CHAPITRE XII
ire de la philosophie de Descartes dans les Pays-Bas. — Le cAriéshme tM^landais antérieur au cartésianisme français. — Développement luttes du cartésianisme en Hollande pendant k vie mémo de Descartes. Disciples formés par Descartes lui-même. — La princesse Elisabeth, ses dations et sa corrcspmidance avec Descartes , Malebranchc etPoiret.-^ reine Christine de Suède. — Sa conversion exploitée par les carténs. -^Cornélius Van Hooglande, ami, mais non disciple de Descartes. Dous professeurs cartésiens à Utrecht en 1648 , Reneri et Kégîus. — itié de Descartes pour Régius. — Imprudence de Régius. — Périt de Voëtius , le plus grand ennemi de Descartes en Hollande. — ^>iidamnation de Régius et de la philosophie de Descartes. — Pamphlet ^ Schoockius dicté par Voëtius. — Lettre de Descartes à Voëtius. — 'Ocreurs et intrigues de Voëtius. — Descartes cité à comparaître *^^>mnife coupable d*athéisme et de calomnie. — faitervention de Tambas- ^^^eor de France et du prince d'Orange. — Schoockius cité païf Des- ^^9u*tes comme calomniateur. — Confusion de Voëtius^. — Infidélité et Schisme de Régius. — Désavoué et réfuté par Descartes. — Dernière af - ^'^re de Descartes avec l'université de Leyde et satisfaction qu'il obtient. ^Des progrès de sa philosophie après sa mort. — Revue générale du car- ^^^iamsme dans les universités hollandaises. — Professeurs cartésiens* à Xîtreclit. —Lambert Welthuysen.— Professeurs cartésiens à Leyde. — ^De ^aay, Heeveboord, Hcidanus, Volder. — Université de Groningue, Tobie ^ndré. — Université de Franél^èrc, Ruardus Andala. — École illustre de ^rcda. — Université catholique de Louvain. — Censures contre Descartes. — dénonciation du nonce apostolique. — Triomphe, dans cette université, du cartésianisme allié au jansénisme.
Avec quelle merveilleuse rapidilé la lumière cartésienne ^e s'esl-elle pas répandue sur presque toules les parties de
l^Europe ! A peine Descartes est-il mort, qu'un de ses biographes peut dire, qu'il n'était pas plus possible de compter le nombre de ses disciples, que celui des étoiles du ciel ou du sable de la mer (1). L'histoire des systèmes de philosophie anciens ou modernes n'offre peut-être pas un second exemple d'un plus prompt, plus éclatant et plus universel triomphe. C'est dans la Hollande, patrie adoptive de Descartes, où il avait passé la dernière moitié de sa vie, publié ses ouvrages, formé lui-même quelques disciples, et où les Universités étaient plus ouvertes qu'en France aut opinions nouvelles, que la philosophie cartésienne fit d'abord école et eut le plus grand retentissement. Le cartésianisme hollandais a pris les avances sur le cartésianisme français, et ses succès firent longtemps' l'admiration et l'envie des premiers cartésiens de France. aX quoi ont servi, dit Glerselier, toutes les calomnies de ses envieux, sinon à faire que son nom devint plus célèbre, que sa vie fut plus admirée^ et sa doctrine si estimée qu'elle partage aujourd'hui les écoles dans la Hollande et s'enseigne publiquement dans ses chaires. Ce que j'estime être si glorieux à cette province, que je lui envierais quasi cet honneur, comme un bien qui nous devrait appartenir, n'était que j'eslime en quelque façon raisonnable, que ceux-là jouissent les premiers du fruit de ses labeurs qui ont le plus contribué à son repos et à son loisir^ et que celle terre porte les premiers fruits d'une semence qui n'a pas seulement été jetée, mais même conçue premièrement dans son sein (2). »
Nous commencerons donc par la Hollande et non par la France l'histoire de la philosophie cartésienne. Avant d'aller
(1) VieneBorclj Compendiumvilœcartesianœ, 1653.
(2) Préface du 1" vnlnino des Lrllros. Paris, 1667, in-1i«.
arir en Suède, Descaries availvu, de ses yeux, à Utrechl Leyde des chaires cartésiennes environnées et applaudies f>cfe M-* la fouie des étudiants. Déjà ses principes avaient remué 1 ^^ Uniiyersités et même les églises de la Hollande tout ene, déjà ils y avaient commencé une révolution profonde s la philosophie, dans la physique, dans la médecine, s la théologie elle-même ; déjà toutes les écoles s'étaient ^ * "^^-Ssées: en deux camps, dont l'un tenait pour Descartes . et tre pour Aristote. De là des luttes passionnées, de là de ènts tumultes au sein des Universités, où des deux parts succèdent sans interruption les thèses, les pamphlets, les sures et les apologies. Bientôt les théologiens s*alar-^ c»l des succès de la nouvelle philosophie et surtout de ses «hi^semenls dans le domaine de la théologie; ils s'adres- % aux magistrats, aux synodes, aux curateurs des Univer-^ ^^^"^^ ils obtiennent des censures, des arrêts de proscription, toutestea défenses sont éludées ou impuissantes. Destriomphe ' malgré tous les obstacles, et sa philoso[Aie l.inue d'être enseignée, là même où il n'est plus permis K^rononcer son nom.
