , ils renferment une vérité générale, et ils sont propres à nous faire adorer la sagesse et la bouté de Dieu. Pourvu qu'au fond on ne se trompe pas sur les choses essentielles, qu'importe, dit-il, que les esprits se contredisent et s'embarrassent, selon leurs fausses idées ?

Malebranche recommande donc de recevoir avec charité, plutôt que de les embarrasser par d'inextricables contradictions, ce que la plupart des hommes ont coutume de dire des desseins de Dieu, afin de les affermir dans l'idée qu'ils ont de la providence, puisqu'ils ne sont point en état d'en avoir une meilleure. Mieux vaut, dit-il, attribuer à Diçu une Providence humaine que de croire que tout se fait au hasard ; mieux vaut encore que les hommes parlent de Dieu humainement que de n'en dire jamais rien, et de la laisser effacer de leur esprit par un silence pernicieux, a Voudriez-vous qu'il n'y eût que les philosophes qui parlent de la providence, et, entre les philosophes, ceux qui ont l'idée que vous en avez maintenant?... On ne peut guère plus mal parler de la providence que de n'en dire rien (1). « Telles sont les raisons par lesquelles Malebranche fait grâce aux jugements ordinaires sur les desseins de Dieu, pourvu qu'ils ne soient pas portés par la passion, et contradictoires avec ses attributs, tout en ne les regardant pas comme en complète harmonie avec l'idée vraie de la divine providence.

Il n'est pas moins clair que Malebranche ne fait qu'une médiocre estime des prières pour la pluie et le beau temps, ou pour obtenir des volontés particulières, quelles qu'elles soient, à notre profit. Il ne les croit bonnes que pour ce grand nombre de chrétiens qui ne méritent pas de plus grandes

(0 lo» Enire', met.

PROVIDENCE GÉNÉRALE. i49

grâces et qui ont, dit-ril, conservé l'espritjuif; il ne les tolère que quand elles ont pour objet Tintérêt de tout un peuple, et non d'un individu : « Que les Juifs regardent comme de vrais biens les fruits de la terre, c'est là leur bénédiction. Mais, pour toi, demande-moi les vrais biens et la grâce de les mériter... L'Église ordonne des prières publiques pour obtenir la pluie du ciel. Mais cela regarde tout un peuple, dont il y en a beaucoup qui ne peuvent supporter les maux extrêmes, et entre lesquels il y a bien des pécheurs qui ne méritent pas de plus grandes grâces. Cette conduite apprend aux hommes que Dieu seul est maître. Elle est proportionnée au plus grand nombre des chrétiens, qui sans doute ont l'esprit juif (1). » Demander les biens éternels et la grâce de les mériter, anéantir son âme à la vue de la grandeur et de la sainteté de Dieu, voilà la seule prière qu'il estime digne du chrétien.

Malebranche traite sévèrement ces personnes de piété qui, non contentes d'une providence générale, veulent une providence particulière à leur service, et s'imaginent que Dieu, en toute occasion, doit les protéger dune manière spéciale. « La piété de ceux qui prétendent être sous une protection de Dieu toute particulière et tout extraordinaire peut souvent être sincère, mais elle n'est ni sage ni éclairée. Elle est presque toujours remplie d'un amour-propre et d'un orgueil secrets, car l'orgueil et l'amour-propre rapportent à soi toutes choses. Dieu même et tous ses attributs, sa puissance, sa bonté, sa providence. Il semble même auxliommes que Dieu n'est bon qu'autant qu'il veut leur faire du bien, et qu'il ne doit point s'arrêter aux règles de sa sagesse lorsqu'il s'agit de les secourir. Mais souvienstoi que Dieu suit constamment les lois générales qu'il a très-sagement établies, et que si tu veux qu'il te protège, tu dois te soumettre à ces mômes lois (2). »

L'embarras de Malebranche est grand à l'endroit des mi-

(1) ge Méditation,

(2) Ibid,

i50 PHILOSOPHIE CARTÉSIENNE.

