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38 PHILOSOPHIE «ARTÉSIENNE.
culièrement. M. le prince est un esprit vif, pénétrant, net et que je crois ferme dans la vérité, lorsqu'il la connaît; mais il veut voir clair. II m'a fait mille honnêtetés ; il aime la vérité et je crois qu'il en est touché (1). » Au nombre de ces honnêtetés, il faut mettre, d'après le P. Adry, un bénéfice que le prince donna à Malebranche, et que celui-ci, avec la permission du prince, abandonne immédiatement à sa congrégation.
Telle était d'ailleurs la réputation de Malebranche qu'aucun étranger, pourvu qu'il ne fût pas tout à fait ignorant en philosophie, ne venait à Paris sans le visiter. Il reçut dans sa cellule de la maison de la rue Saint-Honoré les visites des plus grands personnages, entre autres, celle de Jacques IL C'est seulement dans les premières années du dix-huitième siècle, lorsque la querelle avec Arnauld fut terminée, lorsqu'il eut regagné par sa modestie et par sa douceur le cœur, sinon l'esprit, de la plupart de ses conirères, que Malebranche goûta enfin le calme et le repos, en même temps que sa renommée parvenait à son comble, en France et en Europe; alors seulement, suivant l'expression duP. André, Malebranche posséda la terre.
Mais déjà vieux, et toujours souffrant, il ne devait pas jouir longtemps de ce saint et glorieux repos, de cette méditation paisible de la vérité. Il était à la campagne, à Villeneuve-Saint-Georges, chez un ami de sa famille, le président de Metz, quand il ressentit les atteintes de sa dernière maladie. On se hâta'de le transporter à l'Oratoire de la rue Saint-Honoré. Il voulut être mis à l'infirmerie commune à cause de l'autel qu'il voyait de son lit (2). Après une maladie de quatre mois et des souffrances aiguës, auxquelles avait succédé un grand affaissement , il mourut, le 13 octobre 1715. Pendant cette longue maladie, il s'était affaibli de jour en jour, et son corps s'était
(1) L'abbé Blampignon, Correspondance inédite,
(2) Ces détails sont empruntés à la Notice du P. Adry, La partie du manuicrit da P. André, découverte par Tabbé Blampignon^ ne va que Jusqu'en ITIS, à l'affaire du P. de Toumemine.
VIE DE MâLEBRANGHE. 39
desséché jusqu'à n'être plus qu'un vraS squelette : « Son mal, dit ingénieusement Fontenelle, s'accommoda à sa philosophie, le corps qu'il avait tant méprisé se réduisit presque à rien, et l'esprit, accoutumé à la supériorité, demeura sain et entier. Il n'en faisait usage que pour s'exciter à des sentiments de religion, quelquefois par délassement pour philosopher sur le dépérissement de la machine. Il fut toujours spectateur tranquille de sa longue mort dont le dernier moment, qui arriva le 13 octobre, fut tel qu'on crut qu'il reposait (1). »
(f ) Tel aussi nous le montre le P. André, dnns le récit de sa grande maladie de 169C, contractée à la suite des soin's donnés à l'édition de VAnO' lyse des infiniment petits éa marquis de L'Hôpital : « Dans les égarements de son esprit aliéné, il revenait sans cesse à ses pieuses méditations, toujours nn peu philosophiques, mais, à leur ordinaire, toujours édifiantes. Le sentinjent de ses vives douleurs, au lieu d*e\citer ses plaintes^ ne faisait, le plus souvent, que lui rappeler des idées qui lui étaient si familières, de la structure du corps humain. » — Voici son article dans leiV^crologe de VOrotoire, p. 80 : « Il a été des plus célèbres philosophes de son siècle; mais sa grande réputation ne lui a rien fait perdre de sa douceur dans la conversation. Il a su allier une grande piété avec les études les plus abstraites et les plus profondes recherches de la philosophie. •