CHAPITRE XXn
Persécution du cartésianisme en France . — Décret de la congrégation l'Index. — Réflexions d'Amauld sur ce décret. — Défense de la cour prononcer l'oraison funèbre de Descaries. — Ordre verbal du roi déclaj en 1671 à l'Université par rarcbevéque de Paris. — Le Parlement solUcS de renouveler contre le cartésianisme l'arrêt de 1624. — Arrêt lHirieg<K~de Boileau. — Mémoire d'Amauld en faveur de la liberté philosophique^ Descartes interdit dans les universités de province comme dans celle Paris. — Université d'Angers. — Lettre du roi au recteur. — Appel parlement de Paris du supérieur du collège de l'Oratoire. — Arrêt conseil du roi qui casse l'arrêt du parlement. — Résistance et ex3 de nard Lami. — Université de Caen. — Curés et professeurs cartésiens —Censures des ordres religieux.— Bénédictins. — Congrégation de Sai Geneviève. — Formulaire théologique et philosophique imposé à l'OraU ^nire par les jésuites. — Le P. Quesnel et les Oratoriens de Mons. — Renou^"^^!lement à diverses époques, dans l'Université de Paris, des avertissem^^^t^ contre les doctrines nouvelles. — Dénonciation du P. Valois à l'assemJfc'w du clergé. — Censure de Huet. — Conférences cartésiennes interdite» - "~ Alarmes des cartésiens. — Impuissance de cette persécution.
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Le premier coup porté contre la philosophie de-Descartes partit de Rome. Vingt-trois ans après la publication do Discours de la Méthode 9 treize ans après la mort de Descartes, et lorsque déjà tous ses ouvrages étaient depuis longtemps
répandus dans toutes les parties de l'Europe, la congrégation de rindex s'avise du poison caché qu'ils contiennent et les condamne avec la formule adoucie dxxdonec corrigantur (1). A en croire Baillet , la congrégation ne se sérail pas avisée de oeite condamnation , et n'aurait pas plus touché à ses écrits après sa mort que pendant sa vie, sans les intrigues d'un autêor particulier qui sut adroitement faire glisser ses ouvrages dans leur Index (2). Le nom de cet auteur particulier, Arnaoldnousle donne, c^était un Jésuite, le Père Fabry. 11 est impossible d'attaquer plus vivement qu'Amauld lui-même ce malheureux décret, et de relever avec plus de bon sens et d'ironie les contradictions de la congrégation de Tlndex. Il ne s'étonne pas , écrit-il à M. du Yaucel (3j , de ce qu'on lui mande de Naples, que de jeunes fous sont devenus athées par
(1) Voici le texte même de cette condamnation : « Sacrœlndicis congre - ^aUonis decreto damnati , prohibiti , ac respective suspensi fuenmt infra âcripti libri, ubicumque et quocumque idiomate impressi imprimendive.^- Nemo cujuscumque gradus et conditionis eos in posterum vel imprimat, vel légat, vel retineat. Si quis intérim habuerit inquisitoribus, seu locorum ordinariîs, a prsesentis decrcti notitia tradat, sub pœnis in Indice librorum prohîbitorum contentis : libri sunt , Renati Descartes opéra sequentia donec corrigantur : De prima pfUlosophia in qua Dei existentia , etc. — Hfotœ in programma quoddam sub finem anni 1654 in'Belgio editwn cum hoc tUulo : Explicatio mentis huma/nœ sive de anima rationali, ubi explicatur ^uid sit et esse possit. — Epistola ad Petrum Dinet , societatis Jesu. — tSpiêtola a4 celeberrimum virum Gisbertum Voetium, — Passiones animœ. ^— Ejusdemque auctoris opéra philosophica. — In quorum fidcm manu cl sigilk) Eminent. et Révérend. DD. Cardinalis Ginetti episcopi sabinensis , siipradictœ congregationis prœfecti , prsesens decretum signatum et munitum fuit, Datum Romse in palatio apostolico quirinali , die 20 novembris 1663. » («es censeurs romains firent mieux encore en 1722 et mirent à l'index, sans le donec corrigantur , une édition des Méditations de Descartes > d^Âmsterdara, 1709.
(2) Baillet, tome 2, p. 529.
