XII PRÉFACE
ton , sont en Dieu , qu'elles rayonnnent dans notre raison, et qu'elles remonteat à lui, leur source infinie. Le premier retour sur soi-même est la première entrevue entre l'homme et Dieu.
Pour achever la détermination de l'idée de religion , il faut rappeler ses parties fondamentales , constitutives dans la réalité , dans la vie. On divise la Religion en Théologie et en Culte. La théologie , je ne dis pas la théologie littérale , qui porte uniquement sur des textes sacrés , mais la théologie vraiment scientifique , est , à proprement parler, la science , et comme l'esprit de la Religion; le culte en est la lettre, la pratique, l'application. Il ne faut pas confondre la théologie avec la théodicée , qui s'y rattache : celle-ci a pour hut , selon la définition de Kant, « la justification de la suprême sagesse de l'Auteur des choses devant les plaintes que la raison élève contre les anomalies au sein du monde (1).))
Comparer, c'est juger et expliquer : poursuivons un instant la confrontation des deux notions-mères qui dirigent le développement de l'humanité , et que l'homme, plein d'inquiétude, s'efforce de saisir, d'embrasser.
D'après les deux définitions précédentes , celle de la philosophie et celle de la religion, il est évident que l'objet de la religion et l'objet de la philosophie sont un seul et même objet, à savoir. Dieu. La philosophie et la religion sont donc identiques par leur but, par leur fin, et personne n'en doute; jusqu'ici il n'y a même pas lieu à distinguer entre elles, elles se confondent. C'est à la même raison humaine, en effet, que Dieu se révèle, et le même ne peut pas apparaître au même diversement :
(1) Voy. Kant, Sur Vinsuccès de toutes recherches philosophiques en matière de Théodicée, 1791. In init., VI, 139. édit. de Leipsig , 1839.
DU TRADUCTEUR. XHI
l'absolu de la métaphysique est différent de l'absolu de la morale, de l'absolu de Testhétique , mais par rapport au faible esprit qui le contemple, et non en soi. De même , ce n'est point en soi, mais relativement à nous que la religion et la philosophie sont distinctes. Rationnellement unes, l'intelligence établit leur diversité. Et cette diversité est constatée dans la seconde partie de chacune des deux définitions que nous mettons en regard et que nous comparons; c'est cette seconde partie qui caractérise particulièrement la philosophie d'une part, et de l'autre la religion. La philosophie et la religion sont effectivement les deux sœurs : elles portent dans leurs traits l'empreinte de leur parenté, mais elles n'en conservent pas moins leur physionomie propre et leur individualité reconnaissable.
Mais la philosophie suppose-t-elle la religion, ou la religion suppose-t-elle la philosophie? Cette question peut maintenant se résoudre comme celle de leur but, très facilement. L'intuition rationnelle, la révélation de Dieu dans la raison exige nécessairement et évidemment une explication, un développement que l'intelligence, s'appuyant sur l'expérience , sur le fini , se cliarge de donner; car, tout le monde l'avoue, la foi ne doit pas être aveugle, mais, au contraire, éclairée, pour être profonde et sincère. La philosophie possède un fait , une aperception que la religion possède également. Que vontelles faire de cette intuition l'une et l'autre? La première va l'expliquer et y rattacher toutes ses connaissances; la seconde va instituer des actes conformes à sa vision rationnelle de Dieu, et propres à fortifier cette vision. Or, pour déterminer ces actes et décider à les accomplir, la religion doit s'efforcer de comprendre son intuition, et chercher à en posséder toujours une conscience plus claire ; enfin , elle doit philosopher ou s'adresser à la phih>sophie elle-même. Mais elle est