^ffbord nous dirons^ quelques mots des disciples auxquels ^cartes a donné lui-même des leçons, et nous raconterons luttes qu'il eut à soutenir pour la défense de sa personne ^ ^^ ses principes. Mettons au premier rang de ses élèves, la P'^*^ cessé Elisabeth, l'aînée des Biles de l'infortuné Frédéric V, è*^fileur palatin du Rhin et élu roi de Bohême au commen- ^^n^ent de la guerre de trente ans. Elle vivait à La Haye ^^^ sa mère qui s'y était réfugiée, et avait refusé de hautes MW^Tices pour se livrer librement à son goût de l'étude. et de ^^ philosophie. Descartes étant venu résider dans les environs de La Haye, la princesse l'appelait souvent auprès d^elIe pour Tentretenir de sa philosophie. Il lui dédia s^ Prindpts et fit d'elle ce grand éloge, que jamais il n'avait rencontré
personne qui Teût inieui compris» Maïs un tT4gt4iie â^ào^ ment Interrompit ces conférences pbîlosopbîqines (i). ÛMigée de quitter la Hollande, la princesse Ëlis«^th s'en va $ii^ cessivement résider dans les 4oor» de divers privées 4*Aikà^ oiagne ses parents, d'où elle entretient «n eonnaercje ê» lettres avec Descartes. Ces lettres de Pescurtes à is ppipcMm Elisabeth offcent un intérêt tout parlJKuilit^, pafoe4[a'«9l«ft« rapportent b la morale, dont il ne traite nulle pat i aUlMj«« 11 7 montre cette eonxnûssaoce profonde de$ passions et 4a cœur humain que déjà nous avonst admirée dans le TmHé des passiûnf , il développe me pure et douce n^oraie loote pénétrée du sentiment de la béatitude de la vertu et pair la vertu» il cherche k agir sur le cœur en même tieaq)s qne aisr resprit de la princesse. Nommée plus tard, quoique ealviniatay abbesse de la riche abbaye luthérienne d'Heryorden en WesA* pbalie, la princesse Elisabeth fit de son abbaye une 'éeole qartil* sienne (2)« Catholiques, calvinistes, luthériens, soeinieBSi déia^ tes, tousyétaient bien aocueiilis,à laseule condition des'oœvpes de philosophie. Elle ne mourut que longtemps après Deaearias en 1680, après avoir eu aussi des relalioas avec quek(iftS»*QOB de ses principaux disciples. Elle eotreUkit une correspondance malheureusement perdue avec Ualebranche {3)^ fittt
(1) Son ifèrc, le prince Philippe, assassina ea plein jour un gentUhowme français et le bruit courut que c'était à Tinstigation de sa sœur pour la. reur ger d'un dédain ou d'un outrage.
(2) Baillet, tome II, p. 235. — Discours sur la vie et la méthode de Descartes prononcé à Berlin en 1846 par C.-J.-G. Jacobi. ÇJourtial de'tiuUhê' matiques^ tome XII, 1847.)
(3) Dans le catalogue que donne le P. André des pièces qu'il possède r<slatiros k l'histoire de Malebranche , il mentionne deux lettres de Mélebmfi-cfae à U princesse Élisabelh. (Introductien aux «eunvs pfallflsopbiqufs ihi P. André, par M. Cousin.)
[6a aussi quelques lettres avec Poîret qui de cartésien d^-^rnt mystjque. A en juger par le ton de quelqnesHines d^^^ lettres qu'elle lui adresse, il semMe que la noble abbe6|€ 9 «m an la fin de sa vie ait aussi elle-^mème incliné à un certain iKB-y^^ticisme (1). Elle eut pour nièce et pour élève la fameuse f^M-Sa3ee9se Sophie-Charlotte, reine de Prusse, dont le nom ^* «dissocie glorieusement à celui de Leibnilz, comme le sien à li de Descartes.
»e la princesse Elisabeth ne séparons pas une antre prin-
i« cartésienne, quoiqu'elle nous fasse quitter un moment
[ollande pour la Suède. Cette autre princesse cartésienne
<ZShristine de Suède. Reine bizarre plutôt que grande reine^
l^ ^llle de Gustave^Adolphe, douée d*une infatigable activité^
pAV't.ageait son temps entre les études et les affaires; «He
^"^^it attiré an grand nombre de savants à sa coup, elle
^^^fliail à la fois plusieurs soienoes et plusieurs langues.
C^ «yi'elle avait appris de la philosophie de Descartes par
™- Chanut, ambassadeur de France en Suède, lui donna
an Vif désir de l'approfondir davantage et d'attirer Descaries
^ ^^ cour. Descartes, après avoir longtemps hésité, cédant à
ses Vires sollicitations, alla à Stochkolm lui enseigner sa phi<-
^^^^^phie. L'objection qu'elle avait faite à Descartes, par rinter-r
^^^aire de M. Channt, sur la difficulté de concilier arec le
^^^Haiiaoisme l'idée de l'infinité du monde, semble • pnouyer
4^ ^lle n'était pas incapable des études métaphysiques. Mfiis
^^ ^utde trois mois^ la mor{L lui enleva Descartes, qui ne pnl
^^isler au climat de la Suède, et au brusque changement dp
(1) Yoici un passage rtppoité paf l>uieur i^ U Yio de P^r^tt : k<j;S9 ^um ex Dci filiis pluris faccre quam oinnes phiios(^hos iQQge n^a^mçjs \o- ^QS mandi encomiaquc quibus eam bî cumulaverant , totidem sibi nunc causas esse vanitatum suarum prœteritarum memoria se bumiliandi. » ( De vita et seriptU Poireti commentariolum. En tête des Opéra posthuma , in-î». Amst., 1721.)
toutes ses habitudes. Vivaut, elle lui avait prodigué les mar*^ ques d'estime et d'admiration, mort, elle le pleura. Peu de temps après elle étonna l'Europe par son abdication et par sa con-version au catholicisme. Nous verrons les cartésiens fran-^ çais faire grand bruit de celte conversion, plus que suspecte, en faveur de la philosophie de Descaries et de sa compatibilité avec la foi.