(3) Lettre 860, tome .S, p. 396 dos OEiivrcs complclcs.
la lecture des œuvres de Gassendi , qui a employé tout ce qu*il avait d'esprit à déCrnirece que DescarCes avait trouvé de plus fort pour prouver Texistence de Dieu et riramortaUté de i'taie. « N'y a-t<-il pas de quoi admirer cependant le grand jugement de Messieurs les inquisiteurs de Rome et le grand service qu'ils rendent à TËglise par leurs proinbitions P lia ont laissé toute liberté à ces jeunes gens de lire Tautear qni détruit , autant qu'il peut , les preuves ieè plus solides de l'exi»tenoe de Dieu et de l'immortalité de l'âme (car il n'y a ancon des ouvrages de M. Gassendi qui soit dans l'Index), mais il ne leur a pas été permis de lire celui qui les aurait persuadés de ces véritési, pour peu qu'ils eussent Tesprit bien fait, o Dans cette lettre il signale encore la même contradiction i propos du placard de Régi us, qui soutient que l'âme n*est ifu^one modi6cation de la substance corporelle, et de la réfutation de Oescartes. « Qu'ont fait nos censeurs romains? Ils n'ont rien dit du placard , et ils en ont mis la réfutation dans l'Iadex , c'est-è-Klire, qu'ils ont permis qu'on avalât le poison et défendu qu'on prit l'antidote. Il est vrai que c'est donac conigantur. Mais cela ne se pouvant point faire, parce qu'ils ne disent pas ce qu'il faut corriger, c'est la môme chose que si un livre était défendu absolument. »
Les décrets de Messieurs les inquisiteurs de Rome n'avaient pas force de loi en France; néanmoins, ils contribuèrent à y rendre suspecte la philosophie de Descartes, et furent comme le signal des défenses et des censures qui s'y succédèrent sans interruption, presque jusqu'à la fin du siècle, de la part da conseil du roi , de Tarchevéque de Paris, des universités et de la plupart des ordres religieux. Je me borne à rappeler que» cette même année, le nonce de Bruxelles dénonça le cartésianisme à l'université de Louvain. L^interdiction tout à coup sarvenue de la part de la cour, au milieu même de la pomp^ funèbre de Sainte-Geneviève, deprononcer l'éloge deOescarles,
fut la première marque publique de défiance contre la philosophie nouvelle. A cette même époque, tous les candidats aux chaires de philosophie étaient obligés de faire leurs preuves contre la prétendue nouvelle philosophie et de s'escrimer contre Descaries (1), ce qui n^empôche pas que sa philosophie ne s'introduise dans rUniversité. La preuve en est dans cet ordre verbal du roi, qui lui est déclaré en 1671 par l'archevêque de Paris, François de Harlay : « Le roi ayant appris que certaipes opinions que la Faculté de théologie avait censurées autrefois et que le parlement avait défendu d'enseigner ni de publier, se répandent présenteroent,non seulement dans rUniversité, mais aussi dans le reste de cette ville et dans quelques autres du royaume, soit par des étrangers, soit par des gens du dedans, voulant empêcher le cours de cette opinion qui pourrait porter quelques confusions dans l'explication de nos mystères, poussé de son zèle et de sa piété ordinaire, il m'a commandé de vous dire ses intentions. Le roi vous exhorte, Messieurs, de faire en sorte que Ton n'enseigne point dans les Universités d'autre doctrine que celle qui est portée par les règlejuents et les statuts de l'Université, et que l'on n'en mette rien dans lès thèses, et laisse à votre prudence et à votre sage conduite de prendre les voies nécessaires pour cela (2). »
(1) La chaire de philosophie du collège royal étant devenue vacante en 1669, voici les sujets donnés à traiter oralement à quatre candidats admis à la disputer : De immortalitate, de motu , de prœstantia philosopfUœ peripatetieœ, et enfin contre la prétendue nouvelle philosophie de M. Descartes, qtti dichu est magis induisisse novitati quam veritati. (Guy Patin, Lettres, Paris, 21 octobre 1669) .
(2) J'extrais ce texte et la plupart des autres censures de la philosophie de Descartes d'un petit in-12 (Paris, 1705) intitulé : Quœdam recentiorum philosophwrv/m ac prœsertim Cartesii propositiones damnatœ et prohibitœ. La plupart de ces faits ont été déjà signalés dans l'intéressant Mémoire de M. Cousin sur la persécution du cartésianisme.
Toutes les Facultés, laFacultéde théologie eu tête, s'empressent d'obéir et de protester de leur zèle pour la prohibition des opinions nouvelles. La Faculté de médecine ne se montre pas moins zélée que celle de théologie, et, consultée en 1673 par TAcadémie de médecine de Reims sur la question de savoir si on devait discuter une thèse empreinte de cartésianisme, elle fait cette réponse consignée dans ses actes, qu'il ne faut pas en souffrir la discussion et qu'il faut se soumettre respectueusement à l'arrêt du roi (1).
