‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 5)Chapitre 37 sur 77 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Un cartésien devenu mystique. — Poiret. — Sa vie. — Cartésianisme dela première édition des Cogitationes rationales, — Antoinette Bourignon. — Charme qu'elle exerce sur Poiret. — Mysticisme de la deuxième édition des Cogitationes, — Réfutation de Spinoza. — Le P. Boursier. — Du livre De faction de Dieu sur les créatures, — But du P. Boursier. — Lien de la métaphysique cartésienne et delà prémotion physique. — Prémotion physique pour les actions corporelles, d'après les principes de Descartes et de Malebrauche. — Prémotion physique pour les actions de l'esprit. — Confusion de l'être et des manières d'être. — Preuve, d'après les principes de Malebranche, de la nécessité d'une prémotion physique pour les idées et les actes de la volonté. — Preuves tirées des- attributs de la nature divine. — Critique de l'optimisme de Malebranche. — Dieu, auteur de tout l'être des actions mauvaises. — Union de la prédestination gratuite et de la prémotion physique. — Inconséquence du P. Boursier, — Réflexions sur la prémotion physique, par Malebranche. — Le philosophe extravagant dans Vaction de Dieu sur les créatures, par le P. Dutertre.

Voici un autre cartésien qui, moins sage que Fénelon, se précipite dans le mysticisme et abandonne entièrement Descartes pour une autre madame Guyon. Poiret naquit à Metz, en 1646, de parents protestants qui, frappés de son intelligence précoce, le firent élever, malgré leur pauvreté, dans une école de la ville (1). On le mit ensuite chez un sculpteur oîi il fit de grands progrès. Mais bientôt, entraîné par son goût pour les sciences, il abandonna là sculpture, etcommença seul, àtreizeans,desétudes qu'il alla

{\) De vita et scriptis Pétri Poireti comment ariolum^ placé en tête de ses Œuvres posthumes, publiées en un volume in-4<'. Amsterdam, 1721. — Voir aussi Nkeron, t. IV.

achever dans le collège augostioien de Bàle. Empêché par sa mauvaise santé de suivre les leçons des professeurs, il dutencore se diriger lui-même, ce qui lui donna l'hahitude de rindépendance en théologie, comme en tout le reste. H se livra d'abord tout entier à la philosophie de Descartes, et devint bientôt un de ses plus grands admirateurs et de ses plus zélés disciples. Maisil devait déplorer plus tard ce temps donné à une vaine science et aux chimères de la métaphysique, avant que les mystiques eussent fait briller la vraie lumière à ses yeux. De Bâle il alla à Heidelberg, puis il exerça quelque temps les fonctions de ministre dans un village des Deux-Ponts. Mais chassé par la guerre de son presbytère, il abandonna sans regret des fonctions auxquelles le rendaient peu propre la faiblesse de sa santé et la nature contemplative de son esprit. Sa tendance naturelle au mysticisme s'était encore accrue pendant une maladie oii, étant en danger de mort, il avait fait vœu d'employer toutes les forces de son esprit à combattre les athées et les ennemis de la religion.

C'est dans ce but qu'il publia les Cogitationes rationales de Deo, anima et malo (1), un des ouvrages métaphysiques, les plus considérables et les plus complets, inspirés parla philosophie de Descartes. Poiret, qui n'est pas encore égaré par le mysticisme, et qui n'a pas encore condamné la raison, établit solidement louslcs grands principes de la métaphysique cartésienne, quoiqu'il ait le tort démultiplier les distinctions subtiles et scholastiques, et de mêler à la philosophie des questions purement théologiques. Pour lui Descaites est le plus grand homme du siècle, et il le loue d'avoir démontré l'existence de Dieu mieux que personne ne l'avait fait avant lui.

Dans le premier livre, il passe en revue les diverses opinions sur la connaissance des choses spirituelles. Il s'atta-

(I) Cogitationes rationales de Deo, anima et wm/o, iiùri quatuor in quitus quid de hisce Cartesius ejusque sequaces boni aut secus senserint, omnisque philosophiœ certiora /wtdamenta, atque impHmis tota tnetaphysica verior continetur, 1 vol. 10-4°, 16W.

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