Revenons à la Hollande. Il faut mettre, plutôt parmi les amis que parmi les disciples de Descartes, Cornélius Yan Hoogland auquel en parlant pour la Suède il avaii confié une partie de ses manuscrits. Il était professeur de médedae à l'Académie de Leyde, et il a dédié à Descartes un ouvrage intitulé : Cogitationes quitus Dei existentia et animœ immortaliias demonstrantur. Cet ouvrage prouve que soo intelligence de la philosophie de Descartes n'égalait pas son amitié pour sa personne, car il donne les explications les plus grossières et les plus matérialistes de l'union de l'âme et du corps, et n'admet d'autre preuve de l'existence de Dieu que les merveilles du monde. Dans tout le livre, il n'y a de caf-*tésien que la dédicace. Descartes a donc raison de dire de lui dans une lettre à la princesse Elisabeth : « Je ne crois pas môme qu*il ait jamais bien lu mes ouvrages. »
Réneri et Régius furent les premiers professeurs cartésiens de la Hollande , etUtrecht, la première université où la philo* Sophie nouvelle ait été publiquement enseignée. Rèneri élanl professeur à Deventer, l'avaitapprise de Descartes luinnôme, qui n'avait encore publié que le Discours de la Méthode, il la porta dans la chaire de philosophie de l'université d'Utrecht, et bientôt il lui conquit un jeune et brillant disciple dans la personne de Régius ou Pierre de Roy. Grâce à la méthode et aux principes de Descartes, Régius obtint un tel succès dans ses leçons particulières de médecine et de philosophie, que ses élèves enlhousiasmés formèrent une sorte de
ue pour son avancement et que runiversîté fut en quelque
te contrainte de créer pour lui une seconde chaire de mé-
cine. Ainsi, en 1638, un an après le Discours de la Mé^
le, déjà deux professeurs inauguraient avec éclat le car-
:Sani8nie dans l'université d'Utrecht récemment fondée
B, comme le dit Baillet, semblait être née cartésienne,
■leri mourut Tannée suivante, et un autre professeur de la
jne université , Emilius, mêla ù son oraison funèbre un
^[niGque éloge de Descartes, en rappelant l'amitié dont i
'ait honoré (1). Réneri mort, Begius devint le premier
vésentant de la nouvelle philosophie, et fut, au risque
* ^^Mi être le martyr. Nommé professeur de l'université, il
^^^•^ il aussitôt à Descartes, qu'il ne connaissait pas encore^
ï^^^"^:»rle remercier du service qu'il lui avait rendu sans le
^^^'^^^Dir, pour lui demander ses leçons et ses conseils, et le sup-
P^'^^^r de ne pas abandonner son propre ouvrage. Empressé
^ ^^>^^€QeiUir un si fervent disciple. Descartes, pour le former
^^ ^^ diriger, n'épargne ni le temps ni les conseils, il répond
^ Montes ses questions , ii corrige tous ses écrits , il le reçoit
^^^^■^s sa demeure avec sa femme et ses enfants. Pendant plu-
^^^^:^ j^ années, Regius se montra docile, et fut le disciple bien-'
Cependant, emporté par la fougue de son caractère,
d'une fois il donna prise à ses adversaires et suscita
^^^Cve lui et contre la philosophie nouvelle des persécutions,
4n* Il eût évitées, en mieux se conformant aux conseils de Des^
^^^tes. C'est ainsi qu'au sein de l'Université, il fit soutenir
V^r un de ses élèves, de Rsey, qui devint aussi un habile pro-
(1) Emilius était professeur d'éloquence , il fit imprimer avec Toraison funèbre de Kéneri un éloge dont voici le titre : Ad mânes dcfùncti qui cuni nobilissimo viroRenato Descartes, nostri saeculi Atlante et Archimede unico,
vîjdt conjunctissime , abdita naturae et cœli extima penctrarc ab eodeui
edoctus.
fessear caHésien, des thèses pubiiques^oà Ja phtioâophie et rËcoIe fat virement attaquée et tournée en ridicule* De là un grand tumulte dans l'assemblée excité parles profesBeurs péripatétfciens et leurs élèves.
A la tête de ces professeurs péripatëticiens était Gbbert de Yoet on Yoetius (1), qui venait d'être élu recteur île rUiUK versité. Arrêtons-nous un peu sur ce personnage, le plufl vi^ lent et le plus redoutable des adversaires de Descarten m Hollande « et le chef d'une secte de fanatiques léltleors d'Aristote et de Torthodoxie protestante* C'était un professeur de la Faculté de théologie, un prédicateur véhémettiel populaire, jouissant d'un certain crédit auprès des roagistraU et du peuple, par le zèle qu'en toute occasion 11 affichait pour la religion réformée et pour l'orthodoxie du synode de D^r-*drecht contre les arminiens , les papistes et tous les disaî*dents (2). Yoétius est un de ces types de fanatisme et d'hypocrisie, un de ces insulteurs et accusateurs d'office, que trop souvent on rencontre dans Thistoirc des Iut4es et des persécutions de la philosophie, c'est un Père Garasse du protesian* tisme. Il se fit le champion de toutes 4es anciennes dootriMf ; avant d'attaquer les cartésiens, il s^étail élevé avec la ptaf
(1) Tfëen 1593, professeur de fbéologie et de langues orientales ià Vacndémie d'Utrecht. Indépendamment de ses écrits contre Descartes, il a composé une foule d'ouvrages tbéologiques. Il est mort en 1685.
(2) Voici le portrait qu'en fait. Descartes dans sa Lettre au P. Dînet : (( C'est un homme qui passe dans le monde pour théologien , pour prédica^ teur et pour un homme de controverse et de dispute, lequel s'est acquis un grand crédit parmi la populace , de ce que déclamant tantôt contre la religion romaine, tantôt contre les autres qui sont di£férentes de la Renne , ci tantôt invectivant contre les puissances du siècle , il fait éclater un zèle ardent et libre pour la religion , entremêlant aussi quelquefois dans ses discours des paroles de raillerie qui gagnent l'oreille du menu peuple. » ÉdH. Cousin, tome IX, p. 34.
■raode viojLeOiCe coolre celui qui , le premier, dans i'Univer-
lé, avait «iDseigué la circulation du saug. L'intérêt de Tétai,
ïécole et de TéglUis, la perGdie, ia violence ouverte., les
lésea* les pamphlets, le$ dén<(Micialions à rUDiversité et aui
;J3trat8^ tout lui fui bon pour perd/e Deseartes. Ekép il
^it faisiDUé et répandu Taccusalian d'a4héisme dao« des
sur l'albéisme^ où il désignait, ^'il ae le nopimaît pas,
^u 5Lscar.te3i. Il semble qu'entre tous les philosophes, Descarte^
h jamais ^Ire à l'abri d'une telle accusation , mais eU0
xi plus propre que toute autre à faire impression $».f \ffi
irU3 ^ et c'e&t elle que Voétius cultiva de préféjr^pise.. En
me temps que l'athéisme, et sans beaucoup sa couder 4(à
dlier ensemble ces deux accusations, ii refM'oiàail à D^s-
tes la religion de son pays, il le représentait ^çotnipe un
^Qf un amiyUnespion desjésuUeSf nm méchant jésuite^/cm-
Ser^da^gereux pour les lois et la religion xle la Haliande (1).
^taJAsi qu'llcbecfibait à exciter les esprits contre la pbilo*
iMNUveUe et conire Descartes. Mais, lavantde s'<atta4Uf r
^^oacartes lui-même, il voulut le frapper 4ans la ^lersofio^
4B0D disciple.
