‹ Histoire de la philosophie chrétienneChapitre 25 sur 61 · XVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVI PRÉFACE

se dit-elle, comme la religion pourrait le connaître. Je veux instruire et moraliser comme la religion, frappée aujourd'hui d'impuissance, instruisait et moralisait. » Elle ajoute même : «Je ferai mieux que la religion ; car je démontrerai rigoureusement mes assertions , et je déracinerai nombre de préjugés superstitieux. » ©ette tentative entreprise par la philosophie pour remplacer la religion, n'est pas plus légitime que la prétention, élevée par la religion , à s'incorporer la philosophie. De même que la religion, en s'élançant dans les domaines purs de la philosophie, déposait son caractère propre , populaire , universel ; de même la philosophie , en prétendant remplir la sphère de la religion, est contrainte de dépouiller son caractère scientifique et de s'abdiquer elle-même. Que résulte-t-il donc de ces essais de substitution et de fusion? Absolument rien , si ce n'est que le prêtre se fait philosophe et que le philosophe se fait prêtre ; mais l'un et l'autre subsistent toujours distincts, revêtus d'un signe reconnaissable, inaliénable; le premier ne saurait pas plus détruire le second que celui-ci anéantir celui-là. Il y aurait cumul de fonctions, et voilà tout.

Nous l'avons dit : spéculativement la philosophie est indépendante de la religion; c'est celle-ci qui reçoit la lumière de celle-là. Mais il n'est pas de même du philosophe. Son esprit, son intelligence, sa raison, ne requièrent pas le secours du culte religieux , mais son cœur ne peut s'en passer. Il a posé , adopté les principes; il en admet donc nécessairement les conséquences régulièrement déduites. Use dérobe à la religion pour raisonner, mais il s'y soumet pour prier. Il sent que c'est sous son influence,au milieu du concours de ses semblables, avec la direction d'un prêtre sanctifié , que les puissances de son cœur se développeront pleinement , que toutes ses facultés entreront en exercice , que tout son être enfin s'épanouira pour l'adoration de celui qu'il connaît.

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