CHAPITRE XIX
De la politique de Spinoza. —Son rapport avec la morale et la métaphysique — Même principe, mais autres conséquences que dans Hobbes. — Identit^^ du droit naturel et de la puissance de l'individu. — Droit de l'état de^i faire tout ce qu'il peut. — Intérêt de l'état de suivre les préceptes de I raison et de laisser aux citoyens la plus grande liberté possible. — L liberté, fin de l'état. — Maux affreux qu'entraîne la contrainte des opinions^ et la compression des consciences. — Conséc[uenccs de la négation d'^ justice absolue. — Conciliation de la liberté de penser avec la loi dnrine e^ avec la paix de l'état. — But du Tractatus theologico-politUms. — Dëfens» de la lumière naturelle contre la superstition. — Rien dans les au-dessus de la connaissance philosophique. — Caractère de la connai: sance prophétique. — Supériorité de la connaissance philosophique. — piété et non la science, but de l'Écriture. — Essence et articles de foi de Jfg religion universelle. — But secondaire et accessoire des cérémonies de 7« tradition historique. — Négation des miracles. — Toutantagonisaieiœ> possible entre la philosophie et la théologie. — Spinoza, père des hardiesses de la nouvelle exégèse biblique allemande. — Préjudice porté à h philosophie de Descartes par Spinoza. — Attaques des cartésiens. — Jogfments sévères de Baylc et de Voltaire. — Apologies de Spinoza sous If voile des réfutations.— Le comte de BoulainviUiers. — Innombrables adversaires de Spinoza. — De la valeur et du vice des réfutations cartésiennes.—Ce vice est corrigé par Leibnitz.— Réfutation de Wolf.— Réaction en Allemagne en faveur de Spinoza. — Lessing, Jacobi. — Enthousiasme de Schleicrmacher. — Influence sur la poésie. — Novalis, Goethe. — '•'* fluence sur la philosophie. — Fichtc, Hegel, Schelling. — Coup-d'œil ^^ les destinées de la philosophie hollandaise après Spinoza.
De la morale passons à la politique. La politique de Spinoza n'est pas contenue dans V Éthique , mais dans le Trac-
ft la
îa(u8 poliiicus et dans les derniers chapi(res da Theologicopoliticus. Elle découle de sa morale et, par la morale, se ratlache étroitement è sa métaphysique. De même que la théorie de la connaissance et de la morale , elle pari de principes semblables à ceux de Hobbes , mais elle n'aboutit pas aux mêmes conséquences. Si tous les hommes obéissaient à la voix de la raison, c'est-à-dire, se guidaient suivant leur inléréi véritable , ils n^auraient besoin ni de lois ni Je gouvernement pour maintenir entre eux la paix et l'harmonie. JMais les passions, les idées confuses les agitent, les aveuglent <t les empêchent de suivre la raison. De là des divisions , des ferres continuelles et la lutte du droit naturel de chacun cooire le droit naturel de tous. De l'identité du droit et de la puissance en Dieu , Spinoza déduit la même identité dans rindividu, qui est un mode de Dieu. Essence de toutes choses, Dieu a droit sur toutes choses. De là chacun aussi a le droit de faire tout ce qu'il peut, sans autres limites que celles de sa puissance. Les passions sont des motifs d^action qui fontpar- Ue de la puissance d'un individu tout comme la raison. Hors de la société , tout individu agit non moins légitimement suivant les passions que suivant la raison. Mais dans on lel état, il n'y a ni repos ni liberté , ni sûreté pour personne. Selon Spinoza , comme selon Hobbes, l'état de nature est l'état de guerre , d'où il faut sortir à tout prix. Tous comprennent le besoin de se réunir et de former un gouvernement, qui assure à chacun le repos et la liberté de tendre vers la fin de sa nature. C'est pourquoi chacun se résigne, afin de sauver le reste , à céder une partie de son droit naturel. De là l'origine des sociétés et des gouvernements. Héritier du droit naturel de l'individu, Tétat lui-même n'aura pas d'autre mesure de son droit que sa puissance. Il peut opprimer toutes les libertés , violer toutes les lois , rompre tous les pactes , soit à Tégard des citoyens , soil
à l'égard des autres gouvernements. Quoi qu'il fasse , H n^ blessera pas la justice, car lui seul par sa volonté décide de ce^r> e qui est juste ou injuste. La seule faute doni il puiase se rendre^-v b i coupable, est celle de s'affaiblir et de préparer sa ruine^ QnanB cv âs : aux citoyens , ils doivent toujours obéir, même à ce qu'ils ju — iv^, gent déraisonnable, conformément au précepte suprême de la f ^1 raison , de se réunir en société et d'obéir aux ordres de Tétat Mi^Bt
Spinoza cherche à rassurer les citoyens sur les suites d^Qoi tel pouvoir. L'état n'en pourra jamais ni beaucoup ni long--; temps abuser, car son droit périt avec sa puissance, et Mentes J sa puissance périt, s'il en use pour prescrire des choses ab-c#ss i surdes. On ne peut même dire que dans cet état les dtoyeiEYs^^i seront esclaves. Celui-là est esclave qui obéit dans TiDlér^'-vâén du maître, mais non pas celui qui n'obéit que dans sonpropvc^ ^pi^ intérêt. Enfin, quelque absolu que soit le pouvoir de TétalP M^tai^ le citoyen ne sera jamais tout entier sous sa dépondanoe. -^ -. // lui échappera par la pensée , par la conscience , par le senl9 mtl^ ment , par tout ce qui échappe à la peine et h la récompensess- se. Mais ce qui doit surtout rassurer les citoyens, c'est que si Té'' ^^tat a le droit de tout faire, son intérêt lui conseille de ne faire q :90e ce qui est conforme à la raison.