:Ahèses:de!EegHi8,îl en «opposa d'autres où M faisait sou-
:cpie Je mouvement 4e la terre est évidemmeirt con^aire
^ *^^3Ëcr)iilufe «aiote, que la physique qui Tejetie les form«s
'^'^'^^A^^fBlaatielles, ne peut saceorder avec Hol^e, que l'opinion 4e
qui easeigaent que Thomme composé de fume et du
\\) Tfiéaiimoins ce saint réformé, comme l'appelle Descartes, ne s*éttûjt pas tait sernpdle d'écrire à un moine catholique (au P. Mersenne) pour lui proposer de faire cause commune avec lui contre Descartes , comme contre l'ennemi commun de toute religion. Mais il s'élait mal adressé, ne connais- Mot pi^,|iai\s dpute rl'fwiiiié du P. Mersenne >pouff Descairles. Le P. ffe^tenne envoya la lettre de Voëtius à Descartes qui en tira bon parti conjtre T/bypocHsie de son adversaire.
corps esl un être par accident et non de soi-même, est absurde et erronée. Celte dernière proposition , qui fut sévèrement blâmée par Descaries, s'était glissée dans la discussion des thèses de Regins, et Yoêtius ne manqua pas d*en tirer parti. Enfin toute cette philosophie était représentée comme dangereuse et favorable au scepticisme. On pense bien que dans la discussion ni Regius ni Descartes lui-même ne furent ménagés. Regius s*empressa de transmettre à Descartes le récit de toute Taffaire et un plan de réponse. Descartes le blâme d'avoir heurté TÉcole de front, et lui conseille de ne pas répondre ; que sMi persiste néanmoins à faire une réponse, il doit la faire dans les termes les plus modérés et rétracter cette proposition malheureuse , que Fhomme est an être par accident. Regius ne suivit qu'à moitié les conseils de Descartes, il fit une réponse convenable et modérée dans la forme, mais dans laquelle il ne rétracta rien (1), et qui, comme Descaries l'avait prévu, irrita encore davantage Voëtius et ses partisans. A force d'intrigues, Voêlius parvint à obtenir des magistrats une sentence qui ordonne à Réglas de se renfermer dans ses leçons de médecine, et lui interdit les leçons particulières, en même temps il réussit à faire condamner sa réponse et la philosophie nouvelle, philosaphia nova et prœsumptaj par la majorité des professeurs dans l'assemblée générale de l'Université, comme contraire k rancienDC et à la vraie philosophie, comme détournant la jeunesse de l'élude et de Tinteiligence des termes scholastiques sans quels il est impossible d'arriver au comble de Vérudition , enfin comme conduisant au scepticisme et l'irréligion (2).
(i) Responsio seu notse ad corollaria theologico-philosophica, etc.
(2) Voir ce jugement rendu le 16 mars 1642 dans la lettre de Descai au P. Dinet.
^OD content de ce premier succès, après avoir frappé le ^^'^^iple, Yoëtius songe à porter ses coups plus haut et à fraple maître. Cependant, n'osant pas lui-même entrer en ,il met en avant un de ses élèves, Martin Schoockius,qui, s sa dictée, écrit contre Descartes un livre dilTamatoire fnlé : Melhodus novœ philosophiœ Renati Descartes^ où Des- €es était accusé d'athéisme et comparé à Vanini. Descartes ^nd par une lettre (1) , adressée non pas à Schoockius, Ss à Yoëtius, comme au véritable auteur du livre. Dans cette ■re, avec une admirable force de bon sens , d'ironie et de V«ctique, il mettait au néant toutes les calomnies contre sa ^^sonne et sa doctrine , et démasquait son ignorance , son ■*^y'B=^^>crisieetsa mauvaise foi. Yoëtius redouble de fureur, il ^* *"<^^Dovient les magistrats, obtient une sentence qui condamne •me diffamatoire, la lettre que Descartes lui avait adres- ^t celle au Père Dinet où, à propos du Père Bourdin , Scsartes racontait toute sa querelle avec Yoëtius, et faisait ^*^ iMrtraît peu flatté de son adversaire. Descartes lui-même, me un criminel, fut cité au son de la cloche, à compae sous la double accusation d'athéisme et de calomnie.
iCB^
dire devenait grave, et, à tout le moins, Descartes ris- ^^^ît-il d'être condamné à une forte amende et de voir ses ^■*^s brûlés par la main du bourreau. Déjà même Yoëtius ^^^îi fait, dit-on, un marché avec le bourreau pourquoi
(^) Lettre à Gisbert Voët sur deux livres récemmenl publiés à Utrech-
P^r Voët, l'un sur la confrérie de Marie , l'autre sur la philosophie cartét
**^iUle, petit in-12. Amst., 1643. Dans son Commentaire sur le Discours de
** Méthode, le P. Poisson dit de cette défense de Descartes : « Sans doute
*^ Savant homme n'a dit que la vérité, lorsque parlant de l'apologie où
* *^escartes se plaint de Voêtius, il juge que Descartes n'eût pas été moins
*^^^ait orateur qu'excellent philosophe , s'il eût voulu donner à l'étude de
^*^<îuencc une partie du temps qu'il a employé à la recherche de la na-
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n'épargnât pas le bois dan» le bûcher et qQ*on vtt la flaftime de loin. Henreusement Deseartes, qui alors fie résidait IM9 dans la proYisce d'Utredit, fot informé à temps de eeCle inique procédure, et la fit casser par la protection de raili«* bassadear de France et da prince d*Orafige. Lui-mémô dttM une lettre , no» moins ferme et éloquenleqae celle ft VdéfîM, avait demandé satisfaction aut magistrats , protestant contre Tmiquité de leur sentence et de leurs poursuites, et contre l'interdiction de tous les ouvrages en sa faveur (1). Les më^ gîstrats de la ville d^Utrecht furent blâmés par les Étals de la province. Encouragé par ce premier succès, Descartes, èp sek tour, reprend Toffensive et cite Schoockius comme catoflMiia^ teur devant le sénat académique de runiversilé de Gronin^e» où il avait été professeur. L'affaire tourna à la confnsioi^ de Voétius; en effet, Scboockius se défendit en l'accusant d'«fOir falsifié sén manuscrit et d'y avoir ajouté de sa main la eom-* paraison avecYanini, déclarant que, quant à lui, il ne tenaH nullement Descartes pour un impie et pour un athée sem^ blable à YaniDi. Ces protestations et ces rétractations furent consignées dans la sentence! du sénat qui engagea Descaties à s'en contenter. Descartes sortit donc avec honneur et nvifù^ tage de sa querelle avec Yoétius, et put continuer à vivre et à philosopher en paix au milieu de la Hollande.
