VIII PRÉFACE
Mais la Grèce et Rome , sa fille , meurent , et une civilisation nouvelle surgit du milieu de leurs cendres. Le monde chrétien ne distingue point d'abord entre la religion que Jésus lui a révélée , et la philosophie qu'il doit embrasser. Il est prêtre et philosophe simultanément. Dieu est presque l'unique objet sur lequel ses regards sont fixés. Il compose la Cité de Dieu. Il est inspiré. Puis il grandit, et il se prend à réfléchir profondément. Il dicte le Monologium et le Prosologium. La réflexion l'a obligé à donner à sa pensée une forme particulière , et il s'est fait dialecticien , aristotélicien. Tout en sondant l'infini , il n'avait point laissé , toutefois , d'abaisser ses regards vers la nature limitée , mais ce n'avait guère été que furtivement et comme pour la dédaigner. Il lui vint même une étrange pensée , digne du monde oriental : il s'efforça de prouver que l'absolu seul existe , et qu'il n'y a qu'une substance unique. Il en était là quand il prit la résolution héroïque de tout rejeter et de tout reconstruire. C'est alors qu'il écrivit le Discours sur la méthode; puis les Méditations métaphysiques parurent; et la philosophie , depuis ce moment , est en possession de ses trois éléments , qu'elle conserve avec un égal intérêt. Ce n'est plus l'infini seul ou le fini seul qui l'occupe , sinon exclusivement , du moins d'une façon particulière : ce sont le fini et l'infini avec le rapport de l'un à l'autre. L'empirisme n'étouffera pas , malgré même ses efforts , les aspirations idéalistes ; fort de ses doutes antérieurs , de ses hésitations prolongées , de ses irrésolutions fécondes , le monde chrétien est entré dans une voie d'investigation large comme la nature et infinie comme Dieu.
fication , mais elle a moins de valeur qu'on ne le prétend. La Vérité est subjectivement une synthèse à pnon ; or, qu'on l'exprime, qu'on l'expose d'une ou d'autre manière , l'analyse ne peut toujours fournir que les mêmes éléments.