Jusqu'ici Spinoza a fidèlement marché sur les traces de Hobbes , mais il va s'en écarter par la manière dont il ^^ntend l'intérêt véritable de Tétat. Loin que le despotisme abs-^Dlu soit son idéal.comme on aurait pu le croire, il le déclare la ^ lo-^ mauvaise et la plus dangereuse forme degouvemement.L«iii&^^ au% citoyens la plus grande liberté possible, voilà en effet cecsœ la raison, selon Spinoza, conseille h l'état dans Tintérêld^ ^^ puissance et de sa stabilité. Il donne même la liberté commeb fin de l'état. Assurer la liberté de fous les citoyens, les mettr^^ l'abri de toutes les inquiétudes, de toutes les vengeances et de toutes les haines, leur donner à tous les moyens d'atteindre te but de la nature, voili» l'usage que l'état doit faire de son droit cl
de sapaissance. S*il esl nécessaire que le pouvoir d*agir soil remis lout eolier el exclusivement aux mains de Tétat, il n'en est pas de même du pouvoir de penser,de parler et d'écrire. Spinoza se prononce en faveur de la plus grande liberté possible de la presse et d'une liberté religieuse complète. Bépressioo des actes , impunité pour les paroles , voilà sa maxime. Il met cependant à la liberté de la presse cette limite, qu'elle ne prêche pas la révolte et qu'elle n'attaque pas le pacte social. Chaque citoyen a le droit de proposer des lois nouvelles et des réformes dans Tétat, pourvu qu'en attendant il se conforme aux lois établies. Spinoza étend aux choses religieuses elles-mêmes cette liberté de discussion. Aux magistrats seuls appartient de décider ce qui est piété ou impiété comme ce qui est justice ou injustice ; mais, pour garder ce droit le mieux possible et conserver la tranquillité de l'état , ils doivent permettre à chacun de penser ce qu'il veut et de dire ce qu'il pense. Une telle liberté est Tunique préservatif contre les discordes et les séditions. Spinoza ne veut donc point de religion d'état. Ce n'est pas l'état, ce sont les citoyens de chaque communion qui doivent élever leurs temples à leurs frais, et entretenir les ministres de leur culte. Sans doute , ces libertés ont des inconvénients , mais quelle chose n'a pas les siens? Le meilleur état sera celui où , malgré la diversité et la liberté des opinions , chacun vivra en paix. Gomme exemple et comme témoignage en faveur de cette liberté, il cite la Hollande, sa patrie , et la ville d'Amsterdam. Quelle peinture énergique trace Spinoza des maux ordinaires qui suivent la contrainte des opinions et la compression des consciences ! On peut forcer les hommes à se taire , mais non à penser autrement, et par là on encourage la dissimulation et l'hypocrisie ; mais on ne réussit pas même à les forcer de se taire. Plus la violence est grande et plus la résistance est opiniâtre. En tête, sont les citoyens les plus honnêtes et
les plus vertueux , et la sédition prend le caractère de la gé-' nérosité et de Théroïsme. Quoi de plus déplorable que de voir traînés en exil ou conduits à Téchafand des hommes dont tout le crime est d*avoir des opinions, qui ne sont pas celles de tout le monde et de ne pas savoir les dissimuler? Ils meurent avec courage et avec gloire , parce qu'ils n'ont la conscience d'aucune mauvaise action. Leur exemple entraîne les autres , loin de les retenir , et leur sang enfante de nouveaux martyrs.
