‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 5)Chapitre 5 sur 77 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Tendance fondamentale de la philosophie de Malebranche. — Rapprochement avec Spinoza. — Double union de Tâmo avec Dieu et avec le corps. — Précepte de travailler de toutes nos forces à affaiblir la seconde et à fortifier la première. — Essence de la matière. — Réponse au P. Valois touchant Tencharistie. — Essence de l'esprit. — Comparaison des deux facultés de l'âme, entendement et volonté, avec des propriétés de la matière. — Double fonction de rmtcndement, sentir et connaître.

— Du sentiment. — Impuissance des corps à produire en nous aucan sentiment . — Existence des qualités sensibles dans Tàme. — Dieu, auteur du plaisir. — L'imagination. — Explication physiologique de l'imagination. — Les sens et Timagination, sphère de l'erreur et des ténèbres.

— La lumière dans les seules idées. — Dieu unique acteur dans la sensibilité. — Dieu auteur des idées comme des sentiments. — Vision en Dieu. — Deux parties dans la vision en Dieu. •*- Variations de Malebranche. — Première forme de la vision en Dieu. — L'idée seul objet immédiat de la perception. ~ Les petiis Êtres représentatifs. — Origine et lieu des idées. — Le monde intelligible, seul monde habité et connu par notre esprit. — Malebranche met-il le particulier en Dieu ? — Seconde forme de la vision en Dieu. — L'étendue intelligible substituée aux petits êtres représentatifs. — Deux modes, l'idée et le sentiment, suivant lesquels nous connaissons les choses. — Part du sentiment et de l'idée dans toute connaissance sensible. — Le principe éternel des corps existe seul en Dieu. — Ce qu'entend Malebranche par l'étendue intelligible. — Est-elle en Dieu éminemment ou formellement 7 — Difficultés et obscu* rites au spjet de l'étendue intelligible en Dieu.

Le système de Malebranche, comme dît f'otitenelle, est plein de Dieu. Sa tendance fondamentale, qui lui est commune avec Clauberg et Geulincx, et plus encore avec Spinoza, est de mettre en Dieu seul toute activité et toute réalité, pour ne laisser à l'homme que la privation et le défaut. La comparaison de l'homme, aux mains de Dieu, avecTargile, aux mains du potier, convient à Malebranche, non moins bien qu'à Spinoza. Quelles que soient d'ailleurs

DIEIJ UNIQUE ACTEUR. él

les diversités profondes qui les séparent, ils s'accordent tous les deux à donner à Dieu toute la réalité de Tétre et de la cause. Néanmoins Malebranche repousse avec indignation le seul soupçon d'une parenté quelconque avec l'auteur maudit du Iractatus theologico-politicus. Quand Mairan le presse, comme nous le verrons, au sujet des analogies qu'il croit découvrir entre certains points de sa doctrine et celle de V Éthique, il prodigue les marques d'horreur et de dédain contre le philosophe, l'athée (1), le misérable (2), le fou, l'impie (3), auquel on le compare, et contre « l'épouvantable et ridicule chimère » de son système (4). Cependant, Malebranche n'a-t-il pas été attiré par cette épouvantable chimère? Cette tentation dont la créature, dans \e% Méditations^ fait confidence au Verbe, n'est-ce pas la grande tentation contre laquelle il a dû lui-même lutter? «Je me sens porté à croire que ma substance est éternelle, que je fais partie de l'être divin, et que toutes mes diverses pensées ne sont que des modifications particuh'ères de la raison universelle(5).» Sans doute il repousse cette pensée; mais on sent qu'elle l'obsède, qu'elle l'entraîne, pour ainsi dire, malgré lui. Tout donnera Dieu, et cependant laisser quelque chose à l'homme, voilà la contradiction fatale dans laquelle il se débat. Nous allons voir, en effet, que la science de l'homme lui-même n'est réellement, dans son système, que la science de Dieu.

L'homme, selon Malebranche, subsiste par une double union, de l'âme avec Dieu, et de l'âme avec le corps (6). De ces deux unions, la plus naturelle et ia plus essentielle est celle avec Dieu, quoiqu'elle paraisse imaginaire à ceux qui

(!) 8* Ëntreiienmèt.

(2) 9« Médit, met. et chrét.

(3) « Le P. Lamy a publié son livre contre Spinoza. Je ne sais si ce fou et cet impie méritait cette réponse. » {Correspondance inédite, publiée par Tabbé BUimpignon.)

(4 ) Voir le 8« et le 9« Entret, met*

(5) 9« Médit, met. et chrét.

(6) Préface de la Recherche,

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