‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 5)Chapitre 31 sur 77 · II · texte numérisé non relu

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parce qu'il G^tprime la continuité et non la permanence. Demander quand Dieu a créé le monde, et ce qu'il était avant la création du monde, n'est pas moins inconvenant que de demander en quel lieu il réside. Cependant, comment préserver son éternité de la succession marquée par la succession des créatures? Ce que Dieu n'a pas fait encore ne viendra-t-il donc pas après ce qu'il a déjà fait? Selon Fénelon, cette succession et cet ordre existent dans les créatures, mais non dans le Créateur. Il est vrai qu'une créature précède l'autre ; mais il est faux de penser que Dieu soit créant Tune plus tôt que l'autre. Dieu est éternellement créant ce qu'il lui plaît de créer; mais ce que Dieu crée éternellement n'est que dans un temps, et l'existence infinie ne communique qu'une existence finie. La borne n'est que dans la créature, et non dans l'action de Dieu.

Cette haute métaphysique semble sortir naturellement du fond de l'âme de Fénelon et se mêle aux aspirations les plus vives et aux élévations les plus tendres vers l'être infini ; « Il n'y a donc en vous, 6 vérité infinie, qu'une existence indivisible et permanente. Ce qu'on appelle éternité a 'parte post et éternité a parte ante, n'est qu'une illusion grossière ; il n'y a en vous non plus de milieu que de commencement et de fin. Ce n'est donc point au milieu de votre éternité que vous avez produit quelque chose hors de vous. Je le dirai trois fois ; mais ces trois fois n'en font qu'une, les voici : 0 permanente et infinie vérité I vous êtes, et rien n'est hors de vous; vous êtes, et ce qui était hors de vous cesse d'être. Mais ces trois répétitions de ces termes vous êtes, ne font qu'un seul infini qui est indivisible. C'est cette éternité même qui reste encore tout entière ; il n'en est point écoulé une moitié, car elle n'a aucune partie, ce qui est essentiellement toujours tout présent ne peut jamais être passé. O éternité, je ne puis vous comprendre, car vous êtes infinie; mais je conçois tout ce que je dois exclure de vous, pour ne vous méconnaître jamais ! »

SUITE DE LA PHILOSOPHIE DE FÉNELON. 2dl

Fénelon ne s'applique pas moins à épurer Tidée de rimmensité de tout élément emprunté à l'expérience et à l'imagination. L'être infini n'a aucun rapport avec le lieu, de même qu'aucun rapport avec le temps. Dedans et dehors, en deçà et au delà, sont des termes tout aussi indignes de lui qu'avant et après, passé et futur. î^artout ne lui convient pas plus que toujours, car il semble signifier que la substance de Dieu est étendue localement. Dieu n'est ni en dedans ni en dehors du monde. Qu'on ne croie pas parler convenablement de lui, quand on a dit qu'il remplit tous les espaces, et même qu'il déborde infiniment au delà. Ce sont des expressions défectueuses, malgré leur apparente magnificence, enfantées par l'imagination qui se représente un assemblage d'espaces et de substances, une immensité divisible et composée, au lieu de l'immensité absolument simple. Dieu agit sur tous les lieux, et il n'est en aucun lieu. Demander où il est, c'est faire une question vaine et contradictoire, à laquelle il ne faut pas plus chercher à répondre que si l'on demandait quel est le bois dont est faite une statue de marbre. Qu'il s'agisse de l'immensité ou de l'éternité de Dieu, le mieux est de se borner à dire, il est; tout ce qu'on peut ajouter à cette simple parole ne fait qu'en fausser ou en obscurcir l'idée. « Il est, et toutes choses sont par lui, on peut môme dire qu'elles sont en lui, non pour signifier qu'il est leur lieu et leur superficie, mais pour représenter plus sensiblement qu'il agit sur tout ce

qui est Il est, et quand j'ajoute : il sera au siècle des

siècles, c'est pour parler selon ma faiblesse, et non pour mieux exprimer sa perfection. »

Quelques réflexions sur la science de Dieu, qui d'abord n'avaient pas été publiées par les premiers éditeurs, terminent le Traité de l'existence de Dieu. Dieu, doué de la plénitude de l'être et de toutes les manières d'être à l'infini, doit posséder l'intelligence infinie. Gomment aurait-il pu me donner la pensée, s'il ne l'avait pas ? Il pense donc, et il pense infiniment. Mais quel est l'objet de sa pensée? Nul

antre qae lui-même n'est digne de lui. Il ne trouTe qu'en lui l'infinie intelligibilité qui seule peut correspondre à son intelligence infinie; il l'égale, il la comprend, il la connaît par un seul regard. D'une seule et simple vue, sans succession, sans procédé discursif, il voit en luimême toutes les vérités et leur liaison, il y voit aussi les êtres réels ou possibles. L'intelligence infinie, à la différence de la nôtre, ne reçoit pas de lumière ou de connaissance de son objet. Dieu n'est point éclairé par les objets extérieurs, il ne peut voir que ce qu'il fait et ce qui est en lui. L'objet n'est vrai ou intelligible que par sa puissance ou sa volonté. C'est dans sa seule puissance qu'il trouve leur possibilité, et, dans sa seule volonté, leur existence. Pour voir toutes les choses comme elles sont, il faut qu'il les connaisse en lui-même par sa seule vc^onté, qui est leur unique raison, et en dehors de laquelle, elles n'ont rien de réel ni d'intelligible.

S'il ne voit que dans sa propre volonté les êtres réels, les êtres qui sont et qui seront, à plus forte raison les futurs conditionnels. A l'égard des futurs conditionnels. Dieu n'a voulu ni la condition ni l'effet, mais seulement leur liaison. C'est dans sa propre volonté, qui seule lie deux événements possibles, qu'il aperçoit la uturition du second. Donc la science de Dieu n'est nullement subordonnée aux futurs conditionnels, et il ne se détermine pas à certaines choses, plutôt qu'à d'autres, parce qu'il voit ce qui doit résulter de leur combinaison, ce qui le mettrait dans la dépendance de son ouvrage. Loin de chercher bassement, dit Fénelon, la cause de ses volontés dans la prévision des futurs conditionnels , tout au contraire, il n'est permis de chercher la cause de toutes ces futuritious conditionnelles que dans sa seule volonté.

U résume ces hautes spéculations sur la nature de Dieu et de l'intelligence infinie par une de ces belles élévations qui se rencontrent si fréquemment dans le Traité de lexistence de Dieu : a Quand je supposerais que

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