Après avoir traité du droit naturel et du droit de l'état ^ de la (in de la société et de tout ce qui est indépendant de la forme de Tétat , Spinoza entre dans l'analyse des différentes formes de gouvernement. Il repousse la monarchie absolue , il veut que le roi soit obligé d'agir suivant Tintérét général ; il donne un plan de monarchie représentative, où des vues fausses et bizarres ou les tristes conséquences de la négation d'une justice absolue se rencontrent trop souvent à côté de quelques vues sages et élevées (1). Ainsi considère-t-îl les états, dans leurs rapports les uns avec les autres, comme des individus dans l'état naturel et leur donne-t-il le droit d'entre* prendre l'un contre l'autre tout ce que leur conseille l'intérêt de leur sécurité ou de leur ambition , et de rompre un pacte quelconque, quand il leur plaît, sans aucun souci du droit et de la justice. Le caractère libéral de quelques parties delà politique de Spinoza ne doit pas nous faire illusion sur la fausseté et le danger des principes ; d'ailleurs , ces libertés dont il^plaide si éloquemment la cause, manquent de toute garantie. Il est sans doute de l'intérêt , mais il est aussi du devoir des étals, comme des individus, d'obéir à la rai-
(1) Spinoza distingue trois formes de p;ouvernement , la monarchie, l'aristocratie et la démocratie. Mais le traité inachevé s'arrête après l'analyse de la forme aristocratique.
son et de respecter la liberté. De là pour les citoyens des droits sacrés et imprescriptibles, qui ne dépendent en rien de la façon dont il platt aux gouvernants d'entendre leur intérêt ni de leur bon plaisir.
Après avoir montré que la liberté de la pensée se concilie «vec la paix et le salut de Tétat , il veul montrer qu'elle se concilie aussi avec la loi divine et révélée. Tel est le but principal du Traetatus theologico-politicus (1). Il se propose avant €ont de combattre la superstition , fille de l'ignorance et ^e la crainte, de distinguer la paroledivinede la parole hu- ^miaine, lacrédulitéde la foi, et de remettre en honneur la lumière naturelle , méprisée et maudite par plusieurs, comme MdL source de toutes les impiétés. Pour discréditer la lumière «alorelle, on lui oppose une parole prétendue divine, au nom mie laquelle on la condamne au silence. De là les controverses C]al troublent l'Église et l'état, qui engendrent de toutes parts les haines et les discordes. Les saintes Écritures sont imposées comme Torgane et la preuve de ce principe supérieur h I a raison. Spinoza veut donc montrer, par un examen imparl.laU qu'elles ne contiennent aucune connaissance qui dépasse Ses limites de la connaissance philosophique. De toutes les ^.entatives pour prouver la conformité de la raison et de la Woi j de toutes les interprétations rationalistes suscitées par le ^noavement cartésien, voici la plus profonde et la plus hardie. Hf algré sa hardiesse , cette critique se distingue de la plupart ^e celles des philosophes incrédules du XYIII^ siècle par le ^^Ime, la gravité et même le respect. Tout y est expliqué par les lois fondamentales de l'esprit humain, et rien par la fraude ^l par Timposture.
(1) En voici le titre complet : Traetatus theologico-^politicus corUinens distericUiones aliquot quibus attenditur libertatem philosophandi non tantum iolva pietate et reipublicœ pacc posse conredi , ^rd pamdp.m nisi rutn paee reipubUcœ ipxaqnr pietate tolli non posse.
Il n'y a rien de surnaturel dans les prophéties, dans Yé^
lection du peuple juif et dans les miracles , il n*y a rien d* sentiel dans les traditions historiques el dans les cérémonies de la loi , toutes les Écritures ne sont qu*un enaeignemenl d'obéissance et de piété, proportionné par les prophètes et les apôtres à ceui auiquels il était adressé , voilà ce que Spinoza vent démontrer. D'abord il établit le vrai caractèredein connaissanoe prophétique. Quels sont ces hommes que les Écrito*res nous représentent comme des interprètes et des révélateurs des conseils de Dieu ? Ils sont supérieurs aux autres honames par Timagination, mais non par T intelligence. Ne voit-on pa par les Écritures, que souvent le don de prophétie tombait partage 5 des hommes et h des femmes sans instruction i Aussi représentent -ils toutes choses et Dieu lui«~niém sous des formes corporelles. Ils lui donnent une figure humaine, des mains, des pieds, des oreilles, unegaudie etun^ droite. L'un le voit assis el l'autre debout ; il en est qui décri
Jk
vent jusqu'à la forme et à la couleur de son vêlement. Ils Iwmmai attribuent non seulement les formes, mais les passions humaBBB-nés, telles que la jalousie, la vengeance, la compassion et le fc^m^ pentir. Si on compare les prophètes entre eux, on voit qnec^a^s prétendus organes de Dieu parlent chacun selon son caractërv "6, ses préjugés el la nature de son imagination. Ceux qui o^ ^nt une imagination sombre et mélancolique n'aperçoivent, dav* -si^ leurs sanglantes visions, que guerres el combats.Des irion^v^" phes et des fêtes splendides apparaissent, au contraire, à cer^ ^^ dont l'imagination est plus douce et plus riante.Plus ou moi-^"* instruits ou ignorants, ils font parler Dieu en plus ou moi^^^^ mauvais langage el lui fonl commellre des erreurs sdentiJ^^^ ques plus ou moins grossières (1). Hommes d'imagination ^'
[\''- Tracfafii.'i flirnlniiint-poliiirua. rn^). 1 ol 2.
