LA MONADE HUMAINE
l'âme, jusqu'à ce que l'expérience vienne les faire paraître à la lumière et les rendre présentes à l'esprit.
Universalité et nécessité, tels sont les deux caractères qui les distinguent des idées représentatives de ce qui est dans le sens. Ce qui est du domaine des sens et de l'expérience est marqué d'un caractère de contingence, et limité par le temps et par l'espace. L'expérience ne donne que ce qui est, et non ce qui doit être. Ses principes sont fondés sur des faits; or, quelque grand qu'en soit le nombre, on ne peut jamais en faire sortir un caractère de nécessité universelle, La terre a tourné bien des fois autour du soleil, cependant on n'a pas droit d'en conclure que ce soit un fait nécessaire; nul procédé de l'esprit ne peut faire rendre à l'individuel ce qu'il ne contient pas. Si, comme Locke le prétend, tout fait primitif de conscience était une notion individuelle, une notion générale ne serait qu'un tout collectif ultérieurement composé par notre intelligence , et aucune généralisation expérimentale n'étant assurée de comprendre la somme des faits individuels, il faudrait renoncera toute démonstration mathématique et à la certitude absolue, c'est-à-dire donner gain de cause aux sceptiques. D'ailleurs toute généralisation, môme expérimentale, quelque bornée qu'elle soit, ne peut s'opérer qu'en vertu d'idées générales antérieures, d'où Leibniz conclût à l'existence d'un général primitif absolu donné, en môme temps que l'individuel, au sein de la conscience; ce qui revient à dire, avec Malebranche, qu'il y a le sentiment et l'idée au sein de toute connaissance.
Telle est l'origine que donne Leibniz aux principes qui sont le fondement des mathématiques, de la physique et de la métaphysique, principes qui embrassent tous les temps et tous les lieux, s'étendent à toutes les intelligences et fondent des démonstrations d'une vérité absolue. Il constate l'existence de pareils principes nonseulement dans la spéculation, mais encore dans la pratique, et il défend particulièrement contre Locke la réalité d'une loi éternelle et nécessaire de justice gravée dans toutes
les âmes. Que prouvent toutes ces coutumes monstrueases alléguées par Fauteur de Y Essai sur V entendement? De ce qu'une loi a été méconnue et violée, il ne suit pas qu'elle n'existe pas. Les vérités innées peuvent être obscurcies par les besoins du corps, par les perceptions confuses des sens, mais non jamais être entièrement effacées.
De même que Malebranche, il place l'exemplaire de ces vérités éternelles et nécessaires, gravées aufond de toutes les âmes humaines, dans rentendement divin avec lequel il fait entrer tous les esprits et tous les génies en communication par la raison (1). C'est en Dieu, dit-il, qu'est le siège de ces vérités, types immuables du bon, du beau et du vrai, qu'il a suivies dans la conception du plan de l'univers (2). Mais comme ces vérités nécessaires sont aussi le fond môme de notre raison, il arrive que les mêmes principes par lesquels Dieu a ordonné le monde, ont un reflet dans notre intelligence : cum Deus calculât et cogitationem exercet fit mundus (3); or, la raison est la faculté d'imiter ce calcul divin. De là une merveilleuse rencontre entre l'ordre des faits delà nature etles déductions de notre raison, entre les lois de l'être et de la pensée; de là la possibilité de pénétrer jusqu'à un certain point dans la pensée de Dieu et dans le plan divin de l'univers en consultant ces vérités. Tel est le fondement de la confiance de Leibniz à ces principes à priori^ puisés dans l'idée de la perfection de Dieu, qu'il applique à l'interprétation de la nature, et tel est aussi le sens dans lequel il a dit : « la vraie physique doit être puisée à la source des perfections divines. » C'est en effet de là que découlent ces principes de la convenance avec la perfection divine, de la raison suffisante, de la continuité, de la moindre action, etc., qui jouent un si grand rôle dans la métaphysique et la physique de Leibniz. « Il s'ensuit de la perfection suprême de Dieu qu'en produisant
(1) Principes de la nature et de la grâce,
(2) Principia philosophiœ, édition DuteoSi tome II, p. 21.
