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350 t^HILOSOPHIE CARTÉSIENNE.
sortit en 1681 (1). Demeuré dans le monde, il paraît s'être consacré tout entier à la propagation et à la défense de la philosophie de Malebranche. Il était à Paris, jeune encore, quand éclata la guerre entre Régis et Malebranche. Maie* branche allait répondre à Régis, dit le père André, « mais un autre avait déjà pris sa défense. En effet, un jeune homme fort vif, et qui ne manque pas d'esprit, avait entrepris de le défendre en réfutant les opinions particulières de Régis, particulièrement sur la physique et la morale ; il poussa à outrance le faux cartésien; Tattaquant toujours à outrance, il Tassomme sans quartier. Il s'en prend aussi à Huet et à Duhamel (2). »
La vraie et la fausse métaphysiquCy tel est le titre de l'ouvrage de Lelevel contre Régis (3). Il y attaque avec une singulière vivacité les tendances empiriques de Régis en métaphysique et en morale (4) et il ne traite guère mieux Huet, fort mal réfuté, suivant lui, par Régis, ainsi qu'un autre adversaire du cartésianisme, le péripatéticien Duhamel.
Voici comment, en opposition à Régis, il définit le vrai cartésien, c'est-à-dire, un disciple de Malebranche : « Ceux qui disent que Dieu fait tout, que les créatures n'ont que l'impuissance en partage, qu'on ne voit pas les objets en eux-mêmes, que la nature corporelle n'est qu'une continuelle mécanique, que la raison n'est point un être parti- Ci) Voici Textrait da registre de l'Oratoire : « Henry Lelevcl, d'Alcnçon, diocèse de Séez, fils de Kicoias Leievel, &gé de 22 ans (en 1677), a fait sa philosophie à Âlençon... Congédié en 1681. » Je dois cette note à M. l'abbé Blampignon.
(2) Vie de Malebranche, mss de Troyes.
(3) La vraie et la fausse métaphysique^ où Von réfute les sentiments de if. Régis sur cette matière^ gros in- 12. Rotterdam, 1694.
(4) On en peut juger par les titres seuls de quelques chapitres : chapitre xv^ « On fait voir que M. Régis n'a nulle notion du bien et du mal. » — Chapitre xvi, « On fait voir que par les principes de H. Régis, il n'y a point de corruption dans la nature et que l'âme meurt avec le corps, m — Chapitre xxi, « Que la doctrine de M. Régis tend à la raine du geore humain. »
culier, que c'est une lumière commune à laquelle tous les esprits participent, que nous avons Tidée de Tinfini, que nos sentiments sont fort diiférents de nos connaissances, que Dieu a établi des lois qu'il suit constamment dans Tordre de ïa nature et dans celui de la grâce, que c'est im renversement que Tesprit soit dépendant du corps, etc., ceux, dis-je, qui raisonnent sur ces principes marchent toujours d'un pas égal et ne sortent jamais de la véritable route. »
Les attaques les plus vives de Lelevel contre Régis ont pour objet les idées et la morale. Il lui reproche d'abaisser l'idée d'infini jusqu'à n'être qu'uhe simple modification de notre âme causée par l'être infini, comme si Têtre infini pouvait être autrement représenté que par son actuelle présence. Comment reconnaître un cartésien dans Régis, quand il attribue aux sens l'origine de toutes nos connaissances, quand il avance que le corps se connaît plus clairement que l'âme? En confondant l'étendue avec son idée, il a fait le monde éternel ; il a renversé toutes les vérités de la religion et de la morale, en les faisant dépendre de la volonté arbitraire de Dieu. Il l'accuse enfin, non sans raison, de bouleverser les fondements de la morale, en la bâtissant sur T'amour-propre éclairé. Or il montre comment ce système découle de l'erreur de Régis au sujet des idées : a Ayant rompu le lien qui unit et qui règle tous les esprits, il n'a point connu de morale commune à tous les états oii l'homme peut se trouver, au lieu d'une, il en a fait trois, l'une pour les hommes, dans leur état purement naturel, l'autre pour les politiques, la troisième pour les chrétiens, et toutes trois renversent également les lois de la nature et les maximes de la religion. » Ainsi les disciples de Malebranche, de même que leur maître, cherchent à combler une lacune de la philosophie de Descartes en établissant les vrais fondements de la morale, et en combattant les erreurs de quelques cartésiens. Lelevel, pour populariser la philosophie de Malebranche, en a fait une sorte de manuel complet, par demandes et par"
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réponses, un abrégé à l'usage du monde et des écoles (1).
