POIRET
édition des Cogitationes rationales^ afin, comme il le dit, d'arrêter le ravage que de toutes parts faisaient ses doctrines . Spinoza est, suivant lui, le plus stupide des athées, parce qu'il édifie l'athéisme précisément avec ce qui le détruit, c'est-à-dire, avec Dieu.
Après la mort d'Antoinette Bourignon, il se retira en Hollande à Amsterdam, puis à Rheinsburg, près de Leyde. Là il vécut trente ans, tout entier occupé à écrire et à recevoir l'illumination divine. Il y était entouré de quel-' ques âmes mystiques, et dégoûtées, comme lui, des choses terrestres. Il ne fit pas de secte, il n'assistait à aucune cérémonie ou réunion religieuse, n'engageant aucun de ceux qui l'entouraient à suivre telle religion plutôt que telle autre, et les laissant en toute liberté de suivre leur penchant. De môme qu'Antoinette Bourignon, ij considérait la cité chrétienne comme tellement corrompue, qu'il était impossible à un chrétien de s'y mêler en conservant la pureté de sa conscience. Il mourut en 1719. Chose étrange, jamais un si zélé mystique n'a supporté qu'on le rangeât parmi les mystiques (1)!
Tels furent les égarements, et telles furent les destinées de ce philosophe singulier qui, après avoir suivi Descartes, après avoir goûté la sagesse du Discours de la Méthode et des Méditations^ a donné dans toutes les folies du mysticisme, à la suite, et sous les inspirations d'une femme ignorante, fanatique et visionnaire. Toutefois il a dû à sa première éducation cartésienne de garder, jusqu'au sein de ce mysticisme exalté, une sorte de bon sens et d'esprit * critique, auxquels ses adversaires eux-mêmes ont rendu
(1) U répond avec indignation à Jaeger et Christian Tbomasius qui l'avaient compté parmi les mystiques : « Se theologiam mysticam cum innumeris viris masimis ita magni facere, ut nihii supra, nec se illius théologie vere divinœ pudere, pati se tamen non posse, quod, malo fine, inter mysticos referatur, quia nunquam de ea theologia ex professo scripserit, neque de ea scribendi se capacem crediderit, multo minus se inter illuminatos immédiate et adeptos adnumerari. » (Oper. postbuma, p. 25?.)