‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 5)Chapitre 42 sur 77 · II · texte numérisé non relu

II

tel bien particulier. La grâce prévient la volonté et la meut, mais elle n'opère pas le consentement. Le consentement n'étant que Tacquiescement, c'est-à-dire le repos de la volonté dans un bien qui lui paraît le meilleur, toute nouvelle prémotion physique pour la déterminer au consentement est inutile. Une prémotion est nécessaire pour le mouvement, mais non pour le repos. En d'autres termes, selon Malebranche, la grâce est efficace par rapport au mouvement général de la volonté, et non par rapport à ses déterminations particulières. Mais il réfute mal, et avec un certain embarras, l'argument de la création continuée, que Boursier fait habilement intervenir en faveur de ce qu'il y a de plus excessif dans son système. Tout en maintenant que Dieu seul est la cause efficace de tous les changements réels qui arrivent dans le monde, et que les causes secondes ne sont que des causes occasionnelles, il veut cependant que l'âme îiOit l'unique cause de ses actes, quoique dépendamment de l'action de Dieu en elle. Dieu est sans doute l'auteur de toutes les modalités, comme de tous les êtres ; mais, selon MalebranchCj la modalité d'une substance est ce qui ne peut changer, sans qu'il y ait quelque changement réel ou physique dans la substance dont elle est la modalité. Or il prétend que les actes de l'âme ne sont pas des modalités parce qu'ils ne produisent aucun changement physique dans l'âme ni dans le corps. C'est à leur occasion, et non par leur fait, que de tels changements s'y produisent. Cette définition arbitraire de la modalité laisse subsister dans toute leur force les conséquences tirées par le P. Boursier de la création continuée.

Mais, comme nous l'avons déjà dit, le rôle de défenseur du libre arbitre ne convient guère à Malebranche, dont les principes aboutissent aussi à la négation de toute espèce d'activité. Si l'homme, dans la doctrine du P. Boursier, n'est qu'un automate mû par Dieu lui-même, est-il donc autre chose dans la doctrine deMalebranche?Boursier avait préparé une réponse à Malebranche, dont le plan et un fragment ont été publiés dans l'histoire du livre de VAc-

tion deDieu^ et où nous n'avons rien remarqué, sinon beaucoup de politesse et de vénération pour Malebranche. '^Boursier eut encore à se défendre contre le P. Dutertre, que nous rencontrerons bientôt parmi les adversaires de Malebranche. Le Philosophe extravagunt dans l'action de Dieu sur les créatures (1), tel est le titre de Touvrage de ce père contre Boursier. Le ton en est ironique et plus ou moins spirituellement railleur, comme on peut en juger par cette citation : a II sait prendre quand il veut le ton dévot et pathétique pour représenter la grandeur de Dieu, le néant de la créature, pour invectiver contre ceux qui, par un orgueil insupportable, se persuadent que la grâce ne les sanctifiera pas, s'ils ne consentent à suivre ses attraits, ou que Dieu ne les damnera pas pour avoir manqué d'observer des commandements qu'il ne leur était pas possible d'observer.» Le P.Dutertre tourne aussi en ridicule cette transformation de toute perception, connaissance, ou détermination de notre âme, en une substance nouvelle ajoutée à sa substance. Enfin, il lui reproche de faire de l'âme un être inanimé et purement passif, et de Dieu l'unique auteur de ses actes, sans qu'elle y ait plus de part que le morceau de boisa la figure qu'il reçoit de la main du menuisier (2).

Nous avons suffisamment montré le secours que le jansénisme pouvait emprunter, en faveur de la prémotion physique, à la métaphysique de Descartes et de Malebranche.

(1) Paris, in-12, 1716.

(2) Ou trouve aussi clans V Histoire du livre de V action de Dieu un fragment de réponse de Boursier au P. Dutertre.

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