Mais bientôt il fut obligé de désavouer hautement celui qui avait été non pas le martyr, mais au moins le premier confesseur de sa philosophie. En effet Regius, qui lui avait toujours donné beaucoup d'exercice pour le retenir , devenait de plus en plus infidèle au véritable esprit de sa philosophie , surtout depuis qu'il s'était mis à dogmatiser sur la nature de l'âme raisonnable. Pendant un voyage que Descartes fit en France,
(1) Lettre apologétique aux magistrats de la ville d'ilrecht.
^à «ontmença de s* affranchir tout à fait de son aatorité ei de conseils» en dressant les essais d'une philosophie à sa mode, l^endant, une dernière fois encore, il fit preuve de déférence '^ers son maître en loi soumettant son ouvrage. Mléconteot nombreuses hérésies, qui y étaient contenues , Descartes ondit qu'il ne pouvait lui donner une approbation gêné-* ^. Begiua ayant répliqué et cherché à justifier son ouvrage, «cartes répliqua plus durement : <k Qu'il n'était pas encore ^ez versé en mécanique et en théologie pour en écrire et Jl ne voulait pas qu'il le rendît participant de ses égarem{» ea métaphysique ni de ses visions dans la physique et la médecine, d Regius piqué s'affrandiit de toute sou*^sion , et passa outre, disant dans une lettre dont plusieurs étaient injurieux pour Descartes , que rien ne Toit à refuser T impression d*un ouvrage dont on pouvait r quelque ulilité. Il le fit donc imprimer sans rien y cor«sous le titre de Fundamenta physicœ^ en 16&6. Descarie désavoua dans la préface de la traduction française des wicipes (1). On peut juger à quel point Regius s'écartait de octrine du maître par un petit livre, qu'il publia l'année 4inte Âous le tilre d'Explication de l'esprit humain ou de raisonnable , où Von montre ce quelle est et ce qu'elh M être. Il le réduisit en vingt-un articles, qu'il fit afficher les murs d'Utrecht en forme de placard, s'engageant à les i.enir contre tous , suivant l'ancienne mode des universi- C^)«Oneneâtpris l'auteur plutôt pour un disciple de Hobbes
v^i « A cause qu'il a mal transcrit et changé l'ordre et nié quelques ventés de métaphysique sur qui toute la physique doit être appuyée , je ** ^Uis obligé de le désavouer entièrement et de prier ici les lecteurs qu'ils ^^ ^« m'attribuent jamais aucune opinion , s'ils ne la trouvent expressé- ^^ ïftent en mes écrits. »
(2) Édi». Cousin, t. X, p. 75.
ou de Gassendi que pour un disciple de DescarCes. Car il s'engageait à soutenir que Tesprit peut être un mode de la substance corporelle , et qu'il n'y a de preuve de Texislence de Dieu que l'observation des choses extérieures ou la révélation. Gela suffit pour montrer comment Regius changeait le spiritualisme de Descartes en un grossier empirisme. Descartes crut devoir encore désavouer Regius , qu'on était accoutumé à regarder comme son organe , et fit paraître une forte et incisive réfutation de tous les articles du placard (1). Telle est l'histoire abrégée de ce que les cartésiens appelèrent le schisme de Regius , comparant son ingratitude à l'égard de Descaries, à celle d'Aristote à Tégardde Platon, et de Maxime-le-Cyniqne à l'égard de Grégoire de Nazianze.
L'université de L.eyde, comme celles d'Ulrecht et de Groningue, était aussi déjà agitée parla philosophie nouvelle. Introduite par Heerebood^ professeur de théologie, et par Jean de RsBy, professeur de philosophie , elle eut à lutter coQlre d*autres Yoétius dans la personne des théologiens Revins et Triglandius, qui firent en 16&7 soutenir des thèses publiques où Descartes était accusé d'avoir avancé qu'il faut douter de Texislence de Dieu et que Dieu est un imposteur. Descartes s'adressa aux curateurs de l'université et aux consuls de la ville pour demander justice de ces calomnies. Ceux-ci , dans l'intérétde la paix publique, pensèrent ne pouvoir faire mieux
(1) Reiiati Descartes noise iu programma quoddam sub fincm anni 1647 in Bclgio cililum cmn hoc litulo : Explicatio mentis humanœ sive antmœrationalis, ubi ejpplicalur quid ait et quid esse possit. Il y traite Regius avec beaucoup de hauteur et de dureté, et termhie par ce nouveau désaveu : « Je me sens obh'gc d'avertir ici tous ceux qui le tiennent pour un grand défenseur de mes opinions, qu'il n'y en a presque aucune, non seulement en ce qui concerne les choses métaphysiques, mais aussi en celles qui concernent les choses physiques, qu'il no propose mal o\ dont il ne corrompe l** sens. »
Qt:*^ d^interdire dans l'université toute mention de Descarie ^^ ^e ses opinions. Mais Descartes , mécontent ù bon droit ^^ ^elte décision, qui équivalait à une proscription de sa doc- '**■ «^e, insiste pour une réparation plus sérieuse, et comme s l'affaire d'Utrechl, il s*adressepar l'intermédiaire de Tam- 2sadeur de France au prince d'Orange. Grâce à Tinterven- ^■^'^^^ do prince, cette fois encore il obtint quelque satisfaction, théologiens furent invités à s'abstenir de toute injure tre Descartes, et les curateurs de TUniversité déclarèrent leur intention n'avait pas été de proscrire les opinions de cartes , mais de prévenir les querelles dans le sein de Tu- *^*^«r8ité.
