X PRÉFACE
ligions , au moins jusqu'au Christ, ne sera peut-être pas inutile ici, sinon comme preuve, du moins comme éclaircissement.
Le panthéisme oriental , cette religion de la sensation, concevant tous les phénomènes naturels comme les manifestations d'un seul et même être absolu matériel, adore en lui le Dieu-Tout -, le Dieu-univers , Brahma , en qui s'absorbe toute personnalité et toute individualité.
Le polythéisme grec, cette religion de l'imagination , concevant sous chaque être une image , une représentation , s'élève à l'Être des êtres, au Zeus, et le place, unique et absolu , au-dessus de toutes ses représentations divinisées, Apollon, Phébé , Minerve, cent autres.
Nous ne dirons rien du polythéisme égyptien , qui est au polythéisme grec ce que les larves des animaux sont aux formes humaines élevées à la perfection.
Le polythéisme romain, cette religion de l'abstraction, concevant sous la diversité phénoménale de la nature une diversité correspondante de forces, éleva la force très bonneettrès grande, /)e^^5 optimus, maximus^ au-dessus de toutes les forces , propices ou funestes , dans la nature , sauf à donner à ces puissances multiples et abstraites la forme imaginée par la Grèce artiste.
La révélation , ce fruit spirituel de la réflexion pure , renfermant dans son sein le dogme de l'unité de Dieu , puis la croyance à l'immortalité, rapporta cette connaissance du Créateur et de l'avenir de l'humanité au Créateur lui-même : dans cette période, l'homme proclama qu'il avait reçu de Dieu l'aperception, l'intuition de Dieu. Si le polythéisme grec fut une religion du beau, la révélation qui se divise en judaïsme et en christianisme , fut , suivant une expression de Hegel , la religion du sublime.
Ajoutons pour complémentpsychologique, que l'abnégation de soi devant le Dieu-univers remplit l'âme de
DU TUADUCTEUR. XI
l'Orient religieux; qu'un anthropomorphisme poétique échauffe les poétiques esprits de la Grèce; que l'apothéose égoïste et timide de la nature rassure les coeurs ambitieux des Romains ; enfin , que la soumission affectueuse à un Dieu distinct du monde domine les pensées et les actes des peuples chrétiens (1).
Toutefois, nous l'avons dit, on ne rappelle pas ici l'histoire de la pensée religieuse , la suite de ses principales manifestations , son développement sur un fond identique , comme une preuve qui doit convaincre de la légitimité de la définition précédente de la religion; cette histoire ne peut faire naître qu'une présomption sur la justesse de notre formule du vrai dans l'ordre religieux. Ilfaut,pourlavérifier, pour la contrôler, s'attacher au fait interne que l'observation saisit au fond de la conscience; il faut examiner la spontanéité où réside l'origine subjective de la religion. Or, on le sait, le phénomène primitif a été présenté dans tout son jour par les temps modernes; et là où il n'y a plus de doute, il n'y a plus lieu à discussion. En relisant les belles analyses qui en ont été exposées, on découvre en soi la vie intime de toute l'humanité ; on se sent reporté , ravi près du berceau de chaque peuple, et l'on entend comme un vagissement harmonieux: c'est un hymne, un hymne d'adoration qui s'élève dans le cœur de l'homme, avec les mille chants de la nature vers l'Eternel. Le poëte fut le premier prêtre ; l'ode fut la première voix de la spontanéité, voix confuse qui parle de l'infini , qui prophétise le progrès sans borne des créatures libres , et qui renferme tout dans un son inspiré , religion , philosophie , art : c'est que toutes les idées pures, comme le pensait Pla-
(1) Voy. Cari Daub, Leçons philosophiques et théologiques ^ I, Anthropologie, 522 et suiv. — Voy. sur le professeur Daub une note de M. E. Quinet, Allemagne et Italie , II, 324 et 325.