‹ Histoire de la philosophie chrétienneChapitre 33 sur 61 · DU TRADUCTEUR. XXVII · texte numérisé non relu

DU TRADUCTEUR. XXVII

vérités qui sont révélées diversement, mais, sans doute, avec le respect de notre liberté originelle ? Evidemment, nulle autre faculté que la raison.

La tradition se fonde donc essentiellement par et sur la raison.

Rien de plus vrai que cette parole d'un écrivain aussi pieux que profond : «Que pouvons-nous faire, sinon suivre notre raison ? et si c'est elle qui nous trompe , qui nous détrompera (1)? »

La tradition ne suppose point une autre faculté que la raison particulière; elle ne suppose point, par exemple, ce que l'on appelle justement ou à tort la raison générale. En effet , la tradition emporte avec soi trois faits , trois idées : l'idée du passé, celle d'acceptation successive, enfin celle de la continuité de cette acceptation. Or, qui affirma le vrai dans le passé? qui l'a accepté? qui continue de l'approuver? Est-ce une autre faculté que la raison particulière ?

En soi , la tradition est donc l'expression de la concordance , indéfinie dans le temps , des raisons individuelles. Mais la tradition est -elle un roc tarpéien intellectuel? est-elle douée d'une immobilité sacrée ? et nulle doctrine ne peut-elle s'élever sans se briser contre son éternité? Alors elle ne servirait que la paresse de l'esprit, que l'engourdissement de l'âme ; elle serait le tombeau du génie.

Sans doute , il y a un élément immuable dans la tradition; c'est celui qui repose sur l'essence de l'être et de la nature humaine. Mais nous y remarquons évidemment un autre élément, mobile , perfectible ," par conséquent impossible à confondre avec le précédent. Or, qui modifie celui-là, qui le transforme , qui le rapproche incessamment de la vérité? toujours la raison.

(1) Fénelon , Existence de Dieu , 2" partie , 2* preuve.

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