‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 5)Chapitre 28 sur 77 · SUITE DE U PHILOSOPHIE DE FÉNELON, 2S · texte numérisé non relu

SUITE DE U PHILOSOPHIE DE FÉNELON, 2S

de drame métaphysique. Comme Descartes, il débute par le doute méthodique, et, pour trouver la certitude, il pousse d'abord Tincertitude jusqu'oîi elle peut aller. Provisoirement donc il donne grain de cause à toutes les raisons imaginées par les sceptiques. Jusqu'à ce qu'il trouve quelque chose d'invincible par pure rais^on, il tiendra l'univers entier pour suspect. Tout autour de lui il fait le vide et les ténèbres. Mais, au sein de ces ténèbres, son âme se trouble et s'épouvante : « 0 raison, où me jetez-vous? où suis-je? que suis-je? Ne croirai-je jamais rien? croirai-je sans être assuré? Qui me tirera de ce trouble? » Il s'en tire, comme Descartes. Dans cet effort pour douter de toutes choses, il en rencontre une qui l'arrête tout court. Il a beau vouloir douter, il ne peut, en effet, douter de sa propre existence. Ce moi qui pense, qui doute, ne saurait faire tout cela, s'il n'était pas. Vainement supposerait-on un être puissant et malin qui prendrait plaisir à nous tromper, car cet être, quelle que soit sa puissance, ne pourra faire dire au néant, je pense, donc je suis, il ne pourra faire que je ne sois pas, s'il me trompe.

Me voilà donc enfin résolu à croire que je pense, puisque je doute, et que je suis, puisque je pense. Pourquoi cela? pourquoi suis-je assuré que lenéantne saurait penser? Pour nulle autre raison que parce que j'en ai Tidée claire. Fénelon se sert en général du terme d'idée claire au lieu de celui d'évidence, ce qui ne change rien au critérium de Descartes. On ne peut défendre avec plus de force l'irrésistible autorité de l'idée claire contre les objections des sceptiques. Douter d'une idée claire, c'est ne pas s'entendre soi-même, c'est tenir la raison tout entière pour suspecte. D'où vient que nous croyons fermement qu'un cercle n'est pas un triangle, sinon parce que nous voyons clairement que l'idée de l'un n'est pas l'idée de l'autre? Raisonnez tant qu'il' vous plaira, je vous mets au défi, dit Fénelon, de former aucun doute contre une idée claire. Toule la raison ne consiste que dans les idées claires ; il faudrait, pour les combattre, qu'elle sortît d'elle-

même, qu'elle se tournât contre elle-même, et que nous eussions une seconde raison pour corriger la première. Si ridée claire nous trompe, c'est Dieu qui nous trompe. Si elle ne trouve pas en elle de quoi démontrer sa certitude, elle n'y trouvera pas davantage un instrument pour l'ébranler, et si elle ne peut elle-même se démontrer ellemême, encore moins peut-elle s'infirmer elle-même. Nous ne jugeons pas des idées claires, mais par elles nous jugeons de toutes choses, et c'est pour ne pas les suiTre et ne pas les consulter avec assez d'exactitude que nous tombons dans l'erreur. Tels sont les solides arguments par lesquels Fénelon défend dans le Traité de Vexistence de Dieu, et dans les Lettres sur la religion et la métaphysique ^ la légitimité de l'a raison.

Cependant, de toute la nature, il ne connaît encore que lui seul, et cette solitude le remplit d'horreur. Mais ens'appuyant sur le fondement de sa propre existence et de l'idée claire, il va s'élancer jusqu'à Dieu. Ce moi où il se renferme l'élonne, le surpasse, le confond. Ni je ne me suis fait moi-même, ni je ne suis par moi-même, car être par soi enferme la perfection souveraine, et je me sens imparfait. Il faut donc que je sois par autrui, que cet autrui qui fait passer du néant à l'être, existe par lui-môme et soit souverainementparfait. Voilà une première preuve intellectuelle de l'existence de Dieu qui est tirée de notre imperfection.

Mais il retrouve plus directement encore l'être parfait dans les idées que nous avons de l'inflni et de l'être nécessaire. Si Fénelon n'ajoute rien à Descartes et à Malebranche pour le fond même de la preuve de l'existence de Dieu, tirée de l'idée de l'infini, il lui donne d'admirables développements. D'ailleurs, il touche en même temps qu'il démontre; il fait pénétrer l'amour de Dieu dans le cœur, en même temps que la conviction de son existence dans l'esprit. Le sentiment et la poésie s'allient tout naturellement avec cette haute métaphysique dans la belle âme de Fénelon. Comment ne serions-nous pas émus et transportés, quand la méditation nous révèle la

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