*^S?elles sont les luttes personnelles que Descartes eut à sou-
^^ ■^ îr en Hollande , où il fit en même lemps preuve d'esprit ,
^ <2onduite , de fermeté et de courage. Il en est sorti vain-
**^^^mir; mais si, au lieu d'être riche et gentilhomme, il n'eût été
^^^*^Jn professeur de Leyde ou d'Ulrecht, s'il n'eiit été protégé
*^***^ l'ambassadeur de France et le prince d'Orange, proba-
^^>ienl il eût succombé sous les coups des Voëtius, des Revins
^* -^«Triglandius.
es progrès de sa philosophie en Hollande ne furent pas
dms rapides après sa mort que pendant sa vie. Pendant près
^ •^ demi-siècle, toutes les églises et les écoles de la Hollande
^^nt troublées par les luttes des partisans de l'ancienne et
«41 nouvelle philosophie. Dans toutes les universités hol-
^^aises , dans les universités voisines de l'Allemagne , dans
elgique espagnole, nous trouvons des professeurs carte-
ls de philosophie, de théologie , de physique , de méde-
^^ et de mathématiques. Passons-les rapidement entrevue,
^^l de consacrer une élude spéciale, à ceux qui en sont di-
^3 par l'importance de leur rôle ou l'originalité de leurs
^^rines. AUtrecht, déjà nous avons fait connaître Réneri et
^"^^^ius. Nous nommerons encore Jean de Bruyn, professeur
de philosophie, qui y expliqua publiquement, sans aucuo eœpôchemenl des curaleurs , les ouvrages de Descartes (1) ^ Pierre Burmaun , professeur de théologie, qui fut recteur de rUniversiléy et Lambert Welthuysen, quoiqu'il n'appartienne pas à rUniversité, mais seulement à la ville d'Utrecht. Wel-*. thuysen n'était ni théologien ni professeur, comme il le AU dans la préface d'une dissertation sur le mouvement de la terre « privatu$ , ab omni administratione publicorum muiia-^ rum alienus^ liber in libéra republica^ non theolog%u. Ses divers écrits portent la trace d'une indépendance absolue ; il se distingue par la hardiesse de son rationalisme appliqué aàx Ecritures et par une tendance à Tempirisme qui le rapproche de Regius. Il s'est même fait accuser de hobbisme pour sa tendance à rapporter la morale tout entière au principe de la conservation de soi-même, et il est plutôt cartésien pour la physique que pour la métaphysique. Il a composé plusieurs dissertations sur le mouvement de la terre, sur l'usage de la raison dans les choses ihéologiques , il a réfuté Meyer et Spinoza , mais avec une si grande bienveillance, qu'il s'est rendu suspect de pencher en leur faveur, et qu'il s'est attiré Taccusation de socinianisme. On le voit en lutte contre les plus violents adversaires du cartésianisme, et les préfaces de sea nombreux Traités ou Dissertations contiennent les plus intéressants détails sur l'histoire du cartésianisme en Hollande (3),
(1) 11 est l'auteur d'un ouvrage intitulé : De cognitione Dei ttaturali duputatio.
(2) Tous ses ouvrages ont été réunis et publiés ensemble. — Lamberti Welthoysii ultrajcctini opéra omnia ante quidem separatim tam belgice quant hAine, noue vero conjunciim latine édita , quibus accessere duo IraetiUis novi, hactenu9 inoditi, prior est de articulis fidei fundamentalibus, aller de cultu naturali , oppositus tractatui theologico politico et operi posthumo Benedioti de Spinoza. Rotterd.. 1680, 2 vol. in-i®.
Jlfai9 si l'université d*Utrecht peut se vanter d'avoir eu, la
pretxi.iëre«i un enseignement public de la philosophie de Des^
carftes, Leyde, la plus florissante université de ta Hollande
au !X.^I1® siècle, Ta emporté par le nombre et le talent de ses
professeurs cartésiens. Là nous rencontrons les noms de R^y,
^ Ueereboord , Heidanus, Wittichius, Geulincx, Yolder. Le
carl^sianiame y fut introduit par Jean de Haey , professeur de
mâdecine et de philosophie ^ et par Heereboord, professeur
à« tliéologie. Élève de Regius , de Baey fut plus fidèle à De»*
^^l'ies que son maître, et instruit par son exemple, il se garde
^^ licmrter TËcole de front. En effet , dans la préface de so»
<^vrage sur la philosophie naturelle, il annonce qu'éclairc-
^^^ X>escarte8, il ne veut pas détruire, mais purifier la scbo-
'^Mi<||;i0^ jl prétend même retrouver la matière subtile dan»
•'^^lote , et il donne à sa doctrine le titre d^aristolélicoHXW''
^<«nne (1). C'est lui qui eut la gloire d'initier Clauberg ao
^^^anisme. Dans la préface de sa logique, Clauberg rap-
^ (« que Descartes le louait d'être celui qq^i enseignait le
Ux sa philosophie (2).
^ . -4eereboord ne fut pas un moins habile et moins zélé prëj ^ ^^^ leur du cartésianisme. Il a publié un grand nombre de ^^^^^«urs et de thèses sous le litre de Meletemala philoso- ^ ^3). Si le nom de Descartes , alors proscrit par un dé-
"^ des curateurs de TUniversité, ne s'y trouve pas, son es- ^ * ^ y est partout* Sans cesse il proteste contre le joug d'Azote et réclame la liberté philosophique. Tel est le strjel
. « ^ "^ 3 Clavis philosophie naturalis , seu introductio ad naturae contempia- ^^m aristotelico-cartesiana, auctore Jeanne de Rœy, medicinae doctore.
^.'Batav,^ 1654, petit in-4o \^) Quem ipso philosophas ornavit iestimonio quod suam optime docerci ^*»osophiani.
\^) Meletemata philosophica maximani partem metaphysica, 1 vol. in-4^,
d'un remarquable discours, De liberlale philosophandU quH prononça en 16&7. Dans la préface des Melelemata , il prévient le lecteur quMl ne fera pas parler seulement Arislote el saint Thomas 9 mais aussi Palricius, Ramus et Descartes, car il n'est ni le mctstyx , ni le martyr, ni le momu$ oo ie mimus d* aucun philosophe. Dans une lettre aux curateurs de rUniversité, qui suit celte préface, il se plaint qu'au mépris de leur décret , auquel il n'a pas cessé de se conformer , les théologiens Revins et Triglandiusont fait soutenir des thèses contre Descartes, et il raconte que, dans une de ces thèses, le président furieux ayant enlevé la parole à l'opposant, de RaBy, les étudiants prirent le parti des cartésiens et qu'il y eal uo grand tumulte dansTCniversilé. Heereboord avait été aussi attaqué dans ces thèses, et à force de plaintes et de réclamations, il obtint, par une sorte de compensation, de faire soutenir une thèse cartésienne sur la connaissance naturelle de Dieu par l'idée que nous en avons. Après Heereboord , nous trouvons encore dans la# même université un professeur de théologie non moins zélé, Abraham Heidanus.