non de raison , les prophètes peuvent faire aniorilé en re
QȔ concerne la morale el la pratique de la vie, mais non en ce
qui concerne la connaissance du monde et de IHeu. Autant
Fîmagination est ao-dessousde la raison^ autant la connais-^
Mince prophétique est auKiessous de la connaissance métaphy*
sique. D'ailleurs , le don de prophétie n*a pas été un don
parficulier k la race hébraïqne; d'après te témoignage môme
de» Écritures , il y a eu des prophèteit chez les Gentils. Ce ca^
t'acière de généralité achève de prouver qu'elle est la consé-*
«^uetnee d'une loi générale de l'esprit humain , et que Dieu «
^omme le dit saint jPaul , n'est pat seulement le Dieu de
Joifs , mais le Dieu de tontes les nations.
Il en est des Écritures en général, comme de la prophétie
particulier. Il ne faut y chercher aucune vérité métaphy-
tiqtie, aucune idée claire et adéquate. Spinoza se moque de
interprètes qui prennent des rêves de leur cerveau , tirés
de Platon et d'Aristote, pour des profondeurs métaphysiques,
fies livres soicrés. L'Écriture ne parle jamais qu'une langue
^l^ropriée au vulgaire, elle n'a pas pour but de donner la
eeci^flce aux hommes, mais de leur inspirer Tobéissance à
Sicm^ Or, elle enseigne clairement que, pour obéir ù Dieu ,
il faut l'aimer et aimer notre prochain. Les prophétie», les
' tnlracles , les mystères , les cérémonies ne sont que des
moyens de recommander fortement aux hommes Tobéissance
et la vertu.
Connaître de Dieu tout ce qu'il est nécessaire d'en connaître pour obéir a ses décrets , voilà le fondement unique de la vraie religion et de la foi universelle, laquelle ne comprend que ce qui est strictement nécessaire pour produire Tobéissauce ^Dieu,etcedontrignoranceconduit à Tespritde rébellion. C'est Tobéissance aux décrets de Dieu, c'est la piété qui mesurent et constituent cette loi universelle, et non la vérité ou Terreur des dogmes qui raccompagnent. Peu importe, selon
Spinoza, la vérité ou la fausseté des dogmes, pourvu qu'ils portent les esprits à la piété. De là il tire les principes d'une religion universelle, qui , laissant de côté tout ce qui ne tient pas à la substance ménne de la foi , et n'intéresse que la spéculation et la science, fera succéder dans les états la paix à la discorde.
Voici les articles de foi de cette religion universelle : 1^ Il y a un Dieu, c^ est-à-dire un être suprême, souverainement juste et miséricordieux, le modèle de la véritable vie. Tel est le premier article de la vraie foi , celui qui ne sait pas ou ne croit pas que Dieu existe, ne peut ni lui obéir, ni le reconnaître comme juge. 2^ Ce Dieu est unique. Bien de plus propre que l'excellence d'un être, par-dessus tous les autres, à exciter la dévotion, l'admiration et l'amour. 3® Il est présent partout , il voit tout ; si on ne le croyait pas, on douterait de la perfection de sa justice, on ignorerait sa justice même. 4® Il a sur toutes choses un droit et une autorité suprêmes, il n'obéit jamais à une autorité étrangère, il agit toujours en vertu de son bon plaisir absolu, tous les hommes sont tenus absolument de lui obéir,et,]ui, il n'est tenu d'obéir à personne. 5^ Le culte de Dieu et Tobéissance qu'on lui doit ne consistent que dans la justice et dans la charité. 6^ Ceux qui vivent ainsi , obéissent à Dieu et sont sauvés, tandis que ceux qui vivent dans la volupté, sont perdus. 7^ Dieu remet leurs péchés à jceux qui se repentent. Si nous n'avions celte foi , comme chacun pèche , chacun tomberait dans le désespoir et nous ne pourrions pas croire à la miséricorde de Dieu.
Ces articles de foi découlent de la nature même de l'homme ; ils sont universels. Une telle foi se suffit entièrement à elle-même, et renferme sa récompense, qui est la connaissance et l'amour de Dieu , et son châtiment , qui est la privation de Tamour et de la connaissance de Dieu. Elle
n'a que faire des cérémonies, de la tradition historique el des miracles. Les cérémonies de la religion hébraïque n'avaient, selon Spinoza, qu'un but secondaire, celui du maintien de l'élal politique, et les cérémonies de la religion chrétienne ne sont que des signes visibles de TËglise universelle. La tradition historique n^est pas plus essentielle que les cérémonies. Elle n'a qu'une utilité relative, elle persuade, par des exemples et des récits, ceux qui ne comprendraient rien aux définitions et aux raisonnements et demeureraient, sans son secours, dans Tignorance des vérités essentielles à la religion.
