II
n'est dans Tespril qui n'ait passé par le sens, est un axiome qui n'est vrai qu'à l'égard des traces et des images que les objets extérieurs impriment dans les organes, mais non à l'égard des objets de l'intelligence et des idées intérieures par lesquelles nous jugeons les rapports des sens. Les sens ne sont que l'instrument de quelques-unes des idées de l'âme, mais non la cause efficiente de ses perceptions^. L'âme, dès le moment de sa création, a des idées innées qui ne dépendent pas des corps, qui sont propres à elle seule, des idées qui par leur nature, sont vraies, éternelles, immuables, qu'elle développe plus ou moins par la suite de ses réflexions, mais qu'elle ne change pas. C'est au fond toujours la môme raison qui agit. L'idée de perfection, d'être, d'infini, c'est-à-dire de Dieu, les idées originales du beau et du bon, voilà, selon l'abbé Genest, les principales idées naturelles de l'âme. Les choses sensibles les réveillent, mais ne les font pas naître dans l'entendement. A l'appui de l'origine et des caractères de ces idées, il cite Platon et l'ancienne doctrine de la préexistence des âmes. Cette lettre, d'une certaine étendue, est excellente pour le fond et pour la forme, pleine de convenance , de respect , d'affection , malgré les critiques, pour un de ses anciens maîtres en Descartes, et mérite une place à l'abbé Genest parmi les meilleurs disciples de Descartes et de Malebranche.
Le célèbre cardinal, pour lequel l'abbé Genest professe une admiration un peu exagérée, a vécu longtemps après lui. Les vers qu'il récitait étaient les fragments d'un poème qu'il ne devait jamais entièrement achever, et qui ne fut publié qu'après sa mort. Nous croyons donc plus convenable de pas parler encore du cardinal de Polignac, et de le placer avec les cartésiens et les malebranchistes du dix-huitième siècle.