Non contents de cet ordre verbal, les adversaires da cartésianisme veulent faire renouveler, par le parlement, l'arrêt de i62k^ dont il a déjà été question dans cette histoire, ou en provoquer un nouveau, portant interdiction absolue contre les opinions cartésiennes , sous les peines les plus graves, dans toute l'étendue du royaume. L'Université préparait déjà sa requête au parlement, afin d'interdire Descartes et de maintenir Aristote; et le premier président. Lamoignon, s'entretenant familièrement avec Boileau, avait même dit qu'il ne pourrait se dispenser de rendre un arrêt conforme à la requête de l'Université. Là-dessus Boileau, en compagnie de Bernier et de Racine, imagine de parodier à l'avance ce ridicule arrêt dans un arrêt burlesque qui fut mis sous les yeux de Lamoignon. Celte spirituelle satire était dirigée, non seulement contre les philosophes, mais aussi contre les médecins scholastiques qui ne voulaient entendre parler ni du quinquina, ni de la circulation du sang, contre tous les aveugles et fanatiques adversaires des opinions nouvelles. L'arrêt est donné en faveur des mattres-ès-arls, médecins et professeurs de l'Université pour le maintien de la doctrine d' Aristote (2) , et il bannit à perpétuité la raison des écoles de l'Université. Sachons gré à Boileau et à Racine de cette pi-
(1) Quœdamrecenlim'um, etc.
(2) Œuvreti de Boileau, éd. do Saint-Marc, tome III. (>. 43. — L'arrcl bur-
quante raillerie en faveur de Descartes et de la raison. D'après une note de Saint-Marc (1), non seulement elle aurait fait rire
lesque et Thistoire de sa composition se trouve aussi dans les Mémoires sur la vie de Jean Racine, par son fils. En voici quelques passages : « Vu par la eofur la requête présentée par les régents, maîtres-ès-arts, docteurs et professeurs de l'Université, tant en leur nom que comme tuteurs et défenseurs de la doctrine de maître Aristote, ancien professeur royal en grec dans le collège du Lycée, et précepteur du feu roi de querelleuse mémoire, Alexandre dit le Grand, acquéreur de l'Asie, Europe, Afrique et autres lieux, contenant que, depuis quelques années, une inconnue, nommée la Raison, aurait entrepris d'entrer par force dans les écoles de ladite Université , et pour cet effet , à l'aide de certains quidams factieux prenant les surnoms factieux de cartésiens, nouveaux philosophes, circulateurs et gassendistes , gens sans aveu , se serait mise en état d'en expulser Aristote , ancien et paisible possesseur desdites écoles... Voulant assujettir ledit Aristote à subir devant elle l'examen de sa doctrine, ce qui serait directement opposé aux lois , us et coutumes de ladite Université, où ledit Aristote aurait toujours été reconnu pour juge sans appel et non comptable de ses opinions... et, non contente de cela, aurait entrepris de diffamer et de bannir des écoles de philosophie les formalités, matérialités, entités, identités, virtualités, eccéités, pétréités, polycarpéités et autres êtres imaginaires, tous enfants et ayant-cause de défunt maître Jean Scot leur père, ce qui causerait un préjudice notable, et causerait la totale subversion de la philosophie scholastique dont elles sont tout le mystère , et dont elle tire toute sa subsistance, s'il n'y était par la Cour pourvu.... La Cour a maintenu et gardé, maintient et garde Aristote en pleine et paisible possession et jouissance desdites écoles ; ordonne qu'il sera toujours suivi et enseigné par les régents, docteurs, maitres-ès-arts et professeurs en ladite Université, sans que pour cela ils soient obligés de le lire ou de savoir sa langue et ses sentiments; remet les entités, identités, etc., en leur bonne £une... bannit à perpétuité la Raison des écoles de ladite Université, lui fait défense d'y entrer , troubler ni inquiéter ledit Aristote en la possession et jouissance d'icelles , à peine d'être déclarée janséniste et amie des nouveautés.»
La requête de l'Université, qui ne parut point , fut aussi tournée en ridicule par Remier , à l'imitation de l'arrêt burlesque. Cette requête burlesque se trouve dans le Ménagiana^ tome 4 , p. 271 , éd. de 1715.
(1) Œuvres de Boileau, tome 3, p. 43.
le président Lamoignon , mais plusieurs fois il aurait avoué à Boileau qu'elle Tavait empoché de rendre un autre arrêt qui aurait fait rire tout le monde. Boileau lui-môme, à la fin de son Discours sur TOde, n'hésite pas à attribuer à l'arrêt bur-
lesque cet effet heureux d^avoir forcé l'Université à supprimer sa requête et prévenu une condamnation du parlement ; il cite ces vers d'Horace :
Ridicuhim acri Fortius ac mdius magnas plenimqiie secat res.
Mais il est permis de croire que l'arrêt burlesque n^en eut pas seul tout l'honneur. Il faut faire la part des sympathies que rencontrait, dans le parlement, la philosophie de Descaries, et des excellentes raisons contenues dans un Mémoire qui lui fut adressé, à cette même occasion , avec ce titre : Plusieurs raisons pour empêcher la censure ou condamnation de la philosophie de Descartes. Ce qui augmente encore pour nous l'intérêt de ce Mémoire, c%st que nous savons aujourd'hui , grâce à M. Cousin , qu'il est en effet d' Arnauld , dont à Ta^vance il paraissait digne par la force du style et des pensées (i). Il traite d'abord ceux qui sollicitent cet arrêt de personnes peu connues pour être des amis delà paix, et qui cherchent h renouveler les brouilleries. Il serait impossible que cet arrêt n'en produisît pas, quand ce ne serait pas leur dessein, car il ne changera pas d'un coup l'opinion des hommes qui ne se croient obligés de soumettre leur jugement è l'autorité
(1) « Nous avons , dit M. Cousin dans une note, retrouvé ce Mémoire attribué positivement à Arnauld et daté de 1679 dans un manuscrit de la Bibliothèque royale. » {Fragments de philosophie cartésienne^ séance d'une société cartésienne.)