Mais si la philosophie de Malebranche inspire heureusement ses disciples pour la morale, elle les pousse en métaphysique sur les pentes qui conduisent au spinozisme. C'est un écueil que ne paraît pas avoir évité René Fédé d'Angers, mathématicien et physicien, fort lié avec, l'abbé de Lanion et d'autres amis de Malebranche (2). Il a écrit des Méditations métaphysiques sur l* origine de l'âme , sa nature, sa béatitude, son devoir, son désordre, son rétablissement et sa conservation (3), où il s'exprime en aphorismes concis, et quelquefois obscurs, mêlant souvent la théologie à la métaphysique. Quelques citations feront connaître à la fois sa méthode d'exposition et ses principes. Il attribue à toutes les créatures l'infinité pour la durée, en raison de leur union essentielle avec l'immensité de Dieu : « Le Créateur ne pouvant faire de créature qui ne soit essentiellement unie à son immensité, n'en saurait faire qui ne soit modifiable à l'infini et dont la durée successive ne doive être infinie. «Voici comment il résume la doctrine de la vision en Dieu : « Mon auteur me représentant tout ce qui est perceptible, est lui-même l'objet intelligible et contemplatible qui m'est essentiel. »
Il déduit les attributs de Dieu de son infinité. Principe de toute action, l'Être suprême ne saurait ne pas agir. C'est même par cette action ou cette émanation nécessaire de Dieu que Fédé tente d'expliquer le dogme de la Trinité :
(1) La philosophie moderne par demandes et réponses, avec un traité de Part de persuader, 2 vol. in-I2. 1729, Toulouse. Le P. André, dans une de ses lettres, demande ce que sont devenus les Premiers entretiens qu'avait faits Lelevel contre le deuxième volume des Réflexions p/iiloso" phiques et théologiques d'Amauld, CEuvres du P. Andréa introduction de M. Cousin, p. 14. Nous ne connaissons pas ces Entretiens, pas plus que le Faux Cice'ron et le Discernement de la vraie et de la fausse morale^ qui sont aussi des ouvrages de Lelevel.
(2) Il assistait au banquet donné par d'Alibert et Clerselier après les funérailles de Descartes. (Voir Baillet, liv. VII, chap. 23.)
(3) Première édition de 1683, petit in- 12. Deuxième édition, latin ot français. Cologne, 1693.
a L'action ou rémanation nécessaire qui fait sa vie, employant toute sa puissance, lui fait nécessairement produire son semblable. Le produit ou le fils, correspondant nécessairement à l'action productive, doit totalement égaler le père. » Gomme Malebranche, il admet un ordre immuable, une raison incréée, loi suprême de Dieu luimême : a Le Créateur, renfermant la possibilité des créatures dans son essence, a un rapport essentiel avec ses créatures possibles. Ce rapport, n'étant pas distingué de son essence, est la raison incréée, l'ordre immuable, l'original et le modèle sur lequel il conforme ses créatures qui lui correspondent chacune en sa manière. » Pour fondement à notre immortalité il donne l'immutabilité de la puissance de Dieu et de ses décrets qui ne nous permet pas d'appréhender d'être jamais anéantis. Il place dans la clarté et la netteté des idées le principe suprême de la perfection et de la morale : a Toute ma fonction n'étant que de penser, ma perfection doit consister dans la clarté et la netteté de mes idées. » On reconnaît ici le précepte fondamental de Spinoza, de travailler à nous élever des idées inadéquates aux idées adéquates. Nous devions signaler ce petit ouvrage de Fédé, à cause d'un certain degré de force et d'originalité, et de sa double parenté avec Malebranche et Spinoza.