(3) Dissertatio de etuio vhiloswhicCk
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l'univers, il a choisi le meilleur plan possible, où il y ait la plus grande variété avec le plus grand ordre, le terrain, le liea,le temps le mieux ménagés, le plus d'effet produit par les voies les plus simples, le plus de puissance, le plus de connaissance, le plus de bonheur et de bonté dans Les créations, que l'univers ne pouvait admettre. »
Toutefois il ne met pas ces vérités de la raison, fondées sur la considération dé ce qui convient à la perfection infinie de Dieu, au même rang que les vérités éternelles qui sont absolument nécessaires et dont le contraire implique contradiction. Les premières n'appartiennent qu'à l'ordre de la convenance, et n'ont qu'une nécessité morale, les secondes dépendent du principe de contradiction et sont d'une nécessité géométrique ou métaphysique (1). En résumé, selon Leibniz, il y a beaucoup d'inné dans l'âme,* l'âme même tout entière est innée à elle-même, car dès l'origine elle contient en elle-même le germe, les conditions, les lois de tout son développement ultérieur. C'est là ce qu'il exprime si énergiquement, en ajoutant à la vieille maxime des écoles, nihil est in intellectu quod non prim fuerit in sensu, cette grande et célèbre restriction, nisi ipse intellectus.
Sur la question de la destinée de l'âme, après et avant cette vie, Leibniz se montre beaucoup moins sobre et moins réservé que Descartes. Signalons d'abord la doctrine de l'indissoluble union de l'âme avec des organes, avant et après, comme pendant cette vie. Selon Leibniz, jamais l'âme n'a été ni ne sera séparée du corps; un esprit pur serait un déserteur de l'ordre universel d'après lequel toute âme est liée à un corps en vertu d'une harmonie préétablie, a On comprend assez avec un peu de réflexion que cela est raisonnable et qu^un saut d'un état à un autre infiniment différent ne saurait être naturel (^2). Je m'étonne
(t) Discours de la conformité de la foi et de la raison.
(2) « La métempsycose serait contre la règle que rien ne se fait par sauts. Un brusque passage de l'&me d'un corps dans un autre ne serait pas moins étrange que le déplacement d'un corps qui d'un bond irait d'un
qu'en quittant la nature sans sujet, les écoles aient voulu s'enfoncer exprès dans des difficultés très-grandes, et fournir matière aux triomphes apparents des esprits forts, dont toutes les raisons tombent tout d'un coup par cette explication des choses dans laquelle il n'y a pas plus de difficulté à concevoir la conservation des âmes et de l'animal tout entier que le changement de la chenille en papillon et la conservation de la pensée dans le sommeil (1). «> L'animal tout entier, âme et corps, a de tout temps préexisté dans le germe, et survit tout entier à la mort. « Non-seulement les âmes, mais encore les animaux sont ingénérables et impérissables, ils ne sont que développés, enveloppés, revêtus , dépouillés , transformés , les âmes ne quittent jamais tout leur corps et ne passent jamais dans un corps qui leur soit entièrement nouveau. » Si nous ne voyons pas ce corps, c'est qu'il nous échappe par sa petitesse infinie.
Telle est aussi la loi de l'homme et de l'âme humaine. Nous avons déjà vu que que l'âme de chaque homme a . préexisté dans le germe, quoique de tout temps elle n'ait pas été ce qu'elle est aujourd'hui, c'est-à-dire une âme humaine et raisonnable. La mort venue, elle ne passe pas dans un nouveau corps, mais garde celui auquel elle était unie pendant cette vie, réduit à ce qu'il a d'essentiel, et à l'état d'infiniment petit, par la destruction- de ses parties grossières. L'âme et le corps ayant passé par des évolutions progressives avant d'arriver à leur état actuel, passeront après cette vie, sans doute, par de nouvelles évolutions. Quoique Leibniz ne le dise pas expressément, il semble le conjecturer, en vertu de la loi de la continuité (2).
lieu dans un antre, sans cependant traverser l'interralle. » (RéfUtat. de Spinoza, p. 77, publiée par M. Foucher de Careil.)
(1) Tome II, p. 22, édition Dutens.