racles. Il ne peut les nier, comme Spinoza, et il ne peut les admettre sans porter préjudice à sa grançle règle de la généralité des voies. Cependant il est bien obligé de faire à cette règle un certain nombre d'exceptions, sous peine d'hérésie et d 'impie té . Mais il s'attache à diminuer le nombre et l'importance des miracles, et même i) prétend les ramener, ce qui est les détruire dans leur essence môme, à des lois générales inconnues. A ceux qui l'accusent de nier les miracles, il répond que lagénéralité des voies n'est que la marche ordinaire suivie par Dieu, que l'ordre lui-même peut exiger des infractions à l'ordre, c'est-à-dire des volontés particulières et des miracles. Mais ces miracles, commandés par une nécessité supérieure de Tordre, Malebranche, par une sorte de contradiction, ne les considère que comme des témoignages de la sagesse et de la puissance de Dieu, bien inférieurs à l'action d'une loi générale quelconque. Il blâme ceux qui veulent bien que Dieu soit auteur de certains effets extraordinaires, peu dignes de sa grandeur et de sa sagesse, tandis qu'ils rapportent à une nature imaginaire ces effets constants et réglés que les sages seuls savent admirer (1). Ainsi, dans les Méditations^ il s'écrie : « 0 mon unique maître, j'avais cru jusqu'à présent que les effets miraculeux étaient plus dignes de votre Père que les effets ordinaires et naturels , mais je comprends présentement que la sagesse et la puissance de Dieu paraissent davantage, à l'égard de ceux qui y pensent bien, dans les effets les plus communs, que dans ceux qui frappent et qui étonnent l'esprit, à cause de leur nouveauté. Vous êtes bien plus admirable lorsque vous couvrez la terre de fruits et de fleurs, par les lois générales de la nature, que lorsque, par des volontés particulières , vous faites tomber le feu du ciel pour réduire en cendres des pécheurs et des villes. Malheur aux impies qui ne veulent pas des miracles, à cause qu'ils les regardent comme des preuves de la puissance et de la sagesse de Dieu I Mais pour toi,

(1) 15« Éclaire, de la Recherche.

ne crains pas de les diminuer, puisqu'on cela tu ne penses qu'à justifier et à faire paraître la sagesse de sa conduite (i). » Ainsi Malebranche refuse aux impies, mais permet aux croyants de diminuer, tant qu'il leur plaira, le nombre des miracles.

Ajoutons que ces rares exceptions seraient encore plutôt apparentes que réelles, puisqu'il fait rentrer les miracles eux-mêmes dans l'action des lois générales, et ne les distingue des effets naturels que par Tignorance où nous sommes de ces lois qui les produisent. « Lorsque Dieu fait un miracle et qu'il n'agit point en conséquence de lois générales qui nous sont inconnues, je prétends, ou que Dieu agit en conséquence d'autres lois générales qui nous sont inconnues, ou que ce qu'il fait alors, il y est déterminé par certaines circonstances, qu'il a eues en vue de toute éternité, en formant cet acte simple, éternel, invariable, qui renferme, et les lois générales de sa providence ordinaire, et toutes les exceptions de ces mêmes lois (2). » Ailleurs il déclare qu'il appelle miracle : « nonseulement tout ce que Dieu fait par des volontés particulières, mais encore tout ce qui n'est point une suite nécessairedes loisnaturelles qui nous sont connues et dont les effets sont communs (3). » Aussi l'abbé Faydit l'accuserat-il d'avoir dérobé à Spinoza sa définition des miracles.

Malebranche lui-môme a fait plusieurs applications, singulièrement hardies, de cette doctrine à quelques-uns des faits miraculeux qui jouent le principal rôle dans les traditions et les dogmes du christianisme. Déjà nous l'avons vu chercher à expliquer le péché originel, d'une manière naturelle, par les esprits animaux et la transmission des traces du cerveau delà mèreà celui del'enfant; nousl'avons vu aussi convertir l'incarnation en une des lois éternelles et nécessaires de la création du monde. De même il tente de

(1) 7« Méditation.

(2) 16* Éclaircissement à la Recherche,

(3) 8« Entret, met., 3.