On remarque une tendance analogue dans l'abbé de Lanion, malebranchiste plus considérable et plus connu (i). Sous le nom de Guillaume Wander, l'abbé de Lanion a publié, en 1678, avec la prétention d'abréger, et même d'éclaircir Descartes, des Méditations sur la métaphysique^ insérées par Bayle, à cause de leur rareté, dans son Recueil de pièces curieuses concernant la philosophie de Descartes. C'est un précis, dit Bayle dans la préface, de ce qu'il y a d'excellent dans la philosophie de Descartes, avec cet avantage que tout est ici mieux digéré, plus
(1) Il était de Bretagne et d'une naissance distinguée; il cultiva les sciences et surtout les mathématiques avec succès et fat, comme Malebranche, membre de l'Académie des sciences»
coart^ et qa'on est allé plus avant que M. Descaiies(i). Sans doote il y a an certain mérite d'exposition et de méthode dans cet ouvrage, mais l'éloge qu'en fait Bayle paraît exagéré, et si l'abbé de Lanion va plus avant que cartes, c'est uniquement par les emprunts qu'il fait à branche. Ainsi il ne croît pas que l'âme se connaisse par aucune idée claire, mais seulement par sentiment inté* rieur, tandis que nous avons une idée claire de retendue, alors même que nous ne savons pas s'il existe de l'étendue hors de nous. Voici comment, dans la sixième et la septième Méditation, il résume la théorie de Malebranche sur les idées. Nous ne sommes pas les auteurs de nos idées ; elles viennent en nous malgré nous, elles ne viennent donc pas de nous. Elles ne viennent pas des corps, car il est impossible de concevoir que l'étendue, ronde ou carrée, puisse avoir en soi la force de se rendre intelligible; il faut donc nécessairement que. Dieu soit la source et l'origine de toutes nos idées. C'est Dieu qui est l'auteur de toutes nos sensations et de toutes nos pensées. Or* ne peut-il mettre en moi toutes ces idées, sans que les choses qu'elles me représentent existent actuellement? De mes idées et de mes sensations, je ne puis conclure que l'existence d'une seule chose, celle d'un être infiniment parfait.
L'abbé de Lanion tient à prouver que Dieu néanmoins ne peut être accusé de tromperie. Dieu n'est pas trompeur, à cause qu'il nous donne les idées de toutes choses, c'est nous qui nous trompons nous-mêmes pour avoir jugé avec précipitation qu'il existait hors de nous quelque autre être que lui. Nous ne pouvons voir que ce qui est intelligible, à savoir, la substance de Dieu, et nous savons qu'il agit par les voies les plus simples, nous serions donc coupables d'imprudence pour avoir jugé qu'il existait hors de lui quelque autre être que Dieu, si la foi, qui est
(1) 11 en fait aussi le même éloge dans les Nouvelles de la BépuàHq des lettres f mars 1684.
SUITE DES DISCIPLES DE MâLEBRâNGHE. 335
au-dessus de la raison, ne nous ordonnait de le croire. Dans la dixième Méditation, il expose la théorie de Malebranche sur la liberté, mais tout en avouant qu'il a grand'peine à comprendre : «comment, moi qui suis sans action et sans mouvement, je puis m' arrêter à un bien particulier. »
Claude Lefort de Morinière, greffier du Cbâtelet de Paris (1), publia, à vingt-cinq ans, un ouvrage intitulé. De la science qui est en Dieu, où il prétend donner, d'après la doctrine de Malebranche, une explication nouvelle de la prescience (2). Dans la préface, il déclare qu'il n'avance rien qui ne soit conforme aux principes de Malebranche , et il regrette que cet illustre auteur n'ait pas traité à fond la question de la prescience de Dieu. C'est une lacune qu'il se propose de combler par une explication qui a pour fondement son système théologique. Morinière, de môme que le P. Boursier, procède par articles et par propositions. Dans une première partie, il expose les principes de Malebranche sur la connaissance propre à Dieu, sur les idées et sur les rapports des créatures avec Dieu. Dieu voit dans sa substance les essences de tous les êtres, et dans sa puissance leur existence possible. Les essences des créatures ne sont que les idées divines, des imitations possibles de sa substance, en liaison nécessaire avec son essence, Dieu ne peut les changer ni les détruire; elles ont une existence nécessaire dans la région des possibles, quoique leur existence actuelle soit contingente et dépende de la volonté de Dieu. Elles ne dépendent pas de Dieu seulement dans leur être, mais aussi dans leurs modifications et leurs actes, caria puissance qui a créé l'univers est aussi la seule qui puisse y produire un effet quelconque.