(2) Esmis de Théodicée^ § 34 t. « U y a peut-ôtre en quelques endroits de l'univers des animaux plus parfaits que l'homme... lise peut qu'avec le temps le genre humain parvienne à une plus grande perfection que celle que nous pouvons nous imaginer présentement. »
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II va plus loin dans ses conjectures, et s'abandonne à une sorte de poétique rêverie sur le séjour des âmes dans leur destinée suprême. Après avoir démontré le peu d'importance de notre planète relativement à l'univers entier, il ajoute : « Comme il n'y a nulle raison de croire qu'il y a des étoiles partout, ne se peut-il pas qu'il y ait un grand espace au delà de la région des étoiles ? Que ce soit le ciel empyrée ou non, toujours cet espace immense qui environne toute cette région pourra être conçu comme l'océan où se rendent les fleuves de toutes les créatures bienheureuses, quand elles seront venues à leur perfection dans le système des étoiles (1). »
L'évolution progressive des êtres sous la loi de la continuité , et l'union indissoluble de l'âme avec des organes, voilà les deux idées fondamentales qu'il faut remarquer au milieu de ces téméraires conjectures sur la destinée des êtres en général et de l'homme en particulier (2). La seconde semble une réaction contre le spiritualisme de Descartes, si souvent accusé d'affranchir l'âme du corps, et de faire de l'homme, dès cette vie, un esprit pur.
Il nous reste à considérer les monades, non plus en ellesmêmes, mais dans leurs rapports les unes avec les autres, et particulièrement l'âme humaine dans ses rapports avec le corps. Ce problème de la communication des substances lui paraît plus difflcile que tous ceux qu'il a déjà résolus : a Après avoir établi ces choses, je croyais entrer dans le port, mais lorsque je me mis à méditer sur l'union de l'âme avec le corps, je fus comme rejeté en pleine mer, car je ne trouvais aucun moyen d'expliquer comment le corps fait passer quelque chose dans l'âme, ou vice versâ^ ni comment une substance peut communiquer avec une
(1) Essais de Théodicée. On peut rapprocher ces rêveries de celles de quelques penseurs contemporains, des voyages que Jean Raynard fait faire aux âmes à travers les astres dans Ciel et terre^ et de la dissertation du P. Gratry, sur le lieu de Timinortalité dans la Connaissance de VAme.
(2) Charles Bonnet, dans sa Palingénésie philosophique^ a adopté, sauf de légères modiflcatioDS, et développé ces deux idées de Leibniz:.
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substance créée (1). » Gomment en effet les faire commaniquer les unes avec les autres, chaque monade étant comme un monde à part, absolument clos^ où rien ne peut entrer et d*où rien ne peut sortir?
La philosophie cartésienne a mis Leibniz sur la voie de rhypothèse de l'harmonie préétablie ou des accords (2). Luimême il reconnaît combien était facile le passage des causes occasionnelles à l'harmonie préétablie (3). Descartes ayant bien reconnu qu'il y a une loi de la nature qui porte que la même quantité de mouvement se conserve dans le monde, il ne lui manquait, selon Leibniz, pour arriver à l'harmonie préétablie, que de connaître cette nouvelle loi de la nature, en vertu de laquelle, non-seulement la même quantité de force totale des cdrps, mais encore leur direction totale se conserve (4). « Descartes, dit-il, avait quitté la partie là-dessus , autant qu'on peut le connaître par ses écrits; mais ses disciples, voyant que l'opinion commune est inconcevable, jugèrent que nous sentons les qualités des corps, parce que Dieu fait naître des pensées dans l'àme, à l'occasion des mouvements de la matière, et, lorsque noire ûme veut remuer le corps, ils jugèrent que c'est Dieu qui le remue pour elle. Et comme la communication des mouvements leur paraissait inconcevable, ils ont cru que Dieu donne le mouvement à un corps à l'occasion d'un autre corps. C'est ce qu'ils appellent le système des causes occasionnelles, qui a été mis fort en vogue par les belles réflexions de l'auteur de la Recherche de la vérité (5). • Malebranche est encore bien plus près de l'harmonie préétablie que Descartes ; or Leibniz n'a nullement renié le lien étroit qui existe entre les causes occasionnelles et sa propre hypothèse ; a Je ne trouve pas que les sentiments du P. Ma-
(0 De la nature et de la communication des eubttances, tome II, p. 54, édit. Dutens.
(2) Il l'appelle aussi hypothèse de la concomitance.
(3) Lettre à M. de Montmort, tom. V, p. 13, ^dit Dutetis.
(4) Tome il, p. 40, édit. Datons.
(5) De la nature et de la eommunieation deè euManeeé.
