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logiens dissidents qui inclioaient, môme abstraction faite de toute philosophie, h une interprétation pins libre des Ëcritores, et à accorder une part plus grande à la raison et à la liberté, faire cause commune avec le cartésianisme ou du moins sympathiser avec lui. Les arminiens et les sociniens s'appuyaient volontiers sur la philosophie nouvelle. De là il arriva que les théologiens orthodoxes, dans leurs analhèmes, confondirent le cartésianisme avec toutes les sectes religieuses dissidentes qui tentaient d'ébranler l'autorité des Écritures et des synodes. La secte religieuse qui agitait alors le plus vivement laHollande était le coccéianisme. Elle avait pour chef Jean Goccéius» professeur de langues orientales à Franékère, puis à Leyde, qui avait imaginé une explication nouvelle et symbolique des Écritures, par laquelle il s'écartait de l'exégèse et des dogmes généralement adoptés dans l'église réformée. Non seulement Goccéius ne s^était pas lui-même occupé de philosophie, nais même il s'était montré peu favorable à la philosophie de Descartes, dans l'uni vers! téde Leyde. Mais comme les coccéiens mi les cartésiens avaient h lutter contre les mêmes ennemis, les coccéiens étant accusés de cartésianisme, tandis que les théologiens cartésiens étaient accusés de coccéianisme (1), il se Gt nalurellement entre eux une inévitable alliance contre les Toétiens. On était donc nécessairement b la fois coccéien ^t cartésien en Hollande, comme en France janséniste et cart.ésien. L'accusation, plus grave encore, de socinianisme ne Sjii pas épargnée aux théologiens cartésiens qui tentaient ^'accommoder la foi avec la raison.
Presque tous les théologiens et les philosophes cartésiens de In llollandeont écrit sur le texte de l'accord de la raison et delà foi, presque tous ont entrepris de démontrer la conformité do
(1) Disscrlatio de cartcsianisiuo et cocccianismo Beigin infcnsis, par Vaî Aîberlus theologus Lipsiciisis. Upslœ^ 1678, i?T-'i<\
Tune avec l'autre. Pendant le feu des disputes cartésiennes, cettç question agita d^une manière particulière certaines aniversités,parmi IesqueHes,je citerai celle de Franékère.En 1686, les rationalistes y firent soutenir la thèse suivante qui eut le plus grand retentissement: ceux-là se trompent qui disent que si la raison nous dictait quelque chose d'opposé à rËcriture, il faudrait plutôt en croire TÉcriture, comme si l'Écriture et la raison pouvaient être opposées, ou que deux choses contraires pussent être toutes deux vraies, ou, comme si ce qui est contraire à la raison pouvait être véritable. Ces tentatives pour accorder la raison et la foi engendrèrent de grandes hardiesses rationalistes. Quelques-uns, tels que Meyer et Balthazar Bekker, osèrent établir cet accord, à l'avantage de la raison et au préjudice de la foi (1). Dans Técole cartésienne hollandaise, les antécédents n'ont pas manqué au Tractalus theologico-politicus de Spinoza.
Il ne faut donc pas s'étonner si les théologiens orthodoxes poussent des cris d'alarme, accusent les cartésiens de vouloir abolir lemagisterium iheologiœinphilosophiam, et s'ils prodiguent les accusations d'impiété et de socinianisme. Sous leur influence, des synodes se rassemblent et s'efforcent d'arrêter cet envahissement delà théologie par la philosophie. En 1656, on synode de Dordrecht décrète : que la philosophie sera séparée de la théologie et que les théologiens devront se garder d'employer les raisonnements de Descartes, soit dans leurs écrits, soit dans leurs leçons, soit dans les thèses publiques. La même décision est renouvelée Tannée suivante dans le synode
(1) Disputalio philosophica inaugiii'aiis de recta ratiocinatione quam publiée defendendam prnponit Duker. — Voir dans le tome VI de la Bibltothèque universelle de Leclerc l'histoire de cette dispute touchant les moyens de connaître la divinité dos Kcritures . dans laquelle interviennent Alexandre Roell. Ruardus Andala et Gérard de Vries d'Ulrechf.
de Deift qai déclare en outre qae nulle chaire ou dignité ecclésiastique ne sera accordée à quiconque ferait profession de cartésianisme (1). Plus tard , sous le rectoral de Pierre Burmann, professeur de théologie cartésien, les ministres d'Utrecht avertissent les familles, par un décret en langue flamande, de se garder , sous peine de leur salut éternel , d'envoyer leurs enfants dans cette académie où règne la philosophie de Descartes, source infectée de matérialisme et d'athéisme (2). Après la publication du theologico-politicus , la faction voétienne réussit à provoquer de nouveaux décrets de proscription dans les universités de Leyde et d'Utrecht. De toutes parts les anti-cartésiens font retomber sur Descartes la responsabilité des doctrines de Spinoza (3).