(4) 8« Méditation chrét,, 10.

ramener à des lois générales le déluge d'eau universel du commencement du monde, et aussi le déluge de feu de la fin des siècles. En effet il fait dire par la créature au Verbe : « Si vous aviez tellement combiné le physique avec le moral que le déluge universel et les autres événements considérables fussent des suites nécessaires des lois naturelles, qu'il y aurait, ce me semble, de sagesse dans votre conduite (1) ! » Enfin, il soumet également tous ces faits miraculeux à une règle générale, que Dieu se serait prescrite, d'exécuter les désirs des anges, dans l'Ancien Testament et, dans le Nouveau, ceux de Jésus-Christ, causes occasionnelles de l'exercice de sa volonté toute-puissante. C'est ainsi que Malebranche s'est fait accuser par Arnauld, Bossuet et Fénelon , de ruiner le surnaturel, de ruiner le fondement même de la religion chrétienne, et de chercher la science des choses divines, beaucoup plus dans ses méditations philosophiques, que dans l'étude des Écritures et des saints Pères.

Partout, dans Malebranche, nous avons retrouvé, poussée à l'excès, cette tendance à concilier la raison avec la foi, la philosophie avec la religion. Avec quelle hardiesse, quelle subtilité, et en même temps avec quelle candeur, il travaille à les unir (2) I Partout se montre en lui le théologien, en même temps que le philosophe, mais le théologien raisonnable, qui veut unir* essentiellement la foi et la raison. « Il ne faut pas dire, répond-il à Arnauld, que j'agis tantôt en théologien et tantôt en philosophe, car je parle toujours ou je prétends parler en théologien raisonnable (3). »

Le dessein de Descartes avait été de mettre la religion à à l'écart, le dessein de Malehfranche a été au contraire de les unir. « On doit, dit-il, faire servir la philosophie à la théologie. Croire qu'il n'est pas permis de concilier les

(1) 7* Méditation chrét, 22 et 23.

(2) n a une passion, dit Tabbé de Lignac, de lier les dogmes de la foi aux principes do la raison humaine.

(3) Réponse au !«» livre des Réflexions théol, etphîL

dogmes de la foi avec la raison, c'est condamner la conduite de tout ce qu'il y a de théologiens et de Pères... Il a toujours été permis de faire servir tous les principes de la raison, nouveaux ou non, certains ou douteux, à l'éclaircissement des dogmes de la foi, pourvu qu'on bâtisse toujours sur ces'dogmes et qu'on ne soit pas assez téméraire pour les révoquer en doute. Non-seulement il est permis, mais il y a obligation^ d'appuyer par la raison les dogmes que l'Église nous propose (i). » Il s'autorise de l'exemple de saint Thomas qui s'est servi d'Aristote, dans l'intérêt de la foi, comme lui, à bien meilleur titre, il prétend se servir de Descartes.

Malebranche est persuadé non pas seulement de l'accord, mais de l'unité fondamentale et essentielle des principes de la philosophie et de la foi. Il faut, dit-il, être bon philosophe pour entrer dans l'intelligence des vérités de la foi ; plus on est fort dans les vrais principes de la métaphysique, plus on est ferme dans les vérités de la religion. Pour établir cette grande unité, il n'hésite même pas à subordonner la foi à la raison ou à l'intelligence. On ne peut, suivant lui, renoncer à la raison universelle, sans renoncer à l'auteur môme de la foi qui est la raison rendue sensible. La certitude de la foi ne dépend-elle ' pas de la connaissance que la raison nous donne de l'existence de Dieu? a Ne voyez-vous pas que la certitude de la foi vient de l'autorité d'un Dieu qui parle et qui ne peut jamais tromper? Si donc vous n'êtes pas convaincu par la raison qu'il y a un Dieu, comment serez*vous convaincu qu'il a parlé? Pouvez-vous savoir qu'il a parlé sans savoir qu'il est (2)?» La foi ne peut donc se passer de la raison; elle n'est pas^ d'ailleurs, son but à elle-même, mais une préparation des âmes à la raison ou à l'intelligence, en laquelle tôt ou tard elle doit se convertir. La foi est, dit-il, un don de Dieu qui ne se mérite pas, mais l'intelligence ne se

{\} Réponse au 3* livre des Réflexions théoL et phil, (2) Conversât, cAreï., 1*'Eiitpetïea.