qa'en matière de foi. L'histoire prouve que, par aucune loi , OD ne peut contraindre les hommes à adopter telle philosophie plutôt que telle autre et que, quand on le tente, on ne fait que commettre l'autorité de l'Église et des magistrats. Arnauld en donne comme preuve tout le livre curieux de de Launoy, De varia Ar%$toteii$ fortuna^ Tédit qui paraît aujourd'hui si ridicule de Louis XI contre les nominaux, el enfin ce fameux édil, de 1624, interdisant, à peine de vie, les opinions nouvelles^ lequel n'empêcha pas Gassendi de publier la même année ses Eooercitationes aàversus Arisioteleos, Ce qu'on prétend faire aujourd'hui ne peut qu'être préjudiciable à la religion, en donnant à penser qu'une doctrine trèa^répandue parmi les catholiques ruine l'Eucharistie. Seraee donc une raison de ne pas la condamner, si, en effet , elle ne s'accorde pas avec la foi? Mais autant, suivant Arnauld, en pourra-t-on dire de toute philosophie, parce que, dans les bornas de la raison, toute philosophie présentera toujours des difficultés qui sembleront dioquer ta foi des mystères. Aristote, pas plus que Descartes, ne peut se concilier avec la foi qu'autant qu'on ne s'arrête pas à ces difficultés, et qu'on reconnaisse que la raison naturelle ne peut rien faire concevoir de toutes ces choses, lesquelles nous paraîtraient impossibles, si nous ne considérions la puissance infinie de Dieu, qui lui permet de faire ce que notre raison ne saurait comprendre. Hors ce principe, nulle philosophie ne peut s'accorder avec la foi ; avec ee principe, il n'y en a point de raisonnable qu'on n'y puisse accorder. L'arrêt de 1624, qu'il s'agit de renouveler, ne s'applique h la philosophie de Descartes, qu'en tant qu'il oblige à conserver les formes substantielles. Or, les formes substantielles, non spirituelles, sont abandonnées ou combattues même par les partisans de l'ancienne philosophie , tels que le Minime Maignan et les Pères Jésuites Rapin et Fabry. Enfin, la dernière raison et la plus convaincante, c'est qu'il
n'y a nui inconvénient à laisser les choses comme elles sont, depuis tant d'années , et quMl y en a toujours bien davantage à remuer les sujets de contestations et de disputes « et à donner occasion à ceux qui ne veulent que brouiller.
Mais, quoique le parlement eût fait défaut aux adversaires fanatiques de la philosophie nouvelle, la persécution contre le cartésianisme ne s'étendit pas moins de l'Université de Paris aux Universités des provinces, soit par la transmission directe d'ordres du roi , soit par un empressement spontané à faire preuve de zèle et à imiter l'exemple de celle de Paris. Entre toutes les Universités de provincCyCelle d'Angers s'était signalée par renseignement cartésien de quelques-uns de ses professeurs. L'Oratoire avait ù Angers un de ses plus importants collèges ;c^est là qu'André Martin, auteur d'une PAilosopftia christianaj sous le pseudonynie d'Ambrosius Victor, avait, un des premiers, professé le cartésianisme; c'est là que le professait plus hardiment encore Bernard Lami , qui lui avait succédé dans la même chaire, et enfin le principal Goquery ne montrait pas moins de zèle pour les opinions nouvelles. Voici la lettre du roi adressée en 1675, au recteur de l'université d'Angers : « Nous avons été depuis peu informé que, dans Tuniversitéde notre ville d*Angers« on enseignait les opinions et les sentiments de Descartes, et , comme dans la suite, cela pourrait causer à notre royaume quelque désordre , nous vous faisons cette lettre, pour vous niander et ordonner très-expressément, d'empêcher et faire défenses de notre part , aux professeurs de ladite Université , de continuer de faire lesdites leçons en quelque sorte et manière que ce soit , tout ainsi qu'a fait par nos ordres en l'Université de Paris le recteur d'icelle, vous assurant que vous ferez chose qui nous sera d'autaut plus agréable de vous conformer à notre intention, qu'elle regarde le bien de notre service et celui du public. N*y faites donc pas
faute, à peine de désobéissance, car tel est notre bon plaisir (1). »
A la réception de cet ordre, tonte l'Université se rénnit et décide que la lettre sera mise dans ses archives , que tous les principaux de collège , tous les professeurs de philosophie de rOratoire , tous les prieurs des monastères serojnt convoqués pour les faire souscrire aux conclusions de l'Université y que toutes les thèses et tous les cahiers de philosophie seront soumis à la censure d'une commission de députés de l'Université. Le principal du collège d'Anjou, Goquery, seul résiste ; il ose se porter opposant et en appeler au parlement de Paris contre Tarrét de l'université d'Angers , dont sans doute il déclinait la juridiction. Le parlement, qui n^avait pas voulu rendre contre le cartésianisme Tarrèt de proscription qu'on lui demandait , fit droit a l'appel de ce courageux Oratorien, il cassa l'arrêt de l'université d'Angers et la manda à sa barre. L'opposition de Coquery en faveur de Descartes par devant le parlement de Paris et le succès de cette opposition constituent sans contredit un des plus intéressants épisodes de la persécution du cartésianisme. Mais ce succès ne pouvait être de longue durée ; en condamnant l'université d'Angers, le parlement faisait de l'opposition au roi lui-même, par Tordre duquel elle avait proscrit Descartes. Aussi , le 2 août 1675 , intervient un arrêt du conseil du roi qui met au néant l'opposition de Goqaery,casse l'arrêt du parlement, etordonnede nouveanau recteur d^em pêcher qu'il ne so^t enseigné aucune opinion fondée sur les principes de Descartes (2). Un arrêt aussi solennel et ex-
(1) Q^œdam recentiorum philosophorum ctc prœsefHim Cartesii opinioneg damnatœj etc.