Quant aux miracles , Spinoza les nie. Ce que les anciens ont pris pour des miracles, ce sont des événements dont ils ignoraient les causes. L'ignorance est la mère des miracles. Un vrai miracle serait une perturbation de Tordre général du monde, il obscurcirait^ au lieu d'éclairer l'idée de la providence, que notre raison conçoit comme la cause de l'ordre du monde. Le monde est régi par des lois générales, et ces lois générales découlent de Tessence môme de Dieu. Tout phénomène est un terme d'une série infinie de causes secondes, dans cette série, pas un terme ne peut être changé sans que l'univers tout entier ne soit bouleversé, et l'univers lui-même ne peut changer,sans qu^en même temps soit changée l'essence de Dieu dont il est l'expression . Donc il n'y a jamais en et il n'y aura jamais un seul vrai miracle. La loi divine, conclut Spinoza, ne consiste donc ni dans les cérémonies, ni dans les traditions, ni dans les miracles, mais elle subsiste par elle-même et découle de la raison humaine , de la science et de la philosophie.
Tout ce que nous savons de Dieu et de ses attributs, nous le savons par la spéculation métaphysique. Il n'y a donc aucun antagonisme possible entre la religion et la philosophie. Elles n'ont rien à démêler Tune avec l'autre, parce qu'elles n'ont
ni le même bul, ni le même objet. La philosophie ne se propose que la recherche de la vérité, et la religion i'ensei-gnementde l'obéissanco e( de la piété. La théologie n'est pas' plus la servante de la raison, que la raison de la théologie (1). Chacune est souveraine absolue dans son domaine. La théo«logîe s'appuie sur des dogmes, mais elle ne les considère que par le côté où ils sont propres à inspirer la piété et Tobéis^ sance. Déterminer avec précision le sens et la vérité qu'ils renferment , est Tœuvre de la raison , seule vraie lumière, en dehors de laquelle il n'y a que songes et ténèbres. Spi* noza a donc démontré, ce qu'il avait avancé en eommençant, que la liberté de la pensée , non seulement se concilie avec la piété, comme avec la paix de Tétat, mais encore qu'elle en est l'indispensable condition (2),
Tel est le livre qui, bien phis que VÊthique^ a soulevé contre Spinoza les anathëmes de tous les théologiens. Les imitations, pas plus que les antécédents, n^ont manqué à ce livre, qui a ouvert les voies à une foule de travaux analogues sur les Écritures. Si Spinoza est le père des systèmes panthéistes qui, un siècle plus tard, ont régné et régnent encore en Allemagne, il est aussi le père de cette exégèse biblique savante et hardie, qui, à la même époque, y a fait de si grands progrès. Le célèbre docteur Paulus , dans la préface de son édition des œuvres de Spinoza, dit que le Tractatus theologieO'-politicus non seulement en avait prédit , mais même déjà démontré la plupart des résultats.
Nous admettons avec Spinoza l'indépendance de la connais-
(1) Tract, theol. -polit. j cap. 15.
(2) Le Theologico-politicus contient en outre des chapitres du plus grand intérêt sur l'interprétation et l'authenticité des Écritures , que nous passons sous silence , parce qu'ils n'ont pas de rapport avec la philosophie.