C'est Heidanus qui recueillit et protéga Geulincx obligé de fuir de Louvain, et qui lui obtint le droit de donner des leçons particulières dans l'université (1). Il n'est pas de traverses et de persécutions auxquelles Heidanus ne se soit bravement exposé pour Tamour de Descartes. Les Yoétiens réussirent, en 1676, à force dMntrigues, non seulement à faire condamner vingt propositions soit philosophiques soit Ihéologiques (2) qu'ils prétendaient fidèlement
(1) IHctionnaire critique de Baylc, art. Heidanus.
(2) Voici les propositions philosophiques : Que la philosophie est séparée de la religion, — que le monde est sorti de certains principes comme de semences, — qu'il est infini, — que lame de l'homme n'est qu'une pensée, en sorte que l'homme pourrait vivre et se mouvoir sans eilc , — que Dieu peut tromper s'il veut,— qu'il faul douter do tout, même de l'existenee de
eKlr«iile8 de son cours e( de celui de Yolder, professeur de philc>8ophie9 mais encore à faire défendre par les bourgmestres de la ville et par les curateurs de runiversilé à tous les professeurs d'enseigner la métaphysique de Descartes, soit en public soit en particulier, ni d*en tirer aucune thèse, sous P^ÎQe aux contrevenants d'être déposés et chassés de funi* versiCé. Heidanus avec Yolder et Wiltichius, alors professeur ^^ Ibéologie à Tuniversité de Leyde, protestèrent par un ^crii qu'Heidanus voulut prendre tout entier sous sou nom ^^ sa responsabilité (1). Aussi fut-il destitué de sa chaire de PHîlosophie, tandis que Volder put, avec un peu de circon- ^P^etion, continuer à enseigner le cartésianisme, et plus tard, ^^ 1690, faire attaquer, pendant trois années successives, par ^^ thèses de ses élèves, tous les points fondamentaui de ^ ^«nsur« de Huet (2).
,» ^ jugement rendu contre Schoockius nous a déjà montré
^•^îversité de Groningue favorable à Descaries. Presque tous
|)rofesseurs, selon Wellhuysen, y étaient cartésiens. Il
^& signaler Maresius, professeur de théologie, qui a traduit
l«tin le Traité des passions, Jean Gousset, savant orien-
^ ^^te, auteur de plusieurs dissertations en faveur du carié-
^^isme (3). Mais le plus remarquable de tous les professeurs
^^5 — que les hommes ont une idée complète de la divinité, — que la philo- ^*^ie est rinterprète de l'Écriture sainte , etc. (Voir TÉloge de M. de Voldans la Bibliothèque choisie de Leclerc (18* volume).
vl) Gonsiderationes ad res quasdam nuper gestas in Academia, Lugduni- ^^*^vorum.
CS) Parmi les professeurs cartésiens de cette université , nous citerons ^^«re Granen , célèbre médecin , auteur d'un ouvrage intitulé : OEconomia ^^^^tnalis ad drculationem sanguinis breviter delineata, où il suit fidèlement *^scprtes.
(3) n est l'auteur de deux dissertations intitulées : Gartesianum mundi
cartésiens de cette aniversité est Tobie André, pnsfMsevr d'histoire et de langue grecque (i). H défend k Ja fou Des*earles oontre le théologien &e?ias et contre Regius, le dis*ciple infidèle, ne voulant pas qu'on abuse de fes erreurs, contre la philosophie de Descartes (2). Il traite Begius avec douceur, et comme un frère égaré, il rend justice à ses bonnes intentions, à son amour pour la liberté philosofilriqae, mais il le déclare un déserteur du cartésianisme. In prima pAslosophia^ iisque quœ ad res spiritualeSy mentem kumanam Deumquê speelant, manifestus est cartesianarum Sênientia^ rum deserlofy demonstrationumque ejtis oppugnator. A l'iégard de Revins, il ne garde aucun ménagement, et, par jnrtes x«*présailles, il prodigue les injures (â). Il cite d'abord lextuellemenl les articles du placard de Regius, et à eM6 tes notes ou la réponse de Descaries, puis la réplique de Aegîna, et en dernier lieu il place sa propre réfutation 4e eette réplique à laquelle Descartes n'avait pas jugé à propos 4e
systema non ut quidam existimant periculosum esse. — Gausarum prinne et seGUBéonun realem operationem rationibus oonfirmatam et ab obiediombus defeosam. Amst.., 1696.
(1 ) Né, en 1 604, à Brauodfeld dans les provinces xliénanBi. U^fie$ éludas à Hcrbom et à Brème et devint professeur à l'Université, après avoir été précepteur particulier dans la ville de Groninguc. Il mourut en 1674.
(2) Brevis replicatio rcposita brevi explicationi mentis humanœ tire aaimse rationalis Henrici Regii, notis Cartesii in programma ejusdcm ngiamenti firmandis veritatique magis illustrandœ, in-12^ 1653-— ^Idem professer, dit Weltbuysen, coUcgia super Gartesio habet, publicisquc disputationîbus opiniones ejus propugnat. (Opéra omnia, tom. II, p. 1040.)
(3) Revins fut un des plus violents et des plus infatigables adversaires de Deseaites en HoHande. Aucun autre n*a fait soutenir plus de tbèses , ni publié plus de livres ou de pamphets contre la philosophie noufl^cfne. Vous citerons : MHhodi cartesianœ eonstderatio theohgica, — StfUera phiIêtopMK earteiianœy — Furiosum nugamentum, contre le doute méthodique. — Àm9i'
répondre. Tobie André dans cette discussion réUblii {Mirfaitemeni le vrai sens de la philosophie de Descartes contre Revias et Begias.