(2) Cet arrêt est cité par M. Cousin dans son Mémoire sur la persécution du cartésianisme. Il est intitulé : Arrêt du Conseil d'état du Roi qui confirme la condamnation du cartésianisme et qui ordonne aux Pères de l'Oratoire
plicite porte pour quelque temps le coup de grâce au carfé«sianisme dans renseignement.
Cependant Bernard Laroi continuait à Angers d'enseigner Descartes , sans autre précaution que de dissimuler plus ou moins bien ses opinions sons le nom et la forme de celles d^Aristote , ce qui lui attire une nouvelle injonction, de la part du recteur et des commissaires, de revenir i la philosophie de l'École et de renoncer à sa doctrine , a laquelle nous, recteur et commissaires ci-après nommés, nous condamnons conjointement comme contraire à la déclaration du roi et conforme à la doctrine dndit Descartes (1). » Pour prévenir les conséquences fâcheuses de Topiniâtreté de Goquery et de Lami pour l'Ordre tout entier, les chefs de TOraloire interviennent , ils invitent Coquery à se soumettre et blâment sévèrement la conduite de Lami : oc S'il n'y allait , disent-ils , que de son honneur et de son repos , on pourrait prendre patience ; mais
de se soumettre aux conclusions de l'université d'Angers , en conséquence de l'ordre du roi. En voici les conclusions : « Sa Majesté a cassé et, ^Mse ensemble tout ce qui s'en est suivi, a déchargé et décharge ledit recteur de ladite université d'Angers et tous autres de l'assignation à eux donnée audit parlement de Paris, en conséquence dudit arrêt ; ce faisant sa dite Majesté a ordonné et ordonne que dans quinzaine du jour de la signification qui sera faite du présent arrêt, tant au supérieur et au principal da ooUége d'Anjou qu'à tous autres que besoing sera, ils seront tenus de souserire à ladite conclusion et délibération , pour être exécutée selon sa forme et teneur, dont le recteur de ladite université certifiera sadite Majesté , laquelle lui ordonne d'abondant d'empêcher qu'il ne soit enseigné et soutenu aucunes opinions fondées sur les principes de Descartes et fait très expresses défenses au dit parlement de Paris de passer outre sur ledit appel) etc. — Du 2 août 1675, Versailles. Signé, Daligre. »
(1) Voir la préface de l'ouvrage anonyme, La pftilt}sophie de M. Descartes contraire à la foi catholique, où sont rapportées les diverses ecMndamnations ou censures dont cette philosophie a été l'objet.
il y va de celui de toute notre congrégation, que nous sommes obligés de conserver selon tout notre pouvoir , et pour y travailler de la bonne manière , nous vous supplions de ne point soufiHr qu'il enseigne les opinions de Descartes , quelque explication qn^l prétende y donner.. .Nous aimons mieux voir sa classe tout«à-fait abandonnée de maître et d'écoliers que de souffrir que toute notre congrégation soit humiliée dans toute la France par Topiniâtreté et la rébellion d'un particulier (l).» Enfin, dans son propre intérêt et dans celui de la congrégation, pour empêcher les choses d'aller plus loiu, ils se décident à le frapper eux-mêmes , ils le suspendent de sa chaire et l'exilent à Saint-Martin-de-Misère en Dauphiné , « sans qu'il puisse être employé 6 la régence ni à la prédication (2). »
L'université de Gaen , qui , selon Bayle , était une des plus florissantes du royaume pour la philosophie , après celle de Paris , se prononce bientôt après, de la même manière que celle d'Angers , contre Descartes. Un décret de la Faculté de théologie , de 1677 , interdit l'espérance d'aucun grade dans la Faculté h quiconque est entaché de cartésianisme, et défend à Ions ceux qui déjà en font partie de renseigner de vive voix on par écrit, sous peine de perdre leurs privilèges et leurs degrés (3). A Gaen , de même qu'à Angers , il y eut aussi , à la suite de ces arrêts , des suspensions , des exils contre ceux qui continuèrent à montrer de l'attachement pour Descartes. Flosieurs professeurs de l'Université, et même des curés de la
(1) La philosophie de M, Descartes, etc.