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lebranche soient trop éloignés des miens, le passage des causes occasionnelles à l'harmonie préétablie ne paraît pas très- difficile (i), » La cause de Taccord est en Dieu : Causa consensus in Deo quœrenda est, d'après Malebranche, comme d'après Leibniz (2).
Pourquoi Leibniz ne s'est-il pas arrêté aux causes occasionnelles? C'est qu'elles lui ont paru contraires à la perfection divinfe et au véritable esprit de la science. Au lieu d'exalter Dieu, elles le rabaissent en le faisant semblable à un ouvrier malhabile, sans cesse obligé de retoucher à son ouvrage pour y maintenir l'ordre et l'harmonie. La science consiste dans la recherche des causes secondes; n'est-ce pas la (détruire que de faire intervenir immédiatement la cause première pour expliquer un fait qui, comme tous les autres, doit avoir sa règle et sa raison ? Il rejette donc les causes occasionnelles, et il résume ainsi son jugement sur lesr4;ravaux de ses devanciers : « Il faut avouer qu'ils ont bie» pénétré dans la difficulté en disant ce qui ne se peut pdint, mais il ne parait pas qu'on l'ait levée en disant ce qui se fait effectivement. » Que se fait-il donc effectivement?
Leibniz le tend sensible par la comparaison ingénieuse de l'accord' de deux horloges placées en face l'une de l'autre (3). Pour expliquer leur accord, on ne peut faire que ces trois suppositions : ou le balancier de l'une est attaché à celui de l'autre et le met en mouvement, ce qui est la voie de l'influence réciproque; ou un ouvrier. habile va' sans cesse de l'une à l'autre, occupé à les régler^ ce qui est la voie des causes occasionnelles; ou elles ont été fabriquées avec tant d'art qu'elles continuent par la suite à se correspondre exactement^ sans
(1) Lettre da 26 9oût 1714, édit. Dut., tom. V, p. 23. Les cartétiens ont aussi de leur cô^ reconnu cette parenté. Ainsi Amauld Juge que « rharmonie préétablie convient avec les causes occasionnelles. Cot rei • pond, avec Leibniz^ lettre 5.
(2) Ed. Dut., II«vol.. p. 131.
(3) On trouve aussi cette comparaison dans GouHnex .
influence et sans intervention, ce qui est la voie de l'harmonie préétablie, la seule vraie, selon Leibniz, la seule qui rende compte de Taccord des substances et se concilie avec la perfection de Dieu. Toutes les substances s'accordent, non parce qu'elles agissent les unes sur les autres, ou parce que Dieu les met d'accord par une intervention continuelle, mais parce que toutes sont l'ouvrage d'un même être souverainement parfait qui les a créées, qui les a mises en regard les unes des autres, avec une entière prévision de la série de leurs actions internes et de leur rapport exact avec la suite des actions de toutes les autres monades. Si, à la rencontre d'une première bille, une seconde se met en mouvement, ce n'est pas qu'elle soit mue par la première ou que Dieu lui-môme la meuve, à l'occasion du choc, mais c'est qu'il entre dans le plan du monde, réglé de toute éternité par Dieu, que la seconde bille se mette en mouvement à ce point précis du temps et de l'espace où elle devait être rencontrée par la première. Considérons plus particulièrement rharmonie préétablie dans son application aux rapports de l'âme et du corps.
Ni le corps n'agit sur l'âme, ni l'âme sur le corps, mais tous deux agissent isolément, à part l'un de l'autre, suivant une série prédéterminée d'actions que rien ne peut modifier. L'accord résulte d'un parallélisme ou d'une harmonie préétablie entre les actions de l'un et de l'autre. Les lois qui lient les pensées de l'âme produisent des images qui se rencontrent et s'accordent avec les impressions du corps sur nos organes; les eifets des lois du mouvement dans les corps se rencontrent aussi tellement avec les pensées, que le corps se trouve porté à agir au temps et de la manière que l'âme veut. « Tout ce que la passion ou l'ambition fait faire à l'âme de César est aussi représenté dans son corps, et tous les mouvements de ces passions viennent des impressions des objets joints aux mouvements internes, et le corps est fait en sorte que l'âme ne prend jamais de résolution que les mouvements du corps ne s'y accor-
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dent, les raisonnements même les plus abstraits y trouvant leur jeu par le moyen des caractères qui les représentent à rimagination (1). » Tel est le sens précis, rigoureux, et nullement métaphorique, que donne Leibniz à son harmonie préétablie (2). Le génie de Leibniz semble se complaire dans cette hypothèse à laquelle il trouve le double avantage de résoudre toutes les difficultés sur Taccord des substances et sur l'union de Tâme et du corps, et de nous donner la plus haute et la plus magnifique idée de la providence que jamais les hommes aient conçue.
