‹ Histoire de la philosophie chrétienneChapitre 28 sur 61 · DU TRADUCTEUR. XIX · texte numérisé non relu

DU TRADUCTEUR. XIX

Elle ne peut descendre de ce séjour et prendre une forme plus saisissable, plus commune, qu'en abdiquant son caractère particulier, et en cessant d'être elle-même. Il ne lui est pas donné d'être populaire, mais elle doit s'en consoler : assez d'esprits intermédiaires se placeront entre elle et la multitude avide de savoir, de croire. Les problèmes que la philosophie agite sont de la plus haute importance pour tous, et intéressent les intelligences les plus infimes ; les solutions qu'elle en apporte doivent donc de toute nécessité être connues universellement. Mais qui se chargera de les répandre , de les propager? La poésie , et surtout la religion.

On pentêtre étonné, en pénétrant au sein de la philosophie , de ne point y entendre des paroles d'amour, de charité, et ce langage expansif d'un cœur enthousiaste; on peut regretter dans une doctrine religieuse philosophique , celle de Kant par exemple , l'absence de l'émotion touchante de saint Paul ; plein de douleur, on peut appeler cette doctrine incomplète , conçue exclusivement pour les hommes sans cœur; on peut s'affliger et s'affliger profondément, lorsqu'on se présente avec bonne foi, sans aucun esprit de raillerie ni de blasphème , de rencontrer, au lieu d'un évangile, un système, au lieu d'une religion , une science ; on peut s'avouer avec l'amertume du désenchantement que l'on a pris la mort pour la vie. On peut cela, mais en se trompant. La philosophie n'est pas la religion , la science n'est pas l'art , la raison n'est pas le cœur. La première contient des semences spirituelles pleines de fécondité ; c'est à la religion à les cultiver, à étendre leurs rameaux naissants , et à développer toute leur sève et toute leur vigueur. Les germes rationnels renferment véritablement la vie, une vie puissante pour l'esprit, pour la raison ; c'est à la religion à transporter cette vie dans le cœur: elle en connaît les moyens.

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