DU TRADUCTEUR. III
mettre à l'écart, et dire : Que m'importe (1)? » Le christianisme est loin d'être mort , comme le prétendent des intelligences aussi loyales qu'audacieuses ; mais il attend un réparateur, un moderne Bossuet.
Qu'on nous permette de le rappeler : nous avons publié , déjà avec l'intention exprimée dans ces dernières lignes , une œuvre théorique , ou plutôt critique et dogmatique , destructive et fondatrice , qui , malgré les défectuosités de la traduction , la raideur de propositions susceptibles d'être encore assouplies, a été accueillie avec les sentiments qu'inspire le grand nom de Kant. M. le docteur Lortet a mis au jour, peu de temps après , un abrégé du même ouvrage (2) , afin de le rendre encore plus clair et plus facile à embrasser; le savant auteur de YHistoire de la révolution cartésienne , M. Francisque Bouiller, s'est associé à cette entreprise, destinée à propager des pensées profondes, rationnelles, libérales, sur le lien providentiel des familles et des nationalités , la religion.
Aujourd'hui on désirerait attirer les réflexions du public sur les débuts féconds de l'ère chrétienne, et sur un travail d'investigation historique et philosophique qui se rattache intimement à la publication précédente par le fond du sujet. Ce travail est dû à la plume érudite , lucide , toujours modérée d'un homme dont les droits à l'attention de la France sont reconnus déjà depuis longtemps : les philosophes et tous les hommes qui s'intéressent aux développements de la pensée apprécient l'excellente]// û^oi're de la philosophie ancienne du docteur Henri Ritter, professeur à l'université de Kiel. Mais, dans
(1) M. de Lamartine, avertissement à la Chute d'un Ange^ 3*^ édit. , y.
(2) La religion dans les limites de la raison , avec une lettre adressée au traducteur par AI. E. Quinet. 18Z|1. Chez Ladrangc.
IV PRÉFACi:
ces deux nouveaux volumes , qui continuent immédiatement ceux qu'a traduits M. Tissot, éclate particulièrement , retentit partout, à chaque page , la lutte vitale de la religion et de la philosophie.
On connaît les phases de ce grand conflit scientifique, qui s'est élevé dès l'apparition de Jésus et de saint Paul, et qui dure encore chez les peuples chrétiens : la philosophie est vaincue, dans la philosophie ancienne, sous les Pères de l'Église, qui s'emparent de ses propres armes et la subjuguent; pendant tout le moyen-âge, elle est enchaînée, muselée et persécutée ; mais vienne Descartes, et elle recouvre sa légitime indépendance; le dixhuitième siècle , infatigable iconoclaste, achève ensuite laréaction, en attaquant les fondements du christianisme: sous ces manifestations temporaires de la religion et de la philosophie, ce sont toujours finalement les notions en soi de l'une et de l'autre qui se combattent. Il est facile de prévoir le résultat suprême de ces batailles séculaires. Entre deux adversaires impérissables , qu'est-ce qu'une victoire? un leurre qui apaise, qui charme , qui enthousiasme un instant; mais ce n'est point ainsi par un triomphe mensonger que peut se terminer la lutte toujours près de se renouer : elle ne peut être déliée efficacement , définitivement que par un traité de paix dicté sous l'inspiration de l'intelligence , ce juge qui prononce sur les relations des choses.
Ce sont les commencements de cette lutte que retracent les deux volumes que nous venons de traduire. Il convient donc particulièrement ici, avant de s'engager dans cette histoire de la philosophie chrétienne, où la religion et la philosophie sont continuellement en présence, aux prises l'une avec l'autre, de pénétrer, autant qu'il est possible, dans la nature intime , on ne dit pas de la philosophie ancienne et de tel philosophème, ni du christianisme et de telle religion donnée, mais delà phi-