L'université de Franékère était aussi un foyer de carte-
siaftisme et en même temps de théologie rationaliste. Le
cartésiaiiisme y fut introduit par Alexander Roellius qui le
démontra dans deux dissertations, Tune sur la religion
naturelle et l'autre sur les idées innées (1). Là nousren-*
^controns encore Biiardus Andala , professeur de philoso-*-
phie (2). Il cherche à conserver dans toute sa pureté la pbi^
lofophie de Descartes , il combat les excès dans lesqueb
sottt témbés quelques-uns de ses disciples, et il a composé
yloflîrars dissertations p\m remarquables par le bon sens que
]par la force contre Geulincx, Deurhoff et Spinota (3). Il
ddmet que la conservation des créatures n'est qu'une créa-
Cion continuée, qu'elles dépendent absolument de Dieu, non
seulement in 7& esse^ mais aussi in t£ operari^ que tous les
amoaveroents de notre corps et toutes les pensées de notre es-
S^rii viennent de INeu, et néanmoins il aoulient la réalité des
^^uses secondes et l'action de l'âme sur le corps. 11 a défendu
<2ontre Leibnitz la nolion cartésienne de la substance, ren^
"^^oyant à Leibnitz lui-même le reproche d'oavrir ies voies
^11 spinosisme. En général, il paraît ne pas avoir Irès-liieii
^^ompris Leibnitz, sinon il ne s'aviserait pas de hû conseiller,
^ ri terminant, de renoncer à la philosophie, sous {irétexte que
1 ^^s mathématiciens ne font que Tembrouiller et a'enlendeol
^'ien eux choses purement physiques ou méiafhysiqaea.
(1) Institutiones pJiilosopihicae de théologie noturali ^ie«0l de idei» isna- ^« una. Frm. 166Î.
<2) Ruardus Andala est né en 1665 dans <la Frise, il a professé « Franél&ère ^^vis ITia jusqu'à 1727, aimée de sa BMrt.
(3) Dissertationum philosophicarura Pentas, m-^^ f^ranelnrwt 1T13.
Balthazar Bekier, dont il sera question dans le chapitre suivant prit à Franékëre son titre de doetear et exerça pendant quelque temps les fonctions de prédicateur dans les environs de cette ville.
Fondée par le prince d*Orangeen 16&6, Técole illustre de Bréda fut cartésienne dès Torigine. C'est un ami de Descafles M. Pollot qui fut nommé à la chaire de philosophie et de mathématiques. La philosophie y fut aussi enseignée par le pasteur Jean Schuler. Jean Schuler est animé de Tesprit cartésien, il reproduit la plupart des doctrines de Descartes^ mais il évite de le nommer, sans doute par crainte des décrets de quelque synode (1). Nimègue, Harderiwick, Duisboarg, Herborn, universités hollandaises ou voisines de la Hollande, furent aussi cartésiennes. Wiltichius a enseigné à Nimëgae avant d'enseigner à Leyde, et Glauberg a fait triompher la philosophie de Descartes dans les deux universités d'Herbom et de Duisbourg où il a été successivement professeur.
Le cartésianisme s'établit dans la Belgique espagnole comme dansIaHollande.il triompha à Louvain, en dépit du nonce apostolique et des jésuites, comme à Utrecht et à Leyde en dépit des théologiens réformés. En 1652,Plempius, professeur de më-* decine dans cette université, provoque tousses collègues à proscrire Descartes au nom de la paix, et même au nom de la saolé publique, compromise, selon lui, par les applications à la médecine des principes de la physiologie cartésienne (2). A Tappel de Pemplius, trois professeurs en théologie censurèrent individuellement la doctrine de Descartes, l'accusant de repro-
(1) PhUosophia nova methodo eocplicataj iii-14o, 1663. La Haye.
(2) « Talia taoquam vera adolescentes docere, imprudenter agitur, imo addo et reipublicœ pemiciose. Juvenes enim illa doctrina infonnati ad altiores scientias capessendas sunt inepti . Amplius dico vitœ suae et valetudini est nocitura. » Fundamentum medicinœ, in-4o. Lov., 1654.
Jaire celle de Démoerite el <rétre incompatible avec le sa-^ <;rementderEucharistie(l).Mais Tun d'eux, le docleur Lupus ou Wolfs, se rétracta plus lard et revint à Descar^s, faisant plus de bien par cette rétractation à la philosophie nouvelle, qu'il ne lui avait fait de mal en la condamnant. Cependant^ en 1662, à Toccasion d'une thèse de médecine cartésienne, l'Université elle-même rendit un décret contre le cartésianisme, sur la dénonciation du nonce, apostolique Jérôme ^ecchio. Voici un passage de cette dénonciation : « Étant donc nécessaire d'apporter remède à un mal qui gagne peu â peu, je vous recommande bien fort que vous consultiez les c^locteurs en théologie et autres personnes prudentes pour la discussion de cette thèse, et que si on y trouve quelques propositions qui ressentent les erreurs de Descartes, vous fassiez ^Séfense de soutenir la thèse, ou que vous ordonniez au moins <X^® 1®^ propositions qui contiennent les nouveautés de Des- <?artes soient rayées (2). »
Néanmoins le cartésianisme avec plus ou moins de ré- ^^rve, avec ou sans le nom de Descaries, continua d'être ^Kiseigné dans cette même université. Dans la Vie de Des-c^Mfies^ Baillet dit que , depuis quarante ans, cette univer- ^ii.é n'est presque composée que de cartésiens, malgré les l^^S^ments de certains docteurs en 165iSi'« Rohault nous apï^*"«nd aussi que la doctrine de Descartes, autrefois rejelée P^r fécole de Louvain, y est maintenant bien reçue et que, '■^ seize professeurs, il y en a quatorze qui renseignent (3).
^1) C«s censures ont été publiées parPemplius à la suite du Fundamen- ^•»» medicmcB.
^2) Voir le Mémoire de M. Cousin sur la persécution du cartésianisme. C3) Premier Entretien de philosophie. Nous citerons parmi ces profes- ^^l?s, Van Gutschoven, professeur en théologie, qui fit soutenir des thèses ^^r la conformité de Descartes avec Arislote et sur la compatibilité du mou- ^^ïnent de la terre avec l'Écriture.
AjouloDS qae Toniversité de Loavain s*edt signalée en t ologie, dans le XYII^ siècle, par un certain esprft d*hl< pendance el par une tendance aat doctrines de Jan nias, qai souvent la mit anx prises avec les nonces Bruxelles et avec les jésuites (1). Ainsi dans la Belgi^ comme en France, on vit le jansénisme s'allier avec le car sianisme.
(1) Ârnauld se plaint souvent dans ses lettres de la servitude que Lej temonees de Bruxelles voulaient imposer aux docteurs de Louvain.