(2) Nous reviendrons sur Bernard Lami dans l'histoire de la philosophie de Malebranche.
(3) Declaramus principia philosophîse Rcnati Descartes saniori theologoram doctrinœ contraria nobis vidcri, et perpetuo decreto statuimus neminem eorum qui illa sustinere aut dcfendere voluerint, adullumhujus sacrseFacultatis gradum esse dcinceps admittendum , etc. {Quœdam recentiorum, etc).
ville 9 furent eiilés oa obligés de se rétracter, poursuivis sons la double accusation de cartésianisme et de jansénisme (1). Nous citerons Gally , ancien recteur de TUniversité , professeur d'éloquence , curé d'une des paroisses de la ville, qui fut censuré par Tévéque de Bayeux , obligé à une amende honorable et exilé pour une explication cartésienne de rEucba-* ristie (2).
De même que les Universités , la plupart des ordres religieux enseignants , et surtout, les plus suspects de cartésianisme, prononcèrent, pour détourner Torage, des censures et des interdictions contre la philosophie de Descartes. En 1676 les Pères Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur décident que les Pères visiteurs avertiront ceux de leurs confrères qui se destinent à l'enseignement de la théologie ou de la philosophie: (x qu'ils doivent suivre, dans leurs avis et explications, les propositions qui ont été dressées par ordre du chapitregénéral et pareillement qu'ils se doivent abstenir d'enseigner les nouvelles opinions touchant l'essence des corps , qu'elles mettent dans l'extension actuelle, et que les accidents qu'elles ne distinguent point réellement de la nature « et autres qui pourraient avoir connexion avec les dogmes de la foi , et que s'ils ne veulent se soumettre à ces conditions, on jettera les. yeux sur d'autres pour remplir cet emploi (3). » Même condamnation de la part des chanoines de la congrégation de Sainte-Geneviève, dont l'assemblée générale de 1678 défend
(1) « On vient de m'écrire que M. Caily, curé de Saint-Martin de Caeo, M. Malouin, curé de Saint-Etienne de la même ville, et celui de Saint-Sauveur ont été relégués, le premier à Montdidier, le deuxième à Moulins, le troisième à Pontorson , et que c'est à cause du cartésianisme et du jansénisme. » (Bayle, Rép. des lettres. Janvier 1687).
(2) Voir plus bas l'article sur Cally,
(3) Qnœdam recenfiomm philonophonitHy etc.
à tous les professeurs de théologie d'enseigner aucune doclrine suspecte des sentiments particuliers de Jansénius , et pareillement aux professeurs de philosophie d'enseigner les opinions de Descartes (1).
Plus suspecte que toutes les autres, sojis le double rapport du jansénisme et du cartésianisme » la congrégation de l'Oratoire dut faire encore davantage pour détourner Forage qui la menaçait et sauver ses collèges. En vain avait-elle abandonné ceux des siens qui s'étaient compromis pour Descartes / en vain dans un ordre à ses collèges de 1675 avait-' elle interdit d'une manière absolue le cartésianisme, « lequel pourrait occasionner quelque désordre dans le, royaume , ce que le roi veut prévenir pour le bien de son service ; » l'ar-^ chevôque de Paris et les jésuites, ses implacables adversaires, exigèrent encore d^elle celte suprême humiliation , d'accepter de leurs mains et de voter en assemblée générale un formulaire théologique et philosophique par lequel ils reniaient solennellement leurs décisions antérieures, leur drapeau philosophique et religieux pour passer sous le joug des auteurs et des doctrines des jésuites. Intimidée par la menace d^une ruine complète , l'assemblée générale de TOratoire de 1678 adopte un concordat avec les jésuites dans lequel , contrairement à l'esprit de son institution et à une décision de l'assemblée précédente, elle efface de ses statuts la préférence ppur saint Augustin et saint Thomas , sous le prétexte menteur de rendre à quelques particuliers une liberté qu*ils ne cherchaient pas , et en même temps enjoint de regarder avec estime et respect ceux qui se seront attachés à des sentiments contraires , c'est-à-dire Molina et ses disciples. Si la congrégation de l'Oratoire est contrainte d'abandonner saint
(1) Quœdam vecenliomm, Hr.
