‹ Histoire de la philosophie chrétienneChapitre 23 sur 61 · XIV PREFACE · texte numérisé non relu

XIV PREFACE

réduite à prendre le second parti, parce qu'elle ne peut, outre sa tâche de propagation et de persuasion , assumer encore l'œuvre rigoureusement scientifique de la* philosophie , sans courir le risque de n'atteindre complétetement aucun de ces deux buts , et surtout parce qu'elle a besoin des résultats de la science et non de la science même. La religion suppose donc la philosophie, et la proposition inverse ne présente évidemment aucun côté vrai.

La religion , loin d'être supposée par la philosophie , ne peut même pas légitimement s'en proclamer indépendante ; car, sans la science, la religion ne peut avoir une intuition de Dieu claire et lumineuse , puissante et féconde ; elle ne peut en rien affirmer avec certitude, et elle demeure réduite à des assertions vagues , indéterminées, mystiques. Elle aura recours, en effet , à l'illumination , à l'extase ; mais ce sont là de vains leurres pour l'esprit, et la raison n'en est pas plus éclairée, pas plus certaine. Elle alléguera peut-être une voix intérieure, un sentiment intime; à la bonne heure, mais de deux choses l'une alors : ou cet instinct flottant, fugitif, s'accordera avec la raison, et il se fortifiera dans la science qu'il ne repoussera pas ; ou bien il en diff'érera profondément , et alors la religion sera toujours retenue dans la même incertitude , dans la même incapacité de rien affirmer sciemment. Elle pourra encore , toujours pour s'affranchir de la science , prononcer le grand mot , le mot terrible de mystères , qui , pour ainsi parler, satisfait seulement les esprits indolents ou fatigués. Mais de deux choses l'une encore : ou bien ces mystères seront reconnus comme tels , comme incompréhensibles par la science, et la religion devra encore l'interroger là-dessus ; ou bien ils seront déclarés , tout mystères qu'ils sont , clairement erronés ou clairement contradictoires avec les données de la raison, et la

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