‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 5)Chapitre 32 sur 77 · SUITE DE LA PHILOSOPHIE DE FÉNELON · texte numérisé non relu

SUITE DE LA PHILOSOPHIE DE FÉNELON

VOUS auriez créé cent mille mondes durables pour une suite innombrables de siècles, il faudrait conclure que vous verriez le tout d'une seule vue dans votre volonté, comme vous voyez de la même voie toutes les créatures possibles dans votre puissance, qui est vous-même. C'est un étonnement de mon esprit que Thabitude de vous contempler ne diminue pas. Je ne puis m'accoutumer à vous voir, ô infini simple, au-dessus de toutes les mesures par lesquelles mon faible esprit est toujours tenté de vous mesurer. J'oublie toujours le point essentiel de votre grandeur, et par Jà je retombe à contre-temps dans l'étroite enceinte des choses finies. Pardonnez ces erreurs, ô bonté qui n'êtes pas moins infinie que toutes les autres perfections de mon Dieu, pardonnez les bégaycments d'une langue qui ne peut s'abstenir de vous louer, et les défaillances d'un esprit que vous n'avez fait que pour admirer votre perfection. »

Ici s'arrête le Traité de l'existence de Dieu, qui probablement n'est pas achevé, puisqu'il n'y est pas question de la providence. Mais la Réfutation du Système de la nature et de la grâce, et surtout certaines parties des Lettres sur la métaphysique et la religion, qui traitent de l'amour de Dieu, de la nécessité du culte, des caractères du vrai culte, peuvent servir jusqu'à un certain point à combler cette lacune. On sait que quelques-unes de ces lettres, oîi Fénelon se propose d'établir les dogmes fondamentaux de la religion naturelle et la vérité du christianisme par la seule raison, ont été écrites à la demande du duc d'Orléans qui, dans sa haute estime pour l'archevêque de Cambrai, l'avait jugé plus capable que tout autre théologien ou philosophe de dissiper ses doutes et d'éclaircir ces grands problèmes (4). Ces lettres de Fénelon sont admirables

(1) Ces lettres sont au nombre de sept EUes ont été pubHées «n 1718 par le marquis de Fénelon. La préface et la dédicace nous apprennent que quelques-unes furent adressées au duc d'Orléans, mais sans les distinguer des autres. M. Tabbé Gosselin croit que ce sont les trois premières de son édition : \^ Sur l'existence de Dieu et sur la religion ; 2» sur le culte de

par la clarté avec laquelle sont traitées les plus hautes questions métaphysiques , par ronction , par l'amour de Dieu dont elles sont , pour ainsi dire , pénétrées. La considération de Dieu comme auteur de notre être, et le sentiment de notre dépendance, inspirent à Féne- Ion les plus vives effusions de reconnaissance el d'amour. Pensée, volonté, amour, étendue, tout en nous est don de Dieu, tout, dit-il, jusqu'à nous-mêmes qui les recevons.

Je lui dois non-seulement tout ce que j'ai, mais tout ce que je suis, il m'a donné moi-même à moi-même ; il m'a tiré de l'abîme du néant, et il me soutient au-dessus par un bienfait qui a besoin d'être renouvelé à chaque instant de la durée. Que lui donner en retour? Lui offrirai-je des biens qui viennent de lui, des biens qu'il possède en propre, tandis que je ne les ai que d'emprunt? Le vouloir libre du cœur, voilà la seule chose que je puisse lui offrir. C'est pour nous faire agréer par notre choix la subordination avec laquelle nous devons tenir notre cœur dans ses mains qu'il nous a donné laliberté. Il veut que nous voulions cet ordre qui fait le bonheur de la créature, et pour nous le faire aimer, il meut notre cœur vers lui. D'ailleurs, Dieu souverainement parfait, est nécessairement sa propre fin à lui-même ; il se doit tout, il se rend tout, il est, comme dit l'Écriture, le Dieu jaloux. Il n'a donc créé les êtres intelligents que pour lui, l'intelligence pour le connaître et l'admirer, la volonté pour lui obéir et l'aimer. Dieu, ordre suprême, veut l'ordre ; or l'ordre, c'est que nous l'ainiions par-dessus toutes choses, tandis que notre amour pour nous-mêmes, dérivé de cet amour primitif, petit ruisseau de cette source infinie, doit être proportionné à la petite parcelle de bien qui nous est échue en partage. Dieu est le tout, et ce moi, qui nous est si cher, n'est qu'un petit morceau qui veut être le tout. Rapportant tout à soi, il s'é-

Dieu, rimmorfalité de l'àme et le libre arbitre; 3" sur le culte intérieur et extérieur et sur la religion juive.

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