Augustin , à plu8 forte raison Descartes. En effet » dans ce même formulaire il est dit que Ton ne doit point s^éloigner de la physique d'Âristote, que l'on doit enseigner : 1^ que Textension actuelle et eitérieure n'est point de Vessence de la matière ; 2^ qu'en chaque corps naturel il y a une form& substantielle réellement distinguée de la matière ; 3^ qoML y a des accidents réels et absolus inhérents h leur sujet, réellement distingués de toute autre substance, et qui peuvent être sumaturellement sans aucun sujet ; V^ que l'âme est réelle^ ment présente et unie à tout le corps et à toutes les parties du corps; 5^ que la pensée et la connaissance ne sont pas de l'essence de l'âme raisonnable ; 6^ qu'il n'y a aucune répv — gnance que Dieu puisse produire plusieurs mondes en même temps ; T que le vide n'est pas impossible. Enfin on s*enga — geait encore à abréger la morale , à en traiter en philoso — phes et non en théologiens (1). La cour exigea que ce for- — mulaire fût transcrit sur les livres de visite de chaque ma%.son , et signé par tous ceux qui les composaient.
Plutôt que de renier leurs prédilections théologiques ou pfersilosophiquesetde subir un jougsi honteux de la part des Jésuit^ss, plusieurs membres les plus distingués de l'Oratoire aimèr^eo( mieux sortir de la congrégation (2) Je citerai les PP. DugneM. et Quesnel, qui quittèrent en même temps la France et allèr^3io( rejoindre Arnauld à Bruxelles. Quesnelfitses adieux à sa congrégation et à la France par une lettre d'une grande vivaciM: « Pourquoi, disait«il, m'engagerais-je à renoncer à la raisoD; à l'évidence, à ma liberté , si je trouve les opinions de Descartes
(1) Voir ce Concordat dans le Recueil de Bayle , avec les remarques dont il est accompagné.
(2) Voir la Notice sur Sainle-Marlhe, supérieur <îc l'Oratoire, à lasuitcde la Vie du cardinal de BèruUe^ par le P. Tabaraud.
meilleures que les autres en philosophie ? » Sous son inQuence, les Oratoriens de Hons reftisèrent aussi de signer le formolaire. Ils disent dans leur protestation : « Nous vouloosélre libres ; s'il se trouve des régents pour enseigner à ces conditiens , qu'ils en usent comme ils l'entendront. Mais obliger des prêtres , appliqués à tout autre chose , d'asservir leur liberté et leur raison sous un joug si ridicule, c'est déshonorer la Tâfson humaine et la dignité de l'état sacerdotal (1). » A ces dures conditions l'Oratoire put continuer d'exîsler et garder ses collèges.
Il paratt que tous ces ordres du roi n'avaient pas suffi pour préserver entièrement l'université de Paris de la contagion des doctrines nouvelles. Du moins y voyons-nous encore plus tard, à différentes reprises , se renouveler les avertissements et les décisions pour le maintien des anciennes doctrines. Ainsi, en 1691 , le recteur et les professeurs de philosophie de l'acadéniie de Paris se réunissent d'après un nouvel ordre du roi , qai leur est encore communiqué par l'archevêque de Paris , poor condamner plusieurs propositions prétendues extraites é^ écrits de quelques professeurs de l'Université, « lesquelles Sa Majesté désire n'être pas soutenues dans les écoles. » Ces propositions sont au nombre de onze , desquelles je n'extrais que celles qui se rapportent à la philosophie et à Descartes : nfaut se défaire de toutes sortes de préjugéset douter de tout avant que de s'assurer d'aucune connaissance ; -»en philosophie il ne faut pas se mettre en peine des conséquences fâcheuses qu'un sentiment peut avoir pour la foi , quand même il paraîtrait incompatible avec elle ; nonobstant cela , il faut s'arrêter à cette opinion si elle semble évidente ; — la matière
(1) Querelles littéraires, 4 vol. in-12, Paris, 1761 , par Irailh. Les Oratoriens et les Jésuites, 4">« vol.
des corps n'est rien autre chose que leur étendue; -^- il fout rejeter toutes les raisons dont les théologiens et las philosophes se sont servis pour démontrer qu'il y a un Dieu, etc;(l). La société de Sorbonne ayant appris que quelques-uns des professeurs de philosophie qui aspiraient à faire partie de ses membres sacrifiaient Aristote aux opinions nouvelles, décide aussi 9 cette même année , qu'il sera enjoint, surtout è ceux qui enseignent dans des collèges placés sous sa dépendance , de renoncer désormais aux nouveautés et de revenir à Aristote. Enfin , en 1704 et 1705 , sur l'injonction du cardinal de Noailles, afin d'établir la paix entre les théologiens et les philosophes , et surtout de mettre un terme aux querelles suv* l'Eucharistie, nous voyons le recteur convoquer tous les pro — fesseurs de philosophie de TUniversité pour les rappeler & L« stricte exécution de la volonté du roi louchant les onze pro*—
positions censurées en 1691, et les faire s'engager par écrit s ne les admettre sous aucune forme dans leur enseignement {iT} • Il était naturel que la Société des jésuites veillât à ne pas laisser se glisser dans son sein cette même philosophie dowai elle poursuivait avec tant d'acharnement la ruine chez les autres. Aussi, ayant conçu des soupçons et des craintes à ce sujet, tant le cartésianisme pénétrait partout, il y eut es 1766 un ordre du général Tamburini interdisant l'enseignement de trente propositions, parmi lesquelles on reconn^ft les principes de Descartes, et enjoignant à tout membre de Is Société, non seulement de ne pas le suivre, mais de faire preuve de zèle contre sa doctrine.
