L'HARMONIE PRÉÉTABLIE
conscience à Tégard de cette substance qui seule tombe di< rectement sous notre observation ? Quoi que disent Leibniz ou Malebranche, et Hume, et tous les adversaires plus mo-* dernes de l'idée de cause, entre la volonté, de lever mon bras, et mon bras qui se lève, il y a plus qu'un rapport de succession, il y a un rapport de causalité. Il faut ou nier notre propre causalité, ou admettre, ce qui en est inséparable, qu'elle produit quelque effet, et sur nous-mêmes et sur ce qui n'est pas nous, sur notre corps, et, par son intermédiaire, sur les autres corps. L'ignorance du comment ne porte pas préjudice à la certitude du fait lui-môme qui suffit à ruiner les hypothèses contraires, l'harmonie préétablie, comme les causes occasionnelles.
Au moins, dans cette erreur commune, le cartésianisme a-t-il l'avantage d'être conséquent avec ses principes sur la nature des substances. Autant de la doctrine de l'étendue essentielle et de la passivité absolue des substances créées, se déduit naturellement la négation d'une action réciproque, autant paraît-il étrange de voir sortir la même conséquence du principe opposé de l'activité essentielle des substances. Qui n'admirerait qu'ayant si bien réformé la notion cartésienne de la substance , Leibniz en garde néanmoins les conséquences? Comment comprendre que ces forces essentiellement actives n'agissent pas plus que les substances inertes du cartésianisme? Qu'était-il besoin de rendre aux créatures la force et la causalité, pour les convertir de nouveau, par l'harmonie préétablie, en de simples automates? On a soutenu , il est vrai, que l'harmonie préétablie présupposait la monadologie, loin d'être en contradiction avec elle. Sans doute, à prendre la monadologie dans son entier, et en admettant que les monades ont en elles la série prédéterminée de toutes leurs actions, et qu'elles ne peuvent agir les unes sur les autres, l'harmonie préétablie pourra s'en déduire. Mais c'est cela même qu'il est difficile d'accorder avec la conception de la monade. Est-il possible en efi'et de concevoir une force autrement que comme un principe de mouvement?