‹ Histoire de la philosophie chrétienneChapitre 30 sur 61 · XXII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXII PRÉFACE

n'est point leur notion qui disparaît du monde , car cette notion est infinie, éternelle comme Dieu , leur source ; mais c'est leur forme temporaire , qui existe dans le temps, qui ne doit conséquemment durer qu'un temps. On déduit facilement les conséquences fatales de ce divorce intellectuel entre la religion et la philosophie ; le prêtre désapprend le langage de cette dernière ; bientôt il ne l'entend plus; il est devenu incapable de comprendre les discours de la science, et, pour se faire pardonner, il les déclare inintelligibles, abstrus au-delà de la sagacité d'un bon esprit, enveloppés d'impénétrables nuages, et, atout prendre, insensés sous leur prestigieuse profondeur. Il ne leur prêtera plus désormais même la plus légère attention ; il se contentera de constater leurs progrès rapides dans les esprits. Il ne connaîtra pas les doctrines philosophiques en elles-mêmes ; n'importe, il les blâmera, il les attaquera, il les discréditera; à défaut d'arguments , il aura ses outrages. Il repoussera tous les avertissements , même les plus bienveillants ; il accusera l'esprit d'impiété, de blasphème; il anathématisera tous les contradicteurs , même les plus profondément religieux.

Pendant ce temps, la philosophie continuera son œuvre , défaisant un détail et le refaisant, critiquant une méthode, et en proposant une plus sûre et plus directe; enfin se perfectionnant sans trêve, sans interruption. Toujours la même au fond, elle est toujours diverse dans sa marche et dans son expansion; ses contradictions prétendues ne peuvent porter atteinte à la nature de son objet, et sont toujours, immédiatement ou médiatement, des progrès.

Comme la religion se compose par essence de deux éléments, elle pourrait avoir à s'armer, non pour ses principes vitaux , mais encore tout spécialement pour la manifestation pratique, pour la réalisation extérieure

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