sance philosophique, mais non pas la séparation absolue de la religion et de la philosophie. Comment la religion serail-elle indifièrente à la vérité et à la fausseté des dogmes qu'elle enseigne? Si un dogme faux pouvait, pendant quelque temps, réussir à inspirer la vraie piété, un jour viendrait, où la raison , eu Tébranlant , ébranlerait aussi les sentiments de piété , d'obéissance et d'amour auxquels il servait de fon* dément. Ce n^est pas par Tindifférence h Tégard de la vérité ou de la fausseté du dogme, ni par le fond de ce ^'elle enseigne, mais par la forme et par la méthode que ]a religion se distingue de la philosophie. La philosophie démontre et ne s'adresse qu'à la raison, la religion ne démontre pas , elle propose et impose ses eroyanees à l'adhésion instinctive du grand nombre, elle s'adresse an sentiment et à Timagination en même temps qu'à la raison. S^ar des symboles, des récils, des exemples, elle touche et |>er8uade ceux que, par le raisonnement, elle ne pourrait con- %ainere.La philosophie parie à quelque^uns, la religion parle b tous. De là la nécessité de Tune et de Tautre, de là aussi l« diversité de leurs méthodes, quoique toutes deux doivent ^ivre d'une même vérité, et s'éclairer d'une même lumière. Tel est l'ensemble et le lien des doctrines contenues dans le CM EmendcUione intêllectus, dans Vt!thique et dans le Theolo- ^ieo'politicus. Le retentissement n'en fut favorable à la philosophie de Descartes, ni en Hollande ni en France. Tous les Gidversaires de Descartes, ne manquèrent pas de le rendre resl^nsable des erreurs de Spinoza. A l'occasion du TheologicopolUicus et de V Ethique^ les attaques contre le cartésianisme devinrent plus vives, et d'anciens arrêts de proscription furent renouvelés ou de nouveaux furent rendus dans plusieurs universités de Hollande. D'abord, Spinoza paraît universellement décrié en Hollande, en France et en Allemagne, pendant près d'un siècle. Il n'est guère mieux traité par les philosophes
incrédules du XVI H® siècle que par les cartésiens ou par les ^
théologiens eux-mêmes. Bayle et Voltaire répètent les accu- -
sations d'athéisme et de matérialisme. Bayle affecte la plus «
sainte horreur pour le Theologicchpoliticus et pour V Éthique: z
« Le Theologic(hpoliticus esi, dit-il, un livre détestable où jû
il fit glisser les semences de Tathéisme qui se voit à décou- —
vert dans ses Opéra posthuma (1). » Après Bayle et Voltaire, ^ t
tout le XVIIP siècle semble confondre le spinozisme avec ^:^c!
l'athéisme et le matérialisme. En France, avant le XIX® siè- — ^
de, je ne connais que Tabbé de Lignac qui traite le système ^ j(
de Spinoza avec plus d'impartialité et de vérité : a Spinoza, «. «,
dit-il, n'était point un athée, comme on le croit commune-
ment, mais un spiritualiste outré, il ne reconnaissait que ^ je Dieu ; le monde, les créatures matérielles étaient pour loi m sji des songes de la divinité (â). »
Quoique tellement décrié, Spinoza n'en aurait pas moins ^ os exercé de grands ravages en Hollande et en France, si nous ^mis en croyons la plupart de ceux qui prirent la plume pour le ^» Me réfuter. Mais peut-être exagèrent-ils un peu le mal qu'ils ^Sis se proposent de combattre. Si Spinoza eut d'abord beaucoup ^:m ^P d'admirateurs et de disciples, ce sont des admirateurs secrets, ^ des disciples obscurs et ignorés. Les plus célèbres sont Meyer 'v dont nous avons déjà parlé, et Abraham Cufaeler, qui fil^ ^SBl une logique pour démontrer et justifier les principales tbè ^-
îr
ses du spinozisme (3). La plupart n'auraient sans doute pa^ ^sbs osé, même en Hollande, avouer hautement une doctrine ^^ aussi universellement réprouvée. Un ministre hollandais nommé Leenhofl*, fut condamné en 1704 par le synod*
(1) Dictionnaire cHtique, ari. Spinoza.
(2) Témoignage du sens intime, 2® partie, chap. 8.
(3) Spedmen artis ratiocinandi natwali» et artificialis ad pantosopha^ p»*mcfptamanw(/i«cf>n«. Amst., 1684, #v
d'AIcmaer et exclu du ministère pour un livre suspect de spinozisme, intitulé le Ciel sur terre (1). Il fit amende honorable et signa des articuli salis factorii (2).
Mais s'il y eut des accusations vraies de spinozisme, alors, comme aujourd'hui, il y en eut un plus grand nombre qui n'avalent rien de fondé. On était spinozisle pour peu qu'on s'écartât des opinions reçues. Cependant comme il était dangereux de le paraître, quelques-uns de ceux qui l'étaient réellement, imaginèrent de divulguer sa doctrine, sous le prétexte de la réfuter. Nous citerons, d'après Tennemann, François Guper, auteur d'une prétendue réfutation intitulée, Fundamenta spinozismi ever^a. Telle fut aussi, plus évidemment encore, la tactique du comte de Boulainvilliers, célèbre par ses paradoxes historiques, qui, sous le titre de Ré futation des erreurs de Benoit Spinoza^ publia uneexposition de sa doctrine , où il s'efforce de rendre Spinoza plus clair et plus plausible. Au lien de la forme géométrique, à Texemple de Descartes dans les Méditations^ il prend celle d'un philosophe qui pense tout haut à la recherche de la vérité. Il affecte même de partir du Je pense^ donc je suis^ mais c'est pour en retirer immédiatement ridée de l'être universel, et s'attacher ensuite aux traces de Spinoza. En travaillant ainsi à rendre Spinoza plus dair et plus accessible, il prétend qu'il n'a pas d'autre but ^ue d'exciter dans les autres une indignation pareille h la Bienne, et d'engager h le réfuter un plus habile que lui (3).
(1) Cœlum in terra 8eu descriptio verœ lœtitiœ.
