DU TRADUCTEUR. IX
Aujourd'hui même rien n'est changé. Il s'agit, avant tout, d'expliquer, pour parler allemand, le passage du subjectif à l'objectif. Que la possibilité de cette explication soit niée ou affirmée , comprise de manière ou d'autre , il y aura toujours une philosophie de l'infini , une du fini, et une autre qui traitera du rapport entre l'infini et le fini, dût ce rapport aboutir à une négation. Le monde chrétien adoptera peut-être les dénominations déjà employées àe Philosophie de l'absolu, Philosophie de la nature et Philosophie de V esprit; il ne sait encore. Mais l'objet de la philosophie, suivant la tradition entière , est toujours nettement déterminé, et l'examen delà réalité elle-même confirme la précédente définition.
Toutefois, nous ne décrirons pas le fait qui s'accomplit au fond de la conscience de l'homme placé en face du monde et de lui-même ; nous n'analyserons point ici le phénomène primitif, sourd, indistinct de la spontanéité, parce que ce serait entreprendre de refaire ce qui a été remarquablement fait : nous nous contenterons de renvoyer aux ouvrages de M. Cousin , et , en particulier, à la sixième leçon de ses cours sur la philosophie de Kant(l). Là il est éloquemment exposé comment l'homme passe, par l'énergie originelle de sa raison, du fini à l'infini, et, selon l'expression de Descartes, de l'imparfait au parfait. D'ailleurs, quiconque a un peu l'habitude de se replier sur lui-même, de réfléchir, a constaté et constate facilement ce fait solennel qui est le point de départ de la philosophie , ainsi que de la religion.
En soi, la religion est l'intuition rationnelle de l'absolu , accompagnée de la manifestation édifiante de cette intuition. Autant vaut l'une, autant vaut l'autre.
Un coup d'œil, mais rapide, jeté sur l'histoire desre-
(1) 18/|2 , chez Ladrange.