(1) Il est cité plusieurs fois par Leibniz. « L'auteur ingénieux de quelques méditations métaphysiques publiées sous le nom de Guillaume Wander y paraît avoir du penchant (préexistence des &mes). Essais de Théod., V^ partie, 86. Il lui attribue aussi du penchant pour la transmigration des &mes dans les Considérations sur tes principes de vie,
(2) Paris, 1718, petit in- 12. Il est analysé et loué dans le Journal de Verdun Quillet 1719).
356 PHILOSOPHIE GARTÉSIENlftE.
Dieu ne tire ses connaissances que de lui-même ; si donc une créature avait une seule modification qui ne fût pas produite par la puissance divine, il n'en saurait rien. Morinière, en vertu du principe de Tinefficace des créatures, rapporte à Dieu tous nos mouvements, toutes nos pensées et toutes nos volontés, non pas seulement, comme Malebranche, l'inclination vers le bien en général, mais même les déterminations vers des biens particuliers qui sont, dit-il, des suites des perceptions que Dieu lui donne de ces biens. Tel est le fondement de la prescience divine.
La difficulté n'est pas de concilier cette prescience avec les circonstances nécessaires des corps et des esprits, mais avec les actions libres ou les déterminations particulières de la volonté. Morinière entreprend de montrer la possibilité de cette conciliation. La volonté, il est vrai, reçoit nécessairement Timpression d'un bien particulier, mais ce bien ne la remplissant pas, elle peut ne pas y consentir, en vertu môme de l'impulsion qui la porte vers le bien général. Entre deux biens il faut, sans doute, qu'elle choisisse celui qui lui paraît le plus grand, mais elle peut ne consentir nia l'un ni à l'autre ; or, telle est l'essence de la liberté. L'âme ne se détermine donc pour des biens particuliers, qu'en conséquence des perceptions que Dieu lui a données, et de l'action par laquelle il la porte vers lui, et ainsi toutes les actions libres des intelligences sont des suites de l'action de Dieu sur elles, comme les actions nécessaires. Les déterminations de la volonté créée étant, dans toutes les circonstances possibles, des suites de l'action de Dieu, elles lui sont connues de toute éternité par la seule connaissance qu'il a de lui-même, sans perdre leur caractère de contingence et de liberté. La vue actuelle d'une action ne fait pas la détermination de la volonté, parce que la différence des temps, au regard de celui qui voit, ne change pas la nature des choses qui sont vues. L'action libre est nécessaire, non sous le rapport de son existence actuelle, mais seulement sous celui de son essence. Il y a
une liaison nécessaire, non pas entre nos actions libres et l'action de Dieu qui les produit, mais entre cette action de Dieu et la connaissance qu'il a de ses suites. C'est ainsi que Morinière se flatte, grâce à la philosophie de Malebranche, d'avoir concilié la prescience avec la liberté. Sa prétention est de tenir le milieu entre deux systèmes également dangereux, celui des motions invincibles et celui qui nie à Dieu la connaissance des actions libres. «La manière, dit-il en terminant son ouvrage, dont j'explique comment cette science est en Dieu, est la plus conforme à son idée, et la plus propre à exciter et à entretenir la piété, et elle est le fondement de plusieurs propositions importantes que le P. Malebranche a enseignées dans ses ouvrages. »
Dans un appendice, il attaque le système de Tharmonie préétablie, comme coupable d'attribuer aux créatures une puissance réelle distinguée de Tefficace des volontés divines. Pour la môme raison, il combat Crouzas qui donne aussi une puissance réelle aux créatures, et suppose que Dieu n'a pas voulu prévoir le choix de notre volonté, précisément parce qu'il a voulu qu'elle fût libre.