(2) HUtoria ipitiozismi Leenhofiani publica m Bel-gio cMctoritate novisme damnati a Gottlob FHderico Jenichen. Lcipsiœ, 1707, 1 vol. in-12.
(3) <c Dans l'espoir de combattre moi-même quelque jour le plus dangeiix livre qui ait été écrit contre la religion, ou du moins dans l'espérance engager un plus habile métaphysicien que moi à le réfuter , j'ai entrepris
le dépouiller de cette sécheresse mathématique qui en rend la lecture ténétrablo mémo à la moitié des savants, afin que le système rendu dans
Si les disciples avoués sont rares et obscurs, il n'en est j
pas de même des adversaires. Tous les cartésiens de Franee ^
et de Hollande, presque sans exception, font la goerre à ^
Spinoza. Tous n*en ont pas fait une réfutation spéciale, ^ . comme Wittichius , Poiret , Nieuwentyt , Régis , François ^ i Lami, mais tous Tatlaquent directement ou indirectement ^ mr^ dans leurs écrits, d'autant plus ardents à le combattre, qu'ils #3# ont k défendre la philosophie de Descartes contre Taccusa- — m tion redoutable de conduire à la philosophie de Spinoza. Quelle ^ I( est la valeur de toutes ces réfutations cartésiennes? Toutes ^^»ej sont bonnes au fond, parce que toutes, avec plus on moins^ m^^ms
de rigueur, signalent, comme nous l'avons faH, le vice fon ji-
damental du tissu géométrique de la doctrine de Spinoza. \\M W^l en est même qui portent uniquement sur cette définition d^ JEile la substance, où, comme nous l'avons démontré, esrt conte — nue tout entière l'erreur de Spinoza (1). Tous les adversaires de Spinoza sont unanimes à lui reprocher de n'avoir pas montré, ce qui est le fondement de son système, queTexis^ <s« tence par soi, caractère essentiel de Pexfstcnce première, e^ M aussi le caractère essentiel de toute substance. Ils lui oppo^ sent, d'après Descartes, que le mot de substance n'est ^m^s univoque au regard de Dieu et des créatures, et que le ca-*
une langue commune et réduit à des expressions ordinaires , put être «d état d*cxciter une indignation pareille à la mienne, et procurer par ce moyen de véritables ennemis à de si pernicieux principes... J'ai même pooai* la sincérité jusqu'à soutenir les sophismcs évidents dont son livre contieiit un grand nombre, par les moyens les plus plausibles que j'ai pu déeoornf dans la logique naturelle où je suis instruit, etc. » L'abbé Lenglet-Dofré' noy , sur la foi du titre, a publié l'ouvrage de Boulainvilliers en compagnie des Réfutations sincères et sérieuses de Fénelon et du P. François Uni (1 vol. in-12, Bruxelles, 1730).
(1) Eommen philosophieum êextœ definUionis partie primœ Ethieei BeneâUti de Sptnoira, 1 vol. in-4<>, 1698. pnr Jonsius, médecin de Dordrecht.
ractëre général de (ouie aubsdince est d'exjsier en soi ei non i'ciister par soi. Mais voie! le iAfani génial 4es rjifataMans (Mirenient cartésieoiies. Tfupt en plafiu^nt ()es ^ubalance^ secondes entre la sabsiance pren^iére et jes ^in^ples phénomènes, elles ne donnent à ces substances secondes -^î cpnsî^tavice propre, ni force essentielle. Or, confine nous Ta- Ypqg ipontré daps la métaphysiqjue ifi pesc^rtei;, la logique pppsae h p^sorber dans la substance première ces substances 4é|[M^uillée;s (]e tout iqarç.clère propre de fixité et d'activité, i^i^pnles pu pljut^t confondues par le caractère commun de pfssiye.té, qui les rend semblables à de simples phénomènes. MJn prinjçipe d'individuation, voilà ce qui manque aux réfutalion^ .partésijBunes pour maintenir et défendre victorieuse- Rieolr .çpnlre Spinoza, la (Jistinctipn donnée par Descartes, ^nfçirfl[iémen,t m l'expérience et au sens commun. A Leibnitz revieipt l'hojnaenr d'avoir complété la réfutation de Spinoza ; J fi trQjavé ce principe d'individuafion qui manquait aux rartéfieyps, (}ans ces forces simples et irréducjiibjes, dans ces [liQfifMl^^ Qiiî sont les éléments de tous les êtres de l'univers. ^Uin^s 4'unje fprce et d'une activité ^essientielles, elles résistefil .pu succoinb.aj^ent Ijes substances passiyes de Descartes, el elle9 ne ;s,e laissent pas plus absorber par la.subslaoce pre- VBiièrfdf que coii^tfoD^dre avec de simples phénomène?.
