‹ Histoire de la philosophie chrétienneChapitre 17 sur 61 · DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

DU TRADUCTEUR

losophie en soi et de la religion en soi ; il faut nécessairement éclaircir cette double notion dont les manifestations ne se combattent dans le temps que pour mieux se connaître , et pour déterminer à la fin leur sublime origine, ainsi que leurs attributs particuliers. Abordant ici cette question périlleuse , qu'il nous soit permis de nous appliquer, sauf soumission à de trop justes réserves , ces paroles d'un grand écrivain : «Nous ne dogmatisons point avec autorité ; nous proposons avec défiance nos sentiments à l'examen de tous, et en cela nous usons d'un droit et nous remplissons un devoir; car nous avons le droit de demander qu'on nous éclaire si nous nous trompons , et si , en méditant sur les êtres et leurs lois, nous avons rencontré quelque pensée utile , notre devoir n'estil pas de la communiquer (1)? » Puissions-nous un jour remplir aussi ce glorieux devoir, de manière à mériter une estime bienveillante !

Assurément les deux notions absolues de la philosophie et de la religion sont profondément mystérieuses , et c'est à peine si une vie longue, méditative , éprouvée , suffirait à les mettre en lumière. Cependant elles résident, ou enveloppées d'une obscurité complète ou illuminées d'un demi-jour, dans un pli de chaque conscience; et elles dominent, on pourrait presque dire à son insu, toute l'existence de l'homme, toutes les aspirations de son esprit , tous les élans de son cœur ; elles sont le but suprême de toute carrière intellectuelle, et veulent par conséquent être entrevues au moins dans leurs principales déterminations. Semblables, sous ce rapport, à Dieu lui-même, qui est le commencement, le milieu et la fin de l'univers , son ouvrage , elles sont le principe , l'intermédiaire et le terme de toute science et de toute civili-

fl) \I. de la Mennais, De la religion, in-32, 23 s.

VI PHÉFAGE

sation. Il faut donc s'efforcer, dès l'entrée dans la vie spirituelle , de soulever un coin du voile qui cache le sens absolu de ces idées souveraines de philosophie , de religion ; quitte à recommencer souvent son entreprise laborieuse , à reprendre sa méditation fervente, à examiner avec une conscience toujours plus claire ces deux notions supérieures. Toute vie se résout en intelligence.

Les affirmations subséquentes ne peuvent être entourées ici de détails approfondis , d'une logique laborieuse et sévèrement progressive , cette poésie de la science ; dès lors, nos assertions ne sont que des indications pâles qui ne se donnent que pour ce qu'elles valent : vraies dans notre conviction ; superficielles , légères , vagues dans cette exposition hâtive.

La philosophie est l'intuition rationnelle de l'absolu , accompagnée de la science de cette intuition et de son objet. Autant vaut l'intuition , autant vaut la science , et réciproquement.

Telle est la définition que nous donnerons de la philosophie. Et comme cette définition repousse tout caractère de particularité , d'originalité , nous la justifierons en examinant rapidement la suite des traditions principales sur l'objet de la philosophie, et en rappelant son point de départ psychologique, son fondement légitime dans la conscience.

Les esprits cultivés, qui demeurent, en apparence, indifférents aux recherches philosophiques, parce que , suivant eux , tous lesphilosophèmes exposent des résultats en contradiction les uns avec les autres , peuvent ainsi accuser la diversité des doctrines , et ensemble les progrès de l'intelligence humaine; mais ils ne peuvent pas assurément nier que le fond essentiel de toutes les philosophies , sans excepter aucun système , se compose de trois éléments , le contingent, le nécessaire et leur rapport. On répète que le style est l'homme même; je

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