Bayle reproche à l'harmonie préétablie de pécher, parce qu'elle exige de Dieu trop de puissance et de prévoyance pour régler à l'avance tous les détails, c'est-à-dire les rapports à l'infini de chaque monade avec toutes les autres, de chaque pensée de l'âme avec chaque mouvement du corps. Il nous semble que le vice de l'harmonie préétablie n'est pas d'exiger trop de Dieu en fait de prévoyance, mais de réduire l'homme à n'être qu'un automate. Si toute la série de nos actes est prédéterminée, et en rapport avec toutes les séries d'actes également prédéterminés du corps et de toutes les monades de l'univers, n'est-il pas clair que nous ne sommes plus que des automates spirituels, suivant une expression échappée à Leibniz lui-même, c'est-à-dire des êtres qui témoignent sans doute de la perfection de Dieu, mais à un bien moindre degré que des êtres moraux et libres? Quelle que soit la clarté de cette conséquence, Leibniz, n'a jamais voulu l'avouer; non-seulement il a toujours prétendu que son système se conciliait avec la liberté, mais même qu'il lui faisait une part plus grande que tous les autres systèmes. Il est vrai qu'il s'appuie sur
(1) Tom. Il, p. 83, édition Dutens.
(2) C'est ainsi que Leibniz rentend partout lui-même, c'est ainsi que l'ont entendue en Allemagne, en Hollande et en France ses adTersaires, ses disciples et ses principaux interprètes. Nous nous étonnons que M. Foucher de Careil ait cru pouvoir lui donner une autre interprétation et lui enlever toute originalité pour la changer en une simple vue, qu'on rencontrerait partout , de l'harmonie admirable qui règne dans ruoirers.
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une notion de la liberté qui ressemble beaucoup à celle de Spinoza qui prétend laisser à Dieu la liberté souTeraine, parceque la nécessité, à laquelle il est soumis, n'est autre que celle de sa propre nature. Ainsi Leibniz vent-il faire consister notre liberté uniquement dans l'indépendance à regard des causes extérieures, dans la faculté de tout tirer de son propre fonds, ou, suivant son expression, dans la spontanéité d'action accompagnée de la conscience, sans distinguer si cette spontanéité est libre ou nécessaire. Toici la définition en vertu de laquelle il veut prouTcr l'accord de l'barmonie préétablie avec la liberté : Ubtrtas est spaHianeitas inteUigentis, itaque quod spotitaneum est in brutovelaik substantia intellectus experte, id in homine vel in alia substantia intelligente altius assurgii et libéra appellatur (I). Sans doute celte spontanéité nécessaire d'action pourra très-bien se concilier avec Tbarmonie préétablie, mais nullement avec la notion de la vraie liberté qui exclut la nécessité interne, non moins que la nécessité externe. Qu'importe que nous soyons indépendants à l'égard du dehors, eo seronsnous plus libres, si nous sommes nécessités par \e iait même de notre nature? La nécessité venant du dehors est, il est vrai, incompatible avec la liberté^ mais à bien plus forte raison la nécessité interne qui la tarit dans sa source, et Tanéantit immédiatement dans son essence même. Donc la nécessité interne, qui est la condition de l'harmonie préétablie, est incompatible avec la liberté.
Une harmonie préétablie, une harmonie admirable règne sans doute entre les agents, les lois, les diverses classes d'êtres de l'univers, mais elle suppose, loin de l'exclure, Taction réciproque des substances ainsi que les lois générales qui les régissent. Gomment ne pas croire à la réalité de cette action réciproque, si clairement attestée par la
(1) Tantam vero abest ut boc liberUti prasjndicet nt potias, si qnid unquam, illi maxime faveat. . . Pneterea cum jax ta hoc systema quidqaid ia anima confit, ab ipsa soia pendcat, et statua sequens non niai ab ipsa et atata ejas preterito oriatttr, qaà, quaeao, ratione ipsi majorera Uiboere independentiam potaerimna 7 (Tom. I, p. 163, édit. Dotena.)