Mais Leibailz avait réfuté ^inpz|i 4^ttnp nianji.ère in4irççte platôt que directe et par la sei^e onpo^ition ^e 9^ propres piittcipes. C'est Wolf qui, avales principes de LeU^nitz, fi.t 4e iipinoza n^e réfiUation déXaillée et systématique. Selpn Wolf, l'idée d'être fini D'^z^clut pas celle de sijibstaptjalité, et partout où quelque chose persévère sous un changement, il faut admettre une substance (1). Au jugement de Tenne-
(1) Theofoyiu Hoturuli», loin*' II, $ H7i-710.
mann et de Fichie le fils (1), c'est la plus profonde et la plus complète critique qui jamais ait été faite de Spinoza. Elle parut tellement décisive que Tinfluence immédiate de Spinoza fut anéantie en Allemagne, où pendant longtemps il demeura oublié et décrié.
Aussi y eut-il en Allemagne une sorte de scandale quand Jacobi, à la Gn du XYIIP siècle, dans ses Lettres àMendelsohn, révéla fout à coup que la devise de Lessing était jy nai a ,3^ v&y et que, dans ses dernières années, il avait voué un culte ^ ^1 secret à Spinoza (2). Adversaire de Spinoza, Jacobi contribue néanmoins, lui aussi, à relever sa doctrine, en la défendantjr Mml contre certains préjugés, et en s'appliquant à montrer qu'an — klbdcune autre philosophie ne l'égaie en force et en rigueur, afiirv mn d'en tirer la condamnation de toute philosophie démonstra — .flQtive ou fondée sur la raison. D'ailleurs, Jacobi se montra toujours plein d'admiration pour le génie et la personne d Spinoza. « Sois béni, dit-il, dans une de ses Lettres sur Spi noza, ô grand et saint Baruch! tuas pu, en méditant sur la n ture de l'Étre-Supréme, t* égarer par les mots ; mais la véri divine était dans ton âme, Tamour de Dieu faisait toute vie ! » Avec un enthousiasme plus grand encore que celui Jacobi, le théologien Schleiermacher s'écrie: « Sacrifiez moi une boucle de cheveux aux mânes de Spinoza saint ^^^ proscrit. L'esprit de Tunivers le pénétrait, Tinfini était sci^n commencement et sa fin, l'universel son unique et élerm^ amour. Il était plein de religion et de l'Esprit saint, roi'' pourquoi il est demeuré seul, et sans avoir été jamais égal^f maître dans son art, bien élevé au-dessus de la foule profane;
(1) Beitrage zur charakteristik der ncueren Philosophie, s. 447.
(2) Ueber die Lehre des Spinoza in Briefen an Hni Moses Mendeltohn von F. -H. Jacobi, 1 vol. in-12. Breslau, 1785.
sans disciples el sans droit de cité (t). » C'est ainsi qu*Ërasme, dans ses colloques, canonisait et invoquait Socrate etReuchlin : saint Socrate, saint Reuchlin, priez pour noas (2)!
Les poètes se passionnent aussi pour Spinoza, et puisent dans sa doctrine de hardies et poétiques inspirations. Ils chantent le Dieu nature ; ils animent, ils déifient la natare entière, partout ils sentent son souffle et sa vie. Parmi eux se distingue Novalis, qui a dit de Spinoza, que c'était un homme enivré de Dieu. V Éthique était la lecture favorite de 6o€the : « Je me réfugiai, dit-il quelque part, dans Y Éthique mon antique asile (3). » Ailleurs il raconte quelle impression profonde a faite sur lui cette lecture : « Le grand esprit qui agit si puissamment sur le mien et qui a exercé une si grande influence sur toutes mes opinions, est celui de Spinoza. Après avoir vainement jeté les yeux autour de moi sur le monde, pour éclaircir Tétrange énigme de mon être moral, je tombai cinfin sur V Éthique de cet homme. Ce que je lus dans cet ouvrage ou ce que je crus y lire, je ne puis en rendre compte ; mais j'y trouvai le calme de mes passions, et il me sembla qa^l m'ouvrait une large et libre vue sur le monde sensible et moral. Mais ce qui m'enchaîna surtout, c'est ce désintéressement sans limites qui rayonnait autour de chacune de ses pensées. Cette sérénité de Spinoza qui calmait et égalisait tout, contrastait avec la véhémence de mon âme qui remuait et agitait tout, et sa précision mathématique avec ma manière habitoelle d^imaginer et de sentir (4). » De toutes parts on le traduit , on Tédite. Le docteur Paulus en donne , en 1803 ,
(1) Veber die Heligkrn Lehren, s. M.
(2) Àpotheosis Capnionis et convivium religiosum.
(3) Voir rintroduction de M. Saissel à la traduction des OKuvres de î pinoza.
(4) Dichtung und IVahreit^p. l'i.
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