Le principal personnage de cette assemblée qui se réunissait toutes les semaines chez mademoiselle de Vailly pour discuter sur les ouvrages de Malebranche, était Miron, conseiller au Ghâtelet, d'une grande famille de l'édilité parisienne. Tous les témoignages s'accordent à nous le représenter comme un des patrons les plus zélés et les plus considérables de la philosophie de Malebranche (1). Savant,*ami des lettres et de la philosophie, Miron ne servit pas seulement Malebranche de son crédit dans le monde, mais encore de sa plume (2). Il eut à cœur de dissiper tous les préjugés, de répondre à toutes les objections contre sa doctrine. Ainsi, avec M. de Montagnols de Toulouse, son
(1) Recueil de pièces fugitives, par Tabbé Arcbirabault, 3« vol., art. 6.
(2) II fut pendant quelque temps (de 1708 à 1709) un des rédacteurs du Journal des savants.
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sent dans la philosophie nouvelle et l'entretiennent assidûment de Descartes et de Malebranche, tels que Malézieux, Tabbé Genest, et, par-dessus tous les autres, le cardinal de Polignac, qui, par son esprit et par sa beauté, faisait les délices de cette petite cour. Malézieux, bel esprit universel, expliquait à la princesse et à sa cour les beautés des tourbillons et celles de Sophocle. L'abbé Genest et le cardinal de Polignac ont tenté tous les deux de mettrô en vere la philosophie de Descartes, l'un en vers français, l'autre en vers latins. L'abbé Genest, fils d'une sage-femme (1), sans avoir fait d'études, réussit néanmoins, par son travail et une facilité naturelle, à devenir un homme de lettres (2), h s'ouvrir les portes de l'Académie française, et à figurer en sous-ordre dans l'éducation du duc de Bourgogne et du duc du Maine, quoique de tous les précepteurs, ce fût le iioins grave par la tournure de son esprit et de sa peronne. Dans la préface de sa philosophie en vers de Desartes (3), il nous donne d'intéressants détails sur son éduition cartésienne qui avait été puisée aux meilleures 'urces. « Après avoir entendu M. Rohault dans ses conrences publiques et avoir reçu de lui des leçons par- •'"ulières, je n'oubliai rien qui pût les confirmer. Je me lis trouvé, si je puis parler ainsi, à l'école de feu M. de 'aux (4)... Je ne puis m'empôcherde dire qu'il a souvent »nrouvé ces principes philosophiques ou les a rectifiés
il) Né en 1639, abbé de Saint-Vilmer, aumônier de la duchesse d'Or-
>, reçu à rAcadémie française en 1698, mort eu 1719. (Voir son Éloge,
^l'Alembert, le Journal des savants^ année 1716, p. 577^ et un char-
u article de M. Sainte-Beuve, dans ses Causeries du lundi,)
*>) 11 fit des tragédies. La plus connue est celle de Pénélope.
•'if L'ouvrage est intitulé : Principes de philosophie, ou Preuves tiatu-
• s de Inexistence de Dieu et de l'immortalité de rdme^ en vers, 1 voL
Paris, 171G.
' « Tons les mardis, dit d*Âlembert dans son Eloge^ Pabbé Genest se
'•ait au lever du prélat et jouissait de son entretien jusqu'à l'heure où
Dauphin entrait à l'étude. Peu à peu ils attaquèrent toutes les par-
> la philosophie, et ce fut là ce qui donna naissance à cette espèce
'(.■me qu'il ne publia que sur la fui de ses jours, mais dont il s'était
■u plus de trente ans.
