XXVI PRÉFACE
entre elle et la philosophie, il lui faut la propager, l'entretenir : c'est à ce prix qu'elle peut se justifier. En tout cas, ce n'est point par ces procédés violents , iniques , qu'elle ramènera la philosophie en arrière, au point où elle est restée elle-même, et qu'elle préparera leur nouvelle alliance.
Mais la question de la tradition est trop grave pour que nous l'abandonnions si rapidement : nous devons l'aborder de plus près.
Afin de fonder sa séparation d'avec la philosophie , et de donner une base à ces propres conceptions de Dieu , le dogme tra'dilioiinel établit ordinairement cette proportion logique : Je suis à la philosophie ce que la tradition est à la raison ; en d'autres ternies , ce que le sens commun est au sens individuel. Or, examinons la légitimité de ces rapports.
La tradition , c'est-à-dire l'esprit d'attachement héréditaire à ce qui subsiste depuis plus ou moins de temps , d'années , de siècles , est le fruit du travail interne des générations passées. Quelle faculté produit et continue ce résultat identique ? Il nous semble superflu ici de sonder la nature humaine en tous sens , car l'on trouve tout d'abord qu'une faculté seule peut réagir sur l'intuition de l'Etre en soi et par soi, peuty trouver scientifiquement les principes qui ont ensuite passé dans le sens commun; et cette faculté est la raison.
L'observation suivante est très essentielle avant d'aller plus loin : par sens commun , le dogme n'entend pas la spontanéité de l'esprit , mais la prédominance et la persistance de certaines idées.
Si l'on soutient que les principes de ce sens commun émanent directement, positivement de Dieu lui-même, la question que nous posions précédemment, et la solution que nous en avons donnée d'un mot, restent les mêmes au fond. Quelle faculté a pu recevoir, comprendre, approuver de génération en génération ces principes , ces