J34 PHILOSOPHIE CARTÉSIENÏ^E.

donne ordinairement qu'au mérite. Tandis que la foi est pure grâce, il faut mériter Tintelligence par le travail et par la coopération à la grâce.

Peut-on élever plus haut la raison au-dessus de la foi ? «L'évidence, l'intelligence est préférable à la foi; car la foi passera, mais l'intelligence subsistera éternellement. La foi est véritablement un grand bien, mais c'est qu'elle conduit à l'intelligence... La foi n'est point contraire à l'intelligence de la vérité, elle y conduit, elle unit l'esprit h la raison, et rétablit par elle pour jamais notre société avec Dieu. Il faut se conformer au Verbe fait chair, parce que le Verbe intelligible, le Verbe sans la chair est maintenant une forme trop abstraite, trop sublinae et trop pure pour former ou réformer des esprits grossiers et des cœurs corrompus... Mais l'intelligence succédera à la foi, et le Verbe, quoique uni pour toujours à notre chair, nous éclairera un jour d'une lumière purement intelligible (1). »

Pour ceux qui consultent la raison avec tout le respect et l'application nécessaires, la foi peut déjà, dès ce monde, se convertir en intelligence, et Malebranche fait dire au Verbe : « Je montre souvent à l'esprit d'une manière purement intelligible plusieurs vérités qui appartiennent à la foi. Car lorsque mes disciples rentrent en eux-mêmes et me consultent avec tout le respect et l'application nécessaires, je découvre à leur esprit avec évidence plusieurs vérités qu'ils savaient seulement avec certitude à cause de rinfaillibilité de ma parole (2). » Ainsi la philosophie se confond avec la religion, ou comme le dit encore Malebranche, la religion est la vraie philosophie. La distinction qu'il admet entre les vérités de la raison et celles de la foi, n'est que relative, et non absolue, elle n'existe qu'au regard des esprits vulgaires et seulement dans ce monde. C'est un état inférieur des âmes d'où, par l'attention à

(1) Traité de morale^ 2« partie, cliap. v.

(2) 3« Méditation.

consulter la raison, nous pouvons, dès à présent, sortir pour nous élever jusqu'à rintelligence qui seule ne passera pas, tandis que la foi passera.

On comprend donc rattachement de Malebranche à la métaphysique et à la libre discussion philosophique. Ci-» tons^ en témoignage de son amour de la liberté philosophique, ces belles paroles de sa Défense contre le P. Valois : « La liberté de philosopher ou de raisonner sur les notions communes ne doit point être ôtée aux hommes, c'est un droit qui leur est naturel comme celui de respirer (i). »

Nous terminerons ici l'exposition de la philosophie de Malebranche. Cette philosophie tout entière est un commentaire, comme Ta dit Malebranche lui-même, des fameuses paroles de saint Paul : In ipso enim vivimus, movemur, et sumus. Nous avons vu que le commentaire renchérit sur le texte, au point de ne laisser rien à la créature, pour tout donner au Créateur. A cette tendance générale, se rattachent les causes occasionnelles et môme la Tision du particulier et du contingent au sein de l'étendue intelligible, c'est-à-dire de Dieu. Mais il y a de grandes vérités dans d'autres parties de la vision en Dieu, dans !a doctrine de la raison impersonnelle, par où il a surpassé Descartes, et dans la théologie naturelle, par où il a devancé Leibniz. Soyons d'ailleurs indulgents pour les erreurs de Malebranche, puisqu'il y a été poussé par le désir de placer Thomme dans la dépendance absolue de Dieu, par un excès de piété, et appliquons-lui, avec Arnauld, ce que dit saint Ambroise delà mère des Zébédées : Et si error est, pietatis tamen error est (2). Mais nous n'en avons pas fini encore avec Malebranche; nous allons passer en revue ses principaux adversaires et ses principaux disciples. Nous allons voir la vision en Dieu et la pro- Tidence générale aux prises avec Arnauld, avec Fénelon et avec Bossuet.

(1) Défense de l'auteur de la Recherche de la vérité contre le P. Valois,

(2) Livre des Idées, chap. xviii.

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