par ses conseils. J*ai vécu avec deux excellents hommes parfaits amis, MM. de Court et de Malézieux, qui m'avaient associé dans leur amitié. J'ai eu de particulières conférences avec le P. Lamy, ce docte et pieux bénédictin. J'ai consulté le P. Malebranche dont les écrits sont si estimés, même par les savants étrangers dont il combattait les opinions. Enfin j'ai eu le bonheur d'entendre un cardinal qui, au milieu des plus importantes et plus difficiles négociations, a su pénétrer tous les secrets de la philosophie, et qui, nous les expliquant par des vers plus harmonieux, plus riches et plus expressifs que ceux de Lucrèce, surmonte ce fameux poëte avec ses propres armes, et dissipe tous les enchantements de la dangereuse doctrine d'Épicure. » Il termine cette préface par une éloquente défense de Descartes, Après toutes les grandes objections faites autrefois à Descartes, et qu'il avait détruites ou prévenues dans ses réponses aux plus illustres savants de l'Europe, il s'étonne qu'on en fasse encore naître de nouvelles avec moins de considération que jamais. Il faut reconnaître, dit l'abbé Genest, qu'il a donné à ce siècle des clartés répandues dans tous les écrits des nouveaux philosophes. On lui reproche d'avoir voulu se passer de Dieu dans sa physique, mais le mécanisme n'est-il pas la loi que* Dieu lui-môme a imprimée? Ainsi répond-il à la célèbre et injuste accusation de Pascal contre la physique de Descartes. Nous aimons mieux la prose que les vers de l'abbé Genest; le long travail de trente ans qu'il a consacré à versifier la métaphysique et la physique de Descartes, montre, comme le dit Voltaire (i), sa patience plutôt que son génie. Il y a mis de l'exactitude, mais aucune poésie, c'est de la prose rimée pour aider artificiellement la mémoire (2) plutôt que des
(1) Catalogue des écrivains du siècle de Louis XIV.
(2) n dit lui -môme dans sa préface que c'était d'«ibord le seul but qu'il se fût proposé : « Et si j'ai écrit en vers, Je me suis embarqué sans y penser. J'en ai composé d'abord un petit nombre, dont je croyais me servir comme d'une espèce de mémoire artificielle. Je ne prévoyais pas qu'un endroit où je m'étais arrêté avec plaisir ne devait être que le passage pour un autre. »
vers. Qu'on en juge par cet exemple pris au hasard :
0àn8 fes propriétés à notre être données Ne 'niéfcoâsdone jamais rien de matériel,
,Et t)ue yiaps l'ôtre corporel Ses qualiuîs à part^soient aussi discernées^ etc.
Cependant, sùitant^'a juste remarque de d'Alembert, on aurait tort d'eii accuser la matière' qu'un homme de génie, un vrai poëte, eût bien su embellir et animer. Le système des tourbillons cartésiens . ne fournissait pas à la poésie moins de mouvements et ^'i^nages que l'attraction de Newton qui q inspiré de si beaux vers à Voltaire.
Une lettre à Régis, publiée à la suite des Principes de la philosophie de Descartês, vaut mieux que tout ce long pbëme. Cette lettre a. été écrite à Régis^ à l'occasion de de son ouvrage sur Y'Acéordde la raison et de la foi. L'abbé Oenest s'y montre un vrai disciple de Descartes, tout en €h empruntant ce qu'il' y a de meilleur dans la philosophie desidéesdeMalèbranchè'et en redressant, comme Lelevel, les' écarts empiriques' de Régis. On se rappelle que Régis met l'esprit dans Une telle dépendance du corps, qu'il le suppose, chan'gé par cette union pour former avec le corps un être nduveau qui est l'homme. Il cesse d'être un esprit'pour devenir une âme, il ne peut avoir des idées naturelles ou innées qtfe par la constante impression du corps, ni aucune espèce d'idée qui, directement ou indirectement, ne vienne des sens. Aussi l'abbé Genest accuse-t-il Régis de n'accorder à l'âme qu'une demi-spiritualité, et cherche-t-il à établir contre lui ces trois points essentiels , à quoi, dit-il, il réduit tout son discours : i* Le corps, quoique uni avec l'âme, agit sans elle et séparément en des fonctions purement matérielles ; 2° l'âme peut agir aussi sans le corps dans des fonctions purement intellectuelles; 3** le corps et l'esprit ont des actions communes; mais, comme le corps a toujours sa constitution et ses propriétés , l'âme a toujours aussi ses fonctions particulières, ses facultés créées avec elle seule. Seul le corps est mû, seul l'esprit pense. Rien