Hais tous ces décrets sont impuissants à arrêter les progrès ^u cartésianisme. Là où ils ont le plus de force, on les élude «n s'abstenanl de prononcer le nom de Descartes , tout en «continuant d'enseigner sa doctrine. Ceux des synodes ne s'adressent qu'aux théologiens, ceux des universités n'ont C|a'une autorité locale et ne s^étendent paa jusqu'à l'université voisine. En outre on peut leur opposer des décrets conl.«aires d'autres synodes, d^autres universités, et quelquefois des mêmes universités. Aussi sous une forme ou sous une «tmtre, avec plus ou moins de réserve, le cartésianisme conti-
(1) Brucker, tome V, p. 265. — Buhle, tome III, p. 314.
(2) Commentatio de R. Gartesii commercio cum philosophis belgicis iqae philosophise illius tcmporis in nostra patria ratione , petit in-4o. Ce
^^K'^rail qui a remporté le prix sur cette question mise au concours en 1827 t^^T l'académie de Louvain, est malheureusement fort incomplet et ne nous ^ fourni que bien peu de renseignements.
(3) Joh. Regii Gartesius verus Spinozismi architectus. Lewavden, 1718. "Uardus Ândala répondit par : Gartesius verus spinozismi cversor et phy ^*C3B expérimental is architectus. Franck., 1719.
nua-l-il à être enseigné dans presque toutes les aniversHés de la Hollande.
Nous pouvons attester cette impuissance des arrêts portés contre la philosophie de Descartes, en Hollande^ par un grand nombre de témoignages de ses amis et de ses ennemis. Descartes, dit Bekker, d'abord partout repoussé comme un enne-mi perfide, est aujourd'hui reconnu comme un ami et de tous les côtés accueilli. Il y a trente ans, dit*il encore, on n'eût pas trouvé un seul de nos (héologieos qui ne fût plein de mépris pour cette mauvaise philosophie de Descartes, et aujourd'hui la plus grande partie de ces mômes théologiens l'a adoptée ou du moins ne la repousse plus (i). Fortifions le témoignage de Bekker par celui d'un adversaire fanatique de Descarfes, Pierre de Maestricht qui, quelques années plus tard, en 16T7, gémit amèrement des progrès que , depuis quarante ans , cette nouveauté funeste ne cesse d'accomplir , en dépit de tous les obstacles, dans les Pays*-Bas et dans toute rEurope(3)« Leclerc nous apprend que Yolder, en 1676, put continuer d'enseigner le cartésianisme à Leyde et faire publiquement soutenir des thèses en sa faveur contre la censure de Hnet (3)» Un violent adversaire de Descartes, nommé Du Bois (4), daq^ un pamphlet intitulé, Nuditas philosophiœ cartesianœ^ se prévalait contre sa philosophie des diverses condamnations
(1) De philosophia cartesiana admonitio candida et sinccra, 1 vol. in-12. Franek,j 1668.
(2) Adeo scilicet ut nuUa ferme non novaturientis modo Belgii, sed £uropae Christian» pars ab ejus gangrena infecta restet. {NavUcUwn cartetianarum gangrena^ in-8. Âmst., 1677.)
(3) Bibliothèque choisie, 18« vol. Amst., 1709.
(4) Ce Du Bois est sans doute le professeur d'Écriture sainte de la Faculté de théologie de Louvain , livré aux jésuites , dont Arnauld dans ses lettres signale souvent les violences, les intrigues et les fourberies.
prononcées par les synodes et les académies. Mais Welthaysen lai répond que cette accusation retombe sur elle-^ même» puisque le cartésianisme n'en continue pas moins d*ôtre enseigné publiquement dans toutes les académies ou écoles illustres , à l'exception d'Herborn , qui ont rendu de semblables décrets. Plusieurs savants, qui avaient la réputation d'être cartésiens, n'ont-ils pas été néanmoins élevés au profes* sorat par ces mêmes académies ? Il cite l'exemple de l'acadé^ mie de Leyde où Heidanus et De Bœy ont été nommés professeurs postérieurement à des décrets de proscription contre le cartésianisme. A Utrecht , les conférences et les leçons cartésiennes n'en continuent pas moins telles que par le passé. T'académie de Handerwick, qui s'était signalée par son zèle ^^ntre Descartes, vient d'élever au professorat un philosophe ^«arlésien. Dans l'école illustre de Nimègue, Yittichius, malgré attachement bien connu à Descartes, n'a-t*il pas été barge d'enseigner publiquement la théologie (1),? Enfin Hei'» nous apprend qu'en 1727, on n'enseignait plus guère 'autres principes que ceux de Descartes dans toutes les acamies delà Hollande et de la Belgique (2). Le cartésianisme donc triomphé, en Hollande, malgré les décrets et les défenses es curateurs des universités, malgré les condamnations des Dodes, comme nous le verrons triompher en France, malgré censure de Rome, les intrigues des jésuites et les arréfe du ^oaseil du roi.
A ce tableau général du mouvement du cartésianisme en
(1) Préfece de son traité intitulé : Demonstratio quielem salis ac motum A fMimme pugnare cum verho Ùci, opéra omnia, p. 1040. Rotterdam ,
(2) Quamvis huic sectse initio acriter se opponerent thcologi et philosoplii Igs, in academiis tamen eorum hodie vix alia quam cartesiana principia
*^ciilcantur. {Elementa historiée philosophiœ.)
Hollande, nous devons ajouter des détails plus étendus sur quelques cartésiens qui se distinguent entre les autres soit par l'importance des services rendus à la propagation de la philosophie nouvelle , soit par l'originalité de leurs doctrines. Dans cette nouvelle étude nous nous appliquerons & montrer le développement logique des principes et des tendances de Descartes, plutôt qu'à suivre un ordre chronologique rigooreax , et nous tâcherons de mettre en évidence tous les anneaux de la chaîne qui relie certains cartésiens hollandais à Spinoza. Je commence par ceux qui ont le plus fait pour la propagation des principes de Descartes, mais sans en tirer aucune conséquence nouvelle. Tels furent Tobie André, Réneri, Heerboord , mais tel fut surtout Wittichius. Wittichios doit être mis au premier rang des théologiens cartésiens et rationalistes de la Hollande,non pas pour l'originalité de sa doctrine, mais pour l'influence et rautorilé.il joue un rôleimportanldans tous les débats philosophiques et théologiq ues de cette époque. Partout jes cartésiens citent son nom avec honneur et opposent son autorité à leurs adversaires, à cause de la renommée de sa science et de sa piété. « C'était, dit Bayle, un pilier du parti cartésien et rationnel et il s'était fort appliqué à concilier l'Écriture sainte et la philosophie , ce qui avec sa théologie cartésienne, Tesposa à plusieurs critiques qu'il fallut repousser (1). » Cependant Wittichius n'a poussé la philosophie de Descartes dans aucun excès, il condamne Meyer et réfute Spinoza; |ont en faisant valoir les droits de la raison, il s'efforce de les concilier avec la foi, et, malgré sa ferveur cartésienne , il se distingue par un caractère général de modération et de sagesse. Né dans la Silésie en 1625 , il fil ses éludes à Brome et à Groningue. Il étudia auprès de Clauberg, à Herborn , la
(t) Rèp. à unProv., chap. 134.
philosophie de Descartes, et enseigna ensuite avec le plus grand suc^^ès la théologie à Daisbourg, à Nimègue et à Leyde. « Wittichius, dit Bayle dans une lettre à Lenfant (Rotterdam, 1685), est fort suivi à Leyde. Il a plus d'auditeurs lui seul que tous les autres ensemble , parce qu*il est Tappui et le rempart de Goccéius et des cartésiens dont le parti platl aux jeunes gens. » Il mourut en 1688. Son principal ouvrage a pour objet la grande question de l'accord de la raison et de la foi qui s'agitait alors si vivement entre tous ^es théologiens hollandais. Il veut en particulier prouver Tac- ^X)rd de TÉcritube avec la vérité philosophique découverte par H)escartes (1). Dans la préface il combat toutes les calomnies ^es adversaires du cartésianisme , principalement de Lentulus 't Bevius, et il donne les plus grands éloges à la réponse que ^nait de leur faire Clauberg dans sa Défense de la philoso- 'e de Descartes. Il raconle les attaques suscitées contre lui sujet de deux dissertations , Tune sur l'abus de l'Écriture nte dans les choses philosophiques et l'autre sur le mou- ^^OQent de la terre. Il a été accusé , non seulement dans les **^*"cs, mais dans les chaires et les synodes (2) , d'avoir nié * ^tt torité de l'Écriture. Voilà ce qui l'a déterminé à repro- ^^ire, à expliquer ces dissertations et à publier cet ouvrage. ^^Utreles théologiens partisans de l'impuissance de la raison, ^Uî veulent que la philosophie soit tirée de l'Écriture, il sou- ^i^ot l'indépendance de la connaissance philosophique fille de ^ l'aison, qui se suffit à elle-même, et non de l'Écriture. L'in- ^*finité de l'étendue du monde , le mouvement de la terre,
(1) Christ. Wittichii tonsensus veritalU in ScfHptura divina et infaillibili *^«lato cum veritate philosophica a Henato Descartes détecta ; cujus oc- '^^ionc libri 2 et S principiorum philosophiœ dicti Descartes maa;imam
^^Ttem illustrantur cum indice. 1659, 1 vol. gros in-12.
(2) Revins avait écrit contre lui un livre intitulé : Anti-Wittichiiis.
étaient les deux doctrines qu'attaquaient alors avee le plus de fureur les théologiens ennemis de Descartes. Wittichins cherche ft prouver qu'elles ne sont pas en contradiction avec TÉcriture , d'après ce principe que, dans les choses naturelles, rËcriture parle un langage accommodé aux préjugés vulgaires. Avec tous les théologiens cartésiens il prend parti en faveur du sens figuré contre le sens littéral. Bekker, dans son avertissement sur la philosophie cartésienne, nous apprend qui Wittichius fut déféré au concile de Gueldres pour cause de^fidc ses opinions théologiques et cartésiennes et qn'il y fut absous^ m^ us avec honneur, après trois ans de discussions. Une aussi écla— — ^^-
tante absolution détruisit sans doute l'effet de toutes les con damnations antérieures que d'autres synodes avaient pu por 1er contre le cartésianisme.
D'autres ouvrages de Wittichius ne furent publiés qn*a sa mort. Gomme Glauberg et comme tant d'autres cartésiens il a annoté les Méditations de Descartes (1). Ges notes courtes se bornent à éclaircir et h expliquer quelquefois seu lement le sens grammatical du texte, et d'ailleurs n'ajonten» m^^^^ rien à la doctrine. Wittichius avait aussi entrepris une réfu talion de Spinoza , qui n'a été publiée qu'après sa mort , et c'est par là qu'il est le plus connu dans l'histoire de la phil Sophie (2). L'éditeur anonyme se plaint, dans la préface, de l'envahissement des doctrines de Spinoza , et nous prend que Wittichius n'a pas eu le temps de mettre la nière main à son ouvragé. Gette réfutation est une des plo ^^ns consciencieuses et des plus considérables qui soient sorties d^ ^ l'école de Descartes. Il est impossible d'être plus exact , pluff -^^
(1) Christ. Wittichii annotationes ad Renati Descartes MedUaHone^^ "^'' 1688, petit in-4«.
(2) Anti-Spinoza sive Examen Ethices Benedicti de Spinoza et Commi lariuë de Deo et ejus attributis, 1 vol. in-4o, 1690.
igooreosement méthodique. WitUchius prend ei critique les mes après les autres les définitious et les propositions de Spinoza. Mais souvent sa critique est plutôt mînulietise que iratonde. On s'égare dans les détails et dans lee conlradioUons (u'à chaque instant il prétend relever, tandis qu'on perd de «a les vices fondamentaux du système.
Le commentaire sur Dieu et ses attributs, qui accompagne lettt critique, et qu'il oppose à la doctrine de Spinosiaest digne le remarque et d^ëloge. Wittichius déduit les attributs de Dieu le ce principe, que tout ce qu'il y a de réel dans le monde doit \e retrouver en Dieu , moins les bornes. Il se sépare de Des«« lartes au sujet<]e la liberté d'indifférence en Dieu et prend parti K>iir l'immutabilité des volontés divines.A l'appui de cette opilion il.citerautorité de plusieurs théologiens réformés favorables à Descartes,et entre autresdeMaresius. Par sa double autorité comme philosophe et comme théologien, par le succès et éclat deam enseignement, par ses efforts pour maintenir la ihiloeophie de Descartes dans sa pureté , pour la distii^ner a spinozisme, avec lequel ses adversaires affectaient de le onfondre, Wittichius, plus que tout autre, a contribué à son lablissement et à son triomphe dans les universités de la [oUande.
Clauberg n*a pas rendu de plus grands services que Wittitiias à la cause du cartésianisme , mais sa doctrine par i développement original de certains principes de Descartes lérite de nous arrêter plus longtemps. Né> en 1622, à k>liBgen,eQ Westphalie, Clauberg est allemand; quoique allelasd, nous ne croyons pas devoir cependant le séparer des car- >giens hollandais, parce qu'il a été initié par eui à Descartes, arce qu'il a eu à combattre les mêmes adversaires, et enn parce qu'il a professé , sinon en Hollande , au moins dans es universités voisines de la Hollande et entraînées dans le léme mouvement philosophique. Il fut élevé par ses parents
dans la religion réformée et dans une grande piété (1). Gomme Wittichius , il fit ses études d'abord à Brème , puis à Groningue. A Groningue, il se lia d'amitié avec Tobie André, qui fut son père en Descartes. Ses études achevées , il va faire un voyage en France où il visita , comme il le dit lui-même, les lumières de la religion réformée. Mais il n'y rechercha pas j3b moins les lumières de la philosophie de Descartes, et il forma j^a des relations d'amitié avec Glerselier, du Roure, de la Forge. - «. ^. Nommé professeur de philosophie à Herborn, à son retour en jmsn Hollande , avant de prendre possession de sa chaire , par le ^^Mle conseil de Tobie André , il va à Leyde auprès de de Rœy. se ^»ese perfectionner dans la physique de Descartes. Toute sa vie il a ^^ a gardé la plus profonde reconnaissance pour les deux maîtres qui l'avaient initié à Descartes. Il a dédié sa physique à des Rœy et sa logique à Tobie André. Dans la dédicace de sa physique, il se félfcite d*avoir pu , par la grâce de la divine Providence , enseigner le cartésianisme en Allemagne avanLP tf^^ot de Bœy lui-même en Hollande (2). Dans la dédicace de sa^s.^^^ logique , il remercie Tobie André d^avoir ouvert ses yeux à la^» "^ lumière nouvelle et de lui avoir fait connaître de Baey , eeluif qui, d'après Descartes lui-même, enseignait le miea]( sai9 philosophie (3). Après les livres divins, Glauberg disait qu'if £ ''
Mie
(1) Voir la Biographie de Glauberg, parHenricus Ghristianus Henninius, en tête de l'édition de ses Œuvres complètes, en un gros vol. in-4®. Amtt,^
(2) Abs te igitur non setatc quidem , sed ingcnio et profectu imfiar , in stauratœ hoc sœculo philosophiae initiatus in Germaniam superiorem aj puli, ubi mihi priusquam tibi in Belgio, eam publiée docerc singulari numï nis providentia, datum est.
(3) Sed tu quemadmodum selate, cruditione multisque aliis partibus mi jor me, ita hoc etiam felicior quod prior eam vidisli, mihique comiter vis ad eamdem monstrasti philosophiam Renati Descartes, serio atque diligen' ut examinarem hortatus. Quamobrem tuum secutus consilium contuli
.am r e
n'en eslimail point au-dessus de ceui de Descar(es. Il a travaillé à les répandre, à les commenter, à les éclairclr, à les mettre à Tabri de toute objection avec un ardeur incomparable. Il a été cartésien avec piété et enthousiasme. Sa santé avait toujours été faible, et il mourut jeune encore, en 1665. Nommé professeur de théologie et de philosophie à Herborn par le duc de Nassau , il y enseigna pendant deux ans le cartésianisme avec le plus grand succès. Son biographe Henninius vante la méthode et la clarté de son enseignement, la netteté et l'élégance de son élocution. Bientôt il fut enlevé il Herborn par l'université plus considérable de Duisbourg , et les magistrats de la ville le chargèrent de la direction du gymnase en même temps que de la chaire de philosophie. Il y enseigna pendant treize ans, jusqu'à la fin de sa vie, non sans avoir à soutenir de vives et nombreuses luttes pour la cause de Descartes. Ses principaux adversaires sont : Revins que nous retrouvons partout où il y a un cartésien à combattre , etCyriacus Lenlulus , son collègue à l'université d'Herliorn (1). Il a composé contre eux une apologie de Descartes, J)efen$io cartesiana (2). Il s'y plaint que Revins et Lentulus
Lugdunum-Batavorum, ubi non sine insigni studiorum emolumcnlo, coguitus mihi communis amicus Joannes de Raey.
(1) Cyriacus Lentulus a écrit contre Descartes, Nova Renati Descartes ^optentta faciliori quam ante kac methodo détecta. Déjà nous avons cité les ouvrages de Revius.
(2) Defensio cartesiana adversus Jacobum Revium theologum leidensem * Curiacum Lentulum professorem herbonefisem , in-12, 1652. — Il se torific dans la préface d'être un des premiei^ à défendre publiquement ■^«scartes par ses écrits. Il sait bien que, dans toute l'Europe, sont répandus les cartésiens plus profonds que lui. Mais, tandis qu'il leur a été accordé par ^ divine Providence de philosopher en paix , lui, plus malheureux, il est ï^ublé dans l'étude de la sagesse, il est provoqué an combat par la haine et
«nvic d'un collègue.
attaquent platôt le Discours de la Mélhode^ qui est un ouvrage exotérique , que les Miditatians , qui sont on ouvrage acroamatique , et qu'ils prennent en un sens absolu ce que Descartes n'y donne que comme exemple ou exprime d'une façon populaire (1). Il défend ensuite les principes du Discours de la Méthode , les préceptes , les opinions y les mœurs et le caractère de Descartes contre toutes les calomnies de Bevlus et de Lentulus, mais il renvoie à un autre ouvrage la réAitation de leurs objections contre la quatrième partie du Discowrê de Méthode^ qui est comme un abrégé des Méditations. Glaubeq a aussi composé un traité spécial pour la défense du doute méthodique (2) contre ce même Revins, qui , dans un pampblel intitulé Furiosum nugamentum , accusait Descartes d'ensei — -^^ gner qu'il était avantageux pour un temps de nier Dieu et de^^^ le chasser de sa pensée. Les adversaires de Descartes faisaient ^^ partout du doute cartésien un objet de scandale , un d'accusation de scepticisme et d'impiété. De là Timportancs de Fouvrage de Glauberg. Il justifie le doute méthodique par vingt-cinq arguments ou sont comprises toutes les t>ottne raisons , mais ou s'en trouvent beaucoup qui sont si minutieuses ou en dehors de la question. A la suite de cèpe lit traité est un commentaire de la quatrième partie du Diicours de la Méthode , de la première Méditation et des ha^^^c^^ premiers articles des Principes , commentaire presque mot ^ ^ mot, où chaque phrase du texte est reproduite et commentée ^c* Il a composé diaprés le môme plan une paraphrase des MS^^^"
(1 ) Il appelle aussi les Méditations, Scriptum priinarium cl maxime el ratiim, et le Diseourx de la Méthode , Scriptiïm secundarium et minus litiim.
(2) Inilialio philosophie sive Dubilatio carlcsiana ad mctaphysicam cei^^^'"" tudinem viam apcricns.
iitations (1) , où il cite tout le ieite de Descaries et le commente phrase par phrase. Ce commentaire est clair et exact , il monire renchaîoemenl des propositions et établit toujours le vrai sens de l'auteur, mais il renferme aussi beaucoup d'explications superflues.
Mais Glauberg n'est pas un simple apologiste et commentateur de Descartes. Il a voulu combler une lacune de sa
philosophie en composant une logique^ et il a poussé à des conséquences nouvelles quelques-uns de ses principes métaphysiques. Dans sa logique il se propose d'allier les préceptes des anciens avec ceux des modernes, de là le titre qu'il lui a donné : Logica vêtus et nova vel novantiqua. Il y mêle Aris-toté avec Bacon et Descartes. Cette logique est remarquable par rétendue du plan, la méthode, la clarté, le bon sens pratique des préceptes et des exemples. On y trouve beaucoup de choses nouvelles, utiles et ingénieuses sur le langage, sur l'art d'enseigner et d'apprendre ; cependant, il aurait pu faire mieux encore, dit-il lui-même dans la préface , s*il ne se fât proposé de combiner les anciens avec les modernes. Cllauberg peut passer pour un érudit au sein de Técole cartésienne, car il cite sans cesse, avec Bacon et Descartes, les principaux philosophes de l'antiquité et du moyen-âge , Arislote, Platon , Plotin , saint Augustin , saint Thomas , Marsile Ficin. Telle qu'elle est cette logique est un des meilleurs Antécédents de VArt de penser de Port-Royal, qui Ta mise h profit.
(1) Parap/u'a»i8 in Henuli Descartes Meditationes de prima philosophia. — Cet ouvrage est dédié au chancelier Séguicr. Il le loue dans celte dédicace ciu magnifique privilège dont il a honoré les œuvres de Descartes, et d'avoir suivi les traces de son aïeul Pierre Séguier, président à mortier du parlement de Paris sous Henri II cl Charles IX, qui avait laissé en héritage à ses enfanis nn ouvrage intitulé : Rudimenta cognitionis Dei cl sui.
La question des rapports de Tâme et du corps, et des rap-* ports des créatures avec Dien^est celle on Glaubergpoosse à des conséquences nouvelles la doctrine de Descartes. Il traite la .m.
question de l'union de Tâme et du corps dans un Traité par- ^
ticulier intitulé : Corporis it animœ in homine conjuneiio (1). ^ O* Selon Clauberg, le corps ne peut être uni à l'âme ni comme ^mi^ un corps à un corps, ni comme une âme à une âme. La seule ^ M'Aie union possible est dans leurs actions ou passions relatives, et^^ ^ non dans leur substance absolue. S'il admet l'action rédpro- — o*^
que de l'âme et du corps, c'est comme un miracle de la vo ^:^*0'
lonté de Dieu, et non comme l'effet d'une loi naturelle. II! K • 1 fait Tâme cause morale et non physique des mouvements doK^'' ^^ corps, par où il entend qu'elle ne produit pas le moavement,«» ^ ^^^ mais seulement le dirige, semblable, suivant la comparaison^:*^^^'' de Descartes, au cocher qui n'est que la cause morale du mou — m9^^ vement du char, tandis que la cause physique est le chevaB-^i^"^*^*' qu'il dirige <^ son gré. Jusqu'ici Clauberg suit fidèlement^ ^^ -''^ Descartes, mais il le dépasse ou l'eiagère en ce qui concerner les rapports du corps avec l'âme. En effet, partant de ce prin— -— cipe, que l'effet ne saurait être plus noble que la cause, il nie^^^^ qu'on puisse attribuer aux mouvements du corps la prodnctioDrv^^n d'un seul mouvement de l'âme. Les mouvements du corps n( sont que des causes i^TocaiaTzii({ue%^ c'est-^à-dire, donnent seo— lement joccasion à la cause principale, qui est l'âme, de duire telle ou telle idée qu'elle contient en puissance (2). C^^)* Ainsi, s'il admet, par un miracle de Dieu, l'action de l'âme su'
(1) Ce traité se trouve dans les Œuvres complètes à la page 209, à ï^ ^ suite (le la Physique.
(2) Corporis nostri motus tantummodo suut causse procatarcticœ qus menti tanquam causa; principali occasionem danl , has illasve ideas qui virtutc quidem seniper in se habet , lioc potius tempore quam alio ex ^^eliciendi ac vim cogitandi in aclum educendi (cap. 16).
le corps, il n'admet pas réciproquement l'action du corps sur l'éme, môme par un miracle, et il ne considère les mouvements corporels que comme des causes occasionnelles à l'égard des mouvements de Tâme. Nous trouvons donc déjà dans Clanberg la doctrine des causes occasionnelles, sinon dans le rapport de l'âme avec le corps, au moins dans celui du corps avec Tâme. Biais, en dernière analyse, sur cette question de -la communication de l'âme et du corps, Glauberg se réfugie dans la volonté de Dieu, auquel il a plu qu'il en fût ainsi. Il lui semble qu'absurde partout ailleurs, cette réponse est ici la seule qui convienne. Pourquoi Dieu qui a imprimé les traces de toutes ses autres perfections sur les choses, n'y aurait-il pas mis la marque de sa liberté?
Il développe le môme sentiment dans la Connaissance de Dieu ei de soi-même (1) , le plus important de ses ouvrages, où il traite dans cent exerciiaiiones les principales questions de la philosophie de Descartes relatives à Dieu et à l'âme humaine. La connaissance naturelle de Dieu y est posée comme le principe, le milieu et la fin de la philosophie. Glauberg insiste sur la preuve de l'existence de Dieu par l'idée de Tinfini. Il fait voir, comme Descartes, que loin d'être négative et obscure, cette idée de l'infini est la plus positive et la plus daire des idées. Mais il développe et exagère la doctrine de la création continuée. Autant il nous est facile de concevoir comment cessent d'être les idées de notre esprit, autant il lui semble facile de concevoir l'anéantissement des créatures , si Dieu, un seul instant, cessait de les créer, assimilant ainsi le l'apport des créatures avec Dieu et le rapport de nos pensées ^vec notre esprit.
(1) De cognitione Dci et nostri quatenus natiirali ralionis luminc secun- ^um veram philosophiam poksl comparari , oxercilaliones ccntum. 1656 , in-12.
Encore aggrave-t-il celle comparaison, en ajoulani que les créatures sonl moins par rapporl à Dieu que nos pensées par rapporl à noire esprit. Nous ne sommes pas maîtres de nos pensées ; il en est qui se présentent à nous malgré nous, tandis que Dieu est tellement maître de toutes ses créatures, qu'il lui suffit de retirer d'une d'elles, un seul instaDl, sa pensée pour les replonger dans le néant (1). A la suite de ce passage, il cite ces paroles de saint Paul , dont Spinoza et Malebranche s'empareront aussi , chacun dans leur sens : DomintM non longe est ab unoquoque no$^ trumy in ipso enim vivimtÂSy movemur et sumus. On voit donc combien déjà, chez Glauberg, la tendance est forte à convertir les créatures en de purs phénomènes, et à les absorber au sein de Dieu. Il y était porté non seulement par les principes de Descartes, mais aussi par la vivacité du sentiment religieux dont son âme était pénétrée, et qui souvent allait jusqu'à l'extase, à ce que rapporte Leibnitz. Gomme Wittichius, il a. soutenu la thèse de la conformité de la raison et de ta foi, el pour prouver cette conformité il a composé un grand nombr< de dissertations théologiques. Il eut été encore plus hardi, dit son biographe , car il pensait que beaucoup de choses ei théologie pouvaient être exposées d'une manière plus exac( et plus simple, sans l'amour de la paix qui le tenait dans on( grande réserve. Donc Glauberg , de même que Witiicbius . sans rompre avec l'orthodoxie, tend à rationaliser la foi. Dan^
(1) Tantum igitur abest ut magnifiée seutiendi oceasioncm ullam habea mus ut potius maximam habcamus e eontrario judicandi nos erga Deum ide esse quod cogitationes nostrœ sunt crga mcntem nostram , et adhuc aliqui minus, quoniam dantur nounulla qux nobis ctiani inviiis sese oiferunt, qu causa fuit Themisiocli ut artcm potius oblivionis quam mémorise sibi opt ret. Sed Deus suarum crcaturaruiii adco domiiius est ut voluntali sua^ resi tere minime valeant, et ah eo tain stricte dépendent ut si scmel ab iis cOi tationem suam averterct, statim in nihiium rédigèrent ur. (Exercitatio 28
sa métaphysique noas avons signalé un premier pas vers les causes occasionnelles, et cette comparaison des créatures par rapport à Dieu, à nos pensées par rapporta notre esprit. Or, que sont les pensées de notre esprit, sinon de simples phénomènes qui apparaissent et disparaissent? Ainsi déjà se montrent les conséquences de la doctrine de la passiveté des créatures au sein de la philosophie cartésienne hollandaise, (l) INons allons voir des successeurs et même des contemporains de Glauberg les développer encore davantage, et aller plus avant que lui dans la voie glissante et dangereuse qui conduit à Spinoza.
(1) Clauberg a, en outre, écrit deux traités en allemand, Tun sur la différence de la philosophie cartésienne et de la philosophie vulgaire, l'autre sur 1^>9 laides. Quoiqu'il écrivit et pariât très-bien le latin, il faisait grand cas «le la langue allemande et gémissait de l'abandon où la laissaient les théologiens et \c$ philosophes. Cet abandon devait durer jusqu'à Kant , malgn* l«fc protestation de Clauberg.