Ces condamnations et ces censures mettaient de dangereux armes aux mains des adversaires du cartésianisme, dontqoel-
(1) Qœudam recentiorwn philotophoyum, etc.
[2) Ibid.
que»-UDS étaient particulièrement redoutables par la renommée de leur science, par leur rang dans TËglise et par la fiolence de leur zèle en faveur de la foi. Ils réclamaient à grands cris des mesures générales d'inquisition et d'intimidation contre les cartésiens, non seulement contre ceux des universités et des congrégations, mais aussi contre ceux du monde, comme coupables de flagrante hérésie. Le jésuite Valois dénonce à l'assemblée générale du clergé de France Descartes et ses sectateurs comme fauteurs de Calvin , Huel publie la Censure de la philosophie cartésienne. Nous avons vu par un passage des lettres de M,^^ de Sévigné que, pendant quelque temps, il y eut du danger à se prononcer trop hautement, môme dans le monde, en faveur de Descartes. Les conférences cartésiennes furent interdites, et le privilège refusé aux livres qui s'annonçaient explicitement comme des expositions ou des défenses de la philosophie de Descartes. Nous pouvons citer l'exemple de Régis. L'éclat de ses conférences, dit Fontenelle dans son Êloge^ leur devint funeste. L'archevêque de Paris lui donna un ordre de les suspendre, déguisé «ous forme de prière et de conseil, et Timpression de son g^rand ouvrage sur la philosophie de Descartes fut traversée pendant dix ans. En 1690 seulement Régis put obtenir de le faire paraître, à la condition d'effacer du titre le nom de Descartes (1).
Cette période de 1675 à 1690 est celle de la plus grande vivacité de la persécution contre le cartésianisme. C'esi alors que tous les cartésiens, comme dit Bayle , furent dans l'alarme et craignirent de se voir exposés à la signature d'un formulaire , sous peine d'être excommuniés comme hérétiques (2). Mais heureusement les formulaires
(1) Voir le chapitre 24, sur Régis.
(2) Préfare du Rfcueil de pièces , etc.
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seols (1). Ajoutons à ce témoignage celui du P. Daniel. Voici kis .nouvelles philosophiques qu'apportent à Descartes les voyageurs venus pour visiter le inonde qu*il construit dans la Iroisiëme ciel : « Si nous en jugeons par les livres, soit de i^ilosophie, soit de médecine qui nous viennent d*Angleten«9 âe Hollande et d'Allemagne, le cartésianisme a fait da gjrands progrès dans tous ces quartiers-là. On n'imprime qaêBi plus de cours de philosophie selon la méthode de l'École, el'jiresque tous les ouvrages de cette espèce, qui paraissent painjlGD&Q^ 6n France, sont des traités de physique qui supposent le» principes de la nouvelle philosophie. Les livres qui Iraillant de Tuniversçl, des degrés métaphysiques, de l'être de raison, font aujourd'hui peur aux libraires, ils ne veuleni: phis s'en charger et tâchent de se défaire de ce quMIs ea ont de reste, à quelque prix que ce soit, comme les marchands font des étoffes dont la mode est passée. Toutes ces (pestions autrefois si fameuses et qui avaient depuis près de daa^ cents ans fait gémir tant de presses et occupé tant d'imprimeurs ne se traitent plus que dans les écoles des professeurs publics (2). » L'enseignement môme des écoles, en dépit de toutes les prohibitions, se modifiait insensiblement, sous rirrésistible ascendant de la philosophie nouvelle et l'empire de l'opinion publique. Plus d'un professeur péripatélicien, criant bien haut contre le cartésianisme, introduisait dans son enseignement, surtout pour la physique, des
(1) Yerum his non obstantibus (adeo facile irrepit in hominum animos pravœ doctrinoe novitas !) non cessant cartistse illam docere pejori methodo quam si publicas de ea scholas instituèrent , varios scilicet vulgari idiomate edendo libros, suppresso auctoris nomine. Sic enim evulgant ad omne hominum genus, pueros, adultos, viros, fœminas, doctrinam illam quae in scholis ad paucos solosque viros extenditur. Vincentius, dUcussio peripateticay in-12, 1677.